2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [Angie / Matt D.] Viens chez moi, j'ai un toit.

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Matthew Derkins
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La soirée de boulot au bar touchait à sa fin, le jour était pas loin de se pointer. Cela se sentait dans ce ciel qui commençait à se délaver lentement, passant du bleu nuit au bleu rosacé. Notre boss ayant décidé, plus tôt que prévu pour cause de « fatigué, marre de bosser », de s’avachir mollement dans son lit ; j’étais seul derrière le bar à essuyer les verres. Les gestes étaient plus que exécutés machinalement, il n’y avait pas besoin de réfléchir pour ça ; non mes pensées étaient plutôt dirigées vers un point qui me préoccupait : j’allais crécher où moi pour cette nuit. J’en avais marre de ce lit pourri, dans ce dispensaire de merde. Lit que je partageais avec un sans-abri mutant de vingt piges qui y dormait la nuit alors que j’en profitais le jour, quand le boulot était terminé. On se voyait à peine, il s’appelait comment déjà ? John ou Paul, je ne savais plus. Un bruit dans la réserve me faisait lever la tête, un léger sourire naquit sur mes lèvres alors que je voyais Angie se débattre avec une caisse de boissons. Laissant tomber le séchage de la verrerie, j’avançais vers elle avant de me saisir de la caisse pour l’en délivrer.

« Laisse, ne va pas t’abimer avec ça ; si tu n’es pas là, je vais avoir du mal à faire monter les ventes de boissons chez les hommes avec ma simple plastique. »

Le ton avait été neutre mais terminé par un léger rire. On la connaissait la politique de la maison, surtout depuis le « sale événement ». Il fallait engranger du pognon, du flouze, de l’oseille. Alors que je posais dans un soupir la caisse sur le bar, mes yeux s’attardaient sur Angie ; enfin pardon Angela, c’était ma collègue mais après tout qui était-je pour prendre de telles largesses ? Toujours j’étais resté poli et affable avec elle. On se côtoyait tous les soirs, j’avais autre chose à faire qu’elle soit comme toutes les autres nanas à me gueuler dessus bouder et me traiter de « petit con ». En plus…

« Angela. C’est pas mon genre de faire chier… Quoique. Mais… »

Ma main passa sur ma nuque pour illustrer le fait que j’étais un peu dos au mur là. Mes yeux croisèrent les siens, les pupilles sombres contre les pupilles claires. En fait, si j’étais gêné d’en arriver là, c’est que cela laissait un flou artistique sur ce qui allait se passer par la suite. Cependant, j’avais pas envie de retourner dans ce plumard crasseux… Un souvenir de la dernière nuit m’arracha un frisson dans le dos, j’avais senti des machins me grouiller dessus. Manquerait plus qu’un clodo couvert de punaises de lit ait fait un petit séjour dans notre plumard commun. Une image de dégoût se dessinait dans mon esprit, l’idée en était tellement immonde que le reste de la phrase sortit d’une traite.

« … Tu serais vraiment sympa si tu pouvais m’héberger pour la nuit. »

J’avais même pas envie de retourner là-bas me chercher des fringues, les fringues du boulot allaient être très biens : chemise noire, jean noir ciré et pompes effilées noires. Le noir était aussi de rigueur pour Angie, on aurait pu se reconvertir dans les pompes funèbres tous les deux. Elle était sacrément jolie comme fille. Tu m’étonnes qu’elle avait ses habitués. On avait beau bosser dans la même boîte, on ne se connaissait à peine aussi. Parfois, je voyais une lueur de tristesse dans ses pupilles. Forcément, comme tout le monde du coin, le passé et les bagages devaient être lourdes. Mais, n’étant pas déjà d’un naturel causant, j’aurais trouvé cela déplacé d’engager quoi que ce soit à brûle pourpoint. Déjà que là, à lui demander, je trouvais que je reniais un principe important à mes yeux.

« Tu me connais, enfin un peu, je serais pas casse couilles. Si tu veux, je… Je sais un peu cuisiner. »

Bon là, avec une accroche comme ça, j’étais prêt à tout, mais franchement… des punaises de lit. Une fossette naquit sur ma joue alors que je repassais derrière le bar, à la recherche de mon paquet de clopes et mon Zippo de couleur… noires, ben ouais on ne change pas un code couleur qui gagne. La cigarette fut logée entre mes lèvres et en un claquement, la fumée sortait. Mes mains reprirent leur ballet de séchage de la verrerie alors que la question et la proposition restaient là, planant au-dessus de nous comme un néon lumineux me disant que j’avais renié un de mes principes.

On ne mélange pas boulot et attitude de clodo.


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Angela Foster
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Une fin de service comme une autre. Ou presque. Je restais rarement jusqu'à la fermeture. C'est que 5 jours sur 7, je devais être à la base de bonne heure pour enfiler mon uniforme de secouriste. Il fallait bien que je me repose, non ? J'avais négocié ça avec Matt. L'autre, pas celui-là. Non mais sérieux, deux Matts dans le même bar, comment vous voulez qu'on s'y retrouve ? Enfin bref, tout ça pour dire que ce soir, c'était assez exceptionnel. J'étais de repos "demain" à la base et Matt (pas lui, l'autre) avait besoin de moi.

Je sortais donc de la réserve, une caisse de boissons dans les bras quand Matt (lui cette fois, pas l'autre) sembla juger qu'il se devait de venir à ma rescousse. Il était nouveau dans l'équipe, mais il s'était vite intégré. En même temps, on accueillait plutôt bien les nouveaux. Enfin je veux dire qu'on était pas méchants quoi.

- Tu demanderas à Lexy de le faire, répondis-je, le plus simplement du monde, en lâchant la caisse dans ses bras.

Lexy était notre autre collègue. D'origine norvégienne je crois. Vraiment jolie aussi. Une fille assez impressionnante qui cachait bien son jeu. Ca faisait un an et demi que je bossai avec elle, et je venais seulement, d'apprendre qu'elle était un healer. Et pas des moindres d'ailleurs.

- Merci, c'est gentil.

Ca tombait bien, je commençais à avoir un peu mal au dos et à être fatiguée aussi. C'est que j'étais debout depuis presque 22h. J'avais enchaîné sauvetage et service sans prendre le temps de me poser aujourd'hui. Comme à chaque fois, sauf que d'habitude, à 1h, je suis dans mon lit !

- Je suis claquée !

Je me hissai sur un des tabourets du bar, le temps d'une petite pause, posai les coudes sur le comptoir et me pris la tête entre les mains. Juste deux minutes, juste le temps de souffler un peu. Promis. Après j'irai mettre les chaises sur les tables et balayer la salle. Et après... mon lit ! Rien que d'y penser, j'avais presque les yeux qui se fermaient tous seuls. Je relevai les yeux sutr mon collègue cependant, alors qu'il reprenait la parole.

- Mais ?

Qu'est-ce qu'il allait bien pouvoir me demander ? Il avait l'air un poil hésitant, pas hyper à l'aise en tout cas. Je lâchai ma tête et mes bras retombèrent mollement sur le comptoir. Vous savez quoi ? Pour le coup, j'étais vraiment contente d'avoir déménagé la semaine dernière. Dire que sinon, il m'aurait fallu plus d'une demi-heure pour rentrer... Là, en 5 minutes, c'était bouclé. Le bonheur !

Sa demande me prit totalement au dépourvu. Que je l'héberge ? Parce qu'il n'avait pas l'intention de rentrer chez lui ? Il avait un chez lui, non ? On n'avait pas tellement eu l'occasion de discuter encore. Et je suppose que c'était pas la première question qu'on se serait posée de toute façon. Genre "Salut, t'as un toit ?". Nan, ça se posait pas comme question.

- Ben...

Je l'observai quelques secondes, comme pour essayer de savoir s'il me servait du lard ou du cochon. Il avait l'air sérieux. Et, ouais, pas hyper à l'aise avec l'idée de demander.

- Tu sais, mon appart est pas hyper grand...

Il savait cuisiner ? Intéressant. Moi, en dehors des pizzas (maison cela dit, c'était quand même pas si mal)... Je soupirai, détaillai son expression encore un peu (oui, je sais, j'étais lente à me décider. Mais j'avais le cerveau presque à l'arrêt vous savez).

-... Mais je suppose qu'on devrait pouvoir te trouver une place. Ouais. Ca sera pas très confortable par contre. Je viens de déménager et, j'ai pas encore tous mes meubles. Faudra te contenter d'un matelas gonflable. Ca ira ?


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Matthew Derkins
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Il y a des moments comme ça, où tu te dis que ton pouvoir, t’en as même pas besoin pour rendre les gens mal à l’aise. Sa première réponse sentait le roussi, en même temps, je la connaissais pas. Imaginons qu’en fait elle était dans la même situation que moi… Qu’on doive partager un carton, un carton « pas hyper grand » avec « appart » écrit dessus. Cela tombait donc sous le sens. J’avalais doucement l’amertume conjuguée de la déconvenue ajoutée à ce côté bien con de « j’ai planté une relation de travail, parti comme ça, il va falloir en trouver un nouveau ». Je regardais ma clope se consumer, la fumée faisant le chemin de mes narines à devant mes yeux mais surtout je pouvais entendre les rouages de sa tête alors que ce que j’avais pu dire faisait son chemin. On dirait que l’argument suprême de la cuisine l’avait emporté, gage à moi de dégoter une recette à succès rapido maintenant… Crétin. Quand elle eut fini de parler, je relevais lentement la tête, un léger sourire aux lèvres.

« Franchement. Tu me proposes le paradis. »

Si je pouvais faire une ellipse sur mes conditions de vie actuelles, je me ferais bien plaisir. Quoique… Si j’étais capable de voyager dans le temps, est-ce que je changerais un truc ? Pas sûr.

« Merci en tous cas. »

Rapidement, je rédigeais un mot à Lexy que je placardais sur la caisse pour lui intimer gentiment de « s’en charger avec nos bons compliments ». Le mégot de cigarette termina sa course dans un cendrier plein de ses congénères qui connurent ensuite les joies du recyclage. Après un rapide coup d’œil aux alentours, notre tâche ici était donc accomplie. Mon regard croisa le sien avant que je me dirige instinctivement vers le réduit… pardon, les vestiaires du personnel en marmonnant.

« Je te ramène tes affaires et je te suis sans broncher. »

Pas le temps d’entendre sa réponse, j’étais déjà parti, depuis « l’événement fâcheux » c’était un peu à la bonne franquette : toutes les affaires étaient déposées plus ou moins pêle-mêle, cela me laissa songeur quant à la contamination par les punaises de lit, mais je n’allais pas me mettre moi-même dans la panade alors que j’avais une opportunité de matelas gonflable qui me tendait les bras ! Surtout avec un matelas qui appartenait à une jolie fille. Je ramassais les affaires et je repris le chemin de la salle. De toute façon, nous sortions par l’entrée dérobée vu que la porte principale était verrouillée à la fermeture de l’établissement. Lui adressant un nouveau sourire, il fallait bien que je me fasse bien voir, je lui tendais ses affaires… ou plutôt je les posais sur le bar à ses côtés, la pauvre semblait déjà avoir du mal à soutenir sa tête par la seule force de ses bras.

« Voilà pour vous Mademoiselle. »

Se faisant, je passais mon trench, noir lui aussi, quoiqu’un peu élimé. Je n’ai qu’une seule lessive, la spéciale « couleur noire ». Un regard sur mes manches légèrement trouées m’arracha un léger soupir. J’avais beau faire genre, au bout d’un moment je ne pourrais pas y couper… Machinalement, je sortais une nouvelle cigarette pour la porter à mes lèvres, j’accusais le contrecoup de la demande incongrue qui était passée plus ou moins crème. Faisant quelques pas, le parquet du bar grinçant dans un silence de mort, peu habituel, le coin étant toujours très musical ; j’allais ouvrir la porte dérobée pour l’inviter à sortir. Le peu de lumière indiquant le jour qui se levait creva la bulle capiteuse d’obscurité bien installée de la salle. Un air frais, quoique porteur de cette odeur caractéristique de la ville, entra dans la pièce. Mon trench en frémit d’impatience à la faveur d’un coup d’air matinal. J’avais hâte moi aussi à vrai dire, les prémices d’une nuit correcte chez une jolie fille se dessinaient. Un coup à ne pas foirer Derkins, pas comme certaines autres fois peu glorieuses où tu avais décidé de la ramener. Fais bien attention…

Une nuit comme ça…

… C’est alléchant.


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Angela Foster
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"Le paradis"  ? Franchement, fallait pas exagérer, c'était juste un matelas gonflable entre des cartons et... d'autres cartons... L'espace d'une seconde, je me demandai de quoi il pouvait bien avoir l'habitude pour considérer mon offre comme le paradis. Mais il était trop tard et j'étais trop fatiguée pour me poser la question.

- Pas de quoi. J'espère que t'es pas allergique aux chats.

Les chats... PV (pour Peau de Vache ou Petit Voyou, c'était une référence à un film qu'on avait souvent regardé David et moi quand nous étions gosses) m'avait suivi dans mon déménagement. C'est que j'avais littéralement besoin de lui. Sa présence allait de paire avec mon pouvoir. Je transférais les maladies d'un organisme à un autre : du malade au mien, du mien à un animal. Sans cette dernière étape, c'était moi qui tombait malade.

Je suivis mon nouveau colocataire du regard alors qu'il terminait ce qu'il avait à faire et disparaissait dans le vestiaire à la recherche de nos affaires. Ce fut au moment où il revint avec mon casque que je percutai que je n'en avais pas pour lui. Tant pis, on allait pas loin et on allait pas croiser les flics à cette heure-ci, n'est-ce pas ?

- Merci. Bon, on est partis.

Je descendis de mon tabouret, attrapai mes affaires et le suivis jusqu'à la porte de service. Un dernier petit coup d'oeil pour vérifier que c'était bon. M**, j'avais pas balayé ! Tant pis, j'avais vraiment pas le courage. J'enverrai un message à Matt et Lexy pour m'excuser. Les connaissant, ils devraient réussir à me pardonner. Et je fermai la porte à clef derrière nous. J'étais propriétaire d'un quart de ce bar, avec Lexy et Matt qui en avait la moitié. On en avait hérité à la mort de l'ancien proprio. Alex aussi, mais il avait refilé sa part à Matt pour se concentrer sur le club... Aujourd'hui, ce n'était plus qu'un tas de décombres en attendant que les assurances ne se soient penchées sur le dossier.

Ma moto était garée dans l'allée, comme toujours, à l'abri des regards et d'éventuelles convoitises. Encore que dans ce quartier, on ne risquait pas grand chose. J'enfilai mon casque et démarrait la bécane.

- Vas-y monte. Je sais que t'as pas de casque mais c'est juste pour cinq minutes et je ferai attention, promis. Ça va aller ?

En même temps, avait-il vraiment le choix ?


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Matthew Derkins
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Franchement, entre les chats ou l’option punaises et clodos… Je ne voyais pas où était le problème. Si l’animal m’embêtait de toute façon il aurait deux ou trois frayeurs et ce sera tout. Je savais bien qu’elle était en moto, je la voyais arriver le matin, je n’étais pas si hermétique à la vie autour de moi. Haussant les épaules, je m’installais derrière elle, si les flics nous tombaient dessus… Ils riraient car je suis un de leurs grands habitués, peut-être même qu’ils l’ont enfin accrochée, cette photo de moi, l’œil au beurre noir et la lèvre fendue avec mon numéro de suspect de je ne sais plus quelle affaire pourrie et la plaque en dessous portant la mention « client de l’année ». Le temps de trouver où placer mes mains sans toucher une zone dangereuse de ma collègue, les campant fermement donc à la poignée de l’arrière de la quat’pattes ; je me disais que si ça se trouve, je leur manquais en plus.

« Vas-y, démarre. »

Il n’y en avait pas pour très longtemps donc, je ne devais pas être inquiété. Elle savait ce qu’elle faisait, du moins je l’espérais. Sinon et bien tant pis j’aurais tout joué sur cette dernière carte du sans-abri. J’aurais pu penser une fin plus glorieuse, mais ça aurait pu être pire aussi. Allez, on était partis. La balade en moto tête nue n’était pas détestable… Au moins je profitais de l’air ambiant. Certes quelques peu vicié mais cela changeait de l’atmosphère confinée du Magic Alice. Elle conduisait normalement donc je n’avais pas à changer la position de mes mains pour me cramponner d’un coup à sa taille… Fut un autre temps ou si j’avais été un autre, j’en aurais profité. Pas maintenant. Déjà que je passais pour un nécessiteux : « un matelas gonflable ?! Le luxe comme dans ce machin des temps anciens là… Le Ritz ! », alors autant ne pas en rajouter sur la tartine de mes emmerdes. En plus, elle était sympa… Jolie aussi certes. Le quartier alentours commençait à sortir de sa torpeur ensommeillée, des lumières s’allumaient car les nuages s’amoncelaient dans le ciel, signe d’une journée placée sous le thème du gris ; une bonne journée pour se mettre sur un matelas gonflable en somme. Des gens sortaient dans la rue ; certains, peu nombreux dans ces quartiers pauvres, pour aller au travail alors que d’autres restaient sur le palier de leur porte ou balançaient leurs déchets. La moto effraya deux ou trois chats et fit aboyer quelques chiens qui avaient encore les crocs engourdis de sommeil, un léger sourire se dessina sur mes lèvres : lesdits chiens aimant pas mal me grogner dessus pendant que je me rendais au boulot à pieds, je ne faisais que de leur rendre la monnaie de leur pièce. Après avoir zigzagué dans les rues endormies, nous finîmes par nous trouver devant ce qui devait être l’immeuble de son appartement. En levant la tête, je me rendis compte que parfois je passais devant pour me rendre au bar du dispensaire ou inversement. C’était donc là. Quand la moto s’arrêta, je me permis de faire un semblant de gymnastique pour en descendre tout en gardant une contenance avant de la laisser la conduire, tel un cheval fatigué, dans son lieu de repos. Toujours aussi machinalement, mes mains vinrent chercher une nouvelle cigarette dans le paquet ouvert de la poche de mon trench puis le briquet. Un claquement et un petit nuage montait déjà les étages, passant devant les fenêtres closes. Cette fois-ci, le jour était bien levé, malgré le côté sombre et lourd de mauvais présages d’un ciel gris. Je plissais les yeux, les levants vers la façade, me demandant dans quelle fenêtre pouvait se trouver son antre. Un bruit me fit les reposer au niveau du sol, elle revenait clés en mains pour ouvrir la porte. Il était temps pour moi de prendre des décisions importantes, du genre : qu’est-ce-que j’allais bien pouvoir lui faire pour justifier de ce fameux argument vendeur « Je sais un peu cuisiner » ? Raclant ma gorge et reprenant mes esprits, je la regardais.

« Si tu as besoin, je connais le quartier, je passe à la boutique du coin et je prends de quoi cuisiner. Je te l’ai vendu après tout. »

Ouais, si son frigo était vide ; cela allait être dur pour elle de mesurer l’étendue de mes talents peu sollicités de cuisinier. J’attendais juste son approbation, j’allais bien avoir une idée en chemin en passant devant des produits de je-ne-sais-quoi et si j’étais vraiment dans la dèche, il me restait la solution de me plonger rapidement dans une feuille de chou parlant de cuisine à la mode pour en sortir un truc…


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Angela Foster
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Et je démarrai, après m'être assurée qu'il s'accrocherait bien aux poignées du siège et pas ailleurs. Non parce que, il était mignon, je voulais bien faire hôtel et taxi mais fallait pas pousser non plus. Comme je le lui avais dit, il ne fallut que cinq minutes, à peine plus, pour atteindre l'immeuble dans lequel j'avais élu domicile depuis peu. C'était un bon vieil immeuble comme on en voyait beaucoup dans la basse. Assez haut, pas le luxe, mais qui semblait quand même solide. On était presque à la limite de la médiane alors ça allait encore. Et puis, j'étais à deux pâtés de maison de la base de l'unité de sauvetage, ce qui ne gâtait rien. C'était plutôt pratique quand on m'appelait en urgence pour une intervention. Ca restait rare, mais ça pouvait arriver.

Je le laissai descendre devant l'immeuble, le temps d'aller garer ma moto un peu plus loin dans la rue et je revins vers lui, mon casque à la main, cherchant de l'autre mes clef dans la poche de mon blouson. Sa remarque me cueillit alors que j'arrivais à son niveau.

- Maintenant ? Euh...

Ouais, c'est vrai qu'il avait dit qu'il pourrait la cuisine, c'était un peu ce qui m'avait décidé, d'ailleurs, à accepter sa demande.

- C'est gentil mais si ça te dérange pas, je vais surtout aller me coucher. J'ai commencé à bosser super tôt ce mat... Je jetai un coup d'oeil à l'horizon où on pouvait deviner les premières lueurs de l'aube... hier matin. Laisse tomber cette histoire de cuisine va. Tu me feras le p'tit dej' si tu veux.

J'esquissai un sourire et ouvris la porte de l'immeuble.

- Allez viens. Je suis sûre que t'es presque aussi crevé que moi.

Et c'est parti mon kiki. Troisième étage sans ascenseur. Enfin, il y en avait un, mais ça faisait quelques années qu'il était en panne, si je me souvenais bien.

Mon appart était, effectivement, pas hyper grand. C'était une sorte de petit duplex avec une mezzanine tout juste assez grande pour mettre un lit deux places. Et on ne pouvait même pas tourner autour. Pour y accéder, l'escalier ressemblait plus à une échelle tellement il était raide. Le mur derrière ma tête de lit séparait la "chambre" de la "salle de bain" (en fait, une douche à l'italienne fermée par un rideau et un petit lavabo). Sous la mezzanine se trouvaient le coin cuisine, le salon et les toilettes (fallait bien les mettre quelque part).

Comme je l'avais dit à Matthew, je venais d'emménager. Il y avait donc des cartons un peu partout, mais pas encore de canapé ou de table. Juste deux tabourets à hauteur du petit bar qui séparait le coin cuisine du salon et qui étaient déjà là avant que j'arrive.

- Vas-y, entre. Fait pas attention au bazar, je suis là que depuis une semaine, j'ai pas encore eu le temps de défaire les cartons. On devrait réussir à te faire une petite place hein ?

Je posais mon casque à terre près de la porte et me débarrassai de mon blouson et de mes chaussures.

- Fais comme chez toi, il y a de la bière dans le frigo je crois. Je vais essayer de te trouver le matelas. il doit être quelque part là-dedans, j'indiquai un tas de cartons. Ou là-dedans...un autre tas de cartons.Enfin, je sais que je l'ai en tout cas.

Je retirai de dessus le premier carton mon uniforme de secouriste, bleu à bandes rouges, que j'avais abandonné là quand j'étais repassée vite fait me changer avant d'aller au bar. Comme d'habitude, il était loin d'être propre. A vrai dire, il sentait même un peu l'essence. On avait eu un carambolage entre une voiture et un camion citerne cet aprèm.


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Matthew Derkins
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Quand j’entrai dans l’appart, un léger feulement et bruit cartonné se fit entendre : un ou deux fameux chats. Elle était sympa, elle me laissait le plaisir de penser le petit déjeuner, ou plutôt le « brunch » qu’on allait s’enfiler après avoir rechargé les batteries. Bon, le matelas semblait être dans les cartons, ça sous entendait ce que ça sous entendait.

« Je pense que je vais accepter une bière avant de songer à gonfler le matelas donc… Vu comment mes poumons crasseux vont souffrir. »

Je retirais mon trench lentement, le posant nonchalamment sur un carton attenant. Une trainée de poils passa devant mes yeux, me surprenant un peu et m’arrachant un léger sourire.

« Ils sont comment tes gamins poilus ? »

Je la regardais faire ce qu’elle faisait sûrement tous les soirs, haussant un sourcil.

« Secouriste ? Servir de façon charmante les idiots du bar n’est pas ton seul atout ? »

Avançant lentement, je passais derrière le bar pour venir me servir dans le frigo. Un léger coup d’œil pour le repas à préparer tant que j’y étais et ma main vint prendre le goulot d’une bière. Une marque vintage tiens : « Guinness », chouette ma préférée. Le temps de me retourner et la décapsuler à l’aide de mon briquet, mes yeux étaient fixés sur les cheveux blonds de la jeune femme. La bouteille se porta à ma bouche, le temps d’une gorgée et d’un soupir de satisfaction sur ce liquide capiteux mais frais qui coulait dans ma gorge.

« Il en faudrait plus des comme toi. »

C’était vrai. Dans le monde dans lequel on vivait, franchement, des gens qui restaient disponibles pour les autres ; ils se battaient pas pour se montrer. Moins de crétins comme moi et plus d’âmes désintéressées comme elle. Une nouvelle gorgée. Ouaip, il en fallait. Encore une fois, machinalement, ma main alla chercher une nouvelle cigarette… Une seconde après, elle était déjà à la bouche et je faillis l’allumer mais…

« Merde. C’est peut-être pas permis ça. »

Mon regard croisa le sien, une lueur d’interrogation passant mes pupilles. J’attendrais de savoir, je ne suis que l’invité. La cigarette se trouva posée sur le bar alors que j’en étais à la moitié de la bouteille de bière et que je me rends compte que…

« Encore merde, tu veux que je te serve quelque chose à boire ? »

… J’étais un mufle. Certes, ce n’était pas nouveau cette histoire. Mais je ne perdais pas l’espoir de faire bonne figure. Je posais la bouteille sur le bar, conscient des incartades que j’avais commises. Soudain, une boule de poils sauta sur le bar, désireuse de venir renifler le nouveau venu il semblerait. Je tournais la tête, avant de baisser les yeux sur le chat. Le temps que lui et moi, nous nous jaugions du regard et il se mit à arquer lentement le dos, reculant, la queue dressée et ébouriffée. Bien. Je ne gagne toujours pas de points avec les animaux. Levant lentement la main, je le voyais fasciné par mon bracelet de cuir et d’un coup, apeuré par le geste sans doute ; il se mit à cracher et fila sans demander son reste pour venir retrouver rapidement sa maîtresse. Une longue gorgée et le bruit mou du verre posé sur la surface.

« Bon. La couleur est annoncée pour un des deux, il semblerait. »

Je la regardais, elle et ce premier chat. Est-ce que cela allait fixer les bases de notre relation hors boulot ? C’était fort possible. Le temps de déglutir assez bruyamment et je n’en rajoutais pas. La bouteille de bière fut terminée pronto et je me préparais mentalement à gonfler un matelas…


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Angela Foster
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- J'ai un gonfleur ! Mais si tu veux mettre tes poumons à l'épreuve, c'est toi qui vois ! Cela dit, encore faut-il que je mette la main dessus. Mais quelque chose me dit qu'il doit pas être loin du matelas. Logiquement...

Ouais, logiquement. Mais avais-je vraiment respecté la logique en préparant mes cartons ? Ça, c'était moins sûr. Je n'étais pas une pro du rangement dans mon ancienne chambre.  Et je n'avais tellement pas eu le courage de faire le tri en faisant mes cartons que j'avais tout foutu en vrac dedans, comme ça venait. Alors pour peu que le matelas et le gonfleur ne se soient pas trouvés ensemble à ce moment-là...

Ok, premier carton, rien. Enfin, je veux pas dire qu'il était vide, juste que ce que je cherchais n'était pas dedans. La question sur les chats ne me détourna même pas de mes fouilles.

- J'en ai qu'un. PV. Il n'est pas méchant, ne t'en fais pas.

Moi, je ne l'avais ni vu, ni entendu depuis qu'on était entré. Il devait se cacher dans un coin. PV était encore un jeune chat. David l'avait trouvé dans la rue il y avait quelques mois et me l'avait rapporté. Il savait que j'aimais bien les chats. Lui ne les aimait pas des masses en revanche. Mais connaissant mon pouvoir et la façon dont ces petites boules de poils pouvaient m'aider, il avait pris sur lui.

La question de Matthew me fit rire et je secouais la tête.

- Et ouais. Je cache bien mon jeu, hein ? En fait, le secourisme, c'est mon boulot principal. C'est pour ça que je finis beaucoup plus tôt que vous d'habitude. Je passe mes journées dans cet uniforme. J'indiquai la tenue qui gisait sur le sol maintenant. Enfin, pas celui-là spécifiquement, j'en ai plusieurs hein ! Vaut mieux, quand on voit l'état dans lequel on rentre d'intervention parfois. D'ailleurs, si t'as une super technique pour débarrasser des fringues de l'odeur de l'essence, je suis preneuse. La dernière fois, il a empesté pendant des jours, même après trois ou quatre lavages. C'est tenace comme odeur.

Deuxième carton, toujours pas. Je le laissai se servir en bière dans le frigo. J'aurais peut-être dû le prévenir que je n'avais que de la Guinness ? Certaines personnes ont du mal avec cette bière. Mais c'était ma préférée. Probablement mes racines irlandaise qui ressortaient. Troisième carton...

- Oh c'est là ça !

Quand je vous disais que j'avais tout mis en vrac dans mes cartons. Je venais de remettre la main sur mon baudrier d'escalade. Je l'avais cherché pendant un moment l'autre jour, David voulait qu'on aille grimper un peu. Sur le moment, je ne l'avais trouvé. Dommage. Il alla rejoindre le tas formé par mon uniforme en attendant que je lui trouve une place avec la corde et le reste de mon matériel de grimpe.

- De quoi ? Je relevai soudainement la tête en entendant sa remarque. Des comme moi ? Je le regardai comme s'il était un extraterrestre venu d'une autre planète. Le répète pas trop fort, y'a des tas de gens qui pensent qu'une seule Angie, c'est largement suffisant !

C'est que j'étais livrée avec tout le package. Et bon, certes, j'avais évolué depuis quelques temps.  Mais il n'y avait pas à remonter loin dans le temps pour retrouver l'Angela qui n'apportait pas grand chose d'autre que des emmerdes. Comment je pouvais savoir que je m'étais trompée dans l'interprétation de ses paroles ?

- Non merci, ça ira pour ce soir. C'était ma réponse pour le "tu veux boire quelque chose?" Et ouais, si tu pouvais éviter pendant que t'es là, je t'en serais reconnaissante. J'ai arrêté y'a quelques années et je supporte mal l'odeur du tabac depuis. PV !

Le chat venait de sauter sur le comptoir, manifestement désireux de faire connaissance avec le nouveau venu. Ou alors, il voulait bien lui faire comprendre que c'était son domaine ? Etrange. En tout cas, il se dégonfla bien vite avant de se carapater.

- Je comprends pas, il est pas agressif d'habitude. Je crois que le déménagement l'a perturbé, il a pas encore pris ses marques. Ca lui passera, t'en fais pas. Laisses-lui juste le temps de s'habituer à toi. Il devrait pas t'embêter cette nuit, si ça peu te rassurer, il dort toujours sur mon lit.

D'un geste, j'indiquai la mezzanine pour lui faire comprendre qu'ils ne seraient même pas au même "étage", ça faisait une distance respectueuse, non ? Je me penchai pour ouvrir un quatrième carton et...

- Victoire ! Je me redressai, en sortant le matelas. Et regarde ce que j'ai avec ! Le gonfleur. Dieu merci, j'avais suivi la logique pour une fois. Je savais bien que c'était par-là. Tu m'aides ?

Il fallait pousser quelques cartons pour ménager suffisamment d'espace pour étaler le matelas. Et il faudrait le gonfler ensuite, bien sûr. Et que je lui trouve une couverture aussi, ça pourrait être pas mal.


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Matthew Derkins
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Amusant, elle sortait tout ce qui l’intéressait des cartons. Des petits fragments de vie que je voyais déborder çà et là. Mes sourcils se levèrent quand je reconnus un baudrier d’escalade. Elle avait de sacrés talents cachés la petite collègue ! Quant à sa question sur les fringues…

« Euh. Les brûler ? »

Oui, je n’avais pas mieux et plus intelligent comme remarque et alors ?

« Essaie de demander conseil à un garagiste ? »

Bon c’est un poil plus sensé mais tout aussi crétin. Enfin, j’aurais participé à l’effort de guerre. Mes yeux  suivaient le chat lentement, le voyant déjà monter dans son « royaume » comprendre la mezzanine. Oui cher ami, j’ai bien compris que c’était toi qui dormais avec la jolie fille ce soir. En tant que pièce rapportée, je me coucherais humblement sur le sol et à un étage inférieur. Ces chats. La réponse à ma remarque sur sa valeur en tant que personne me fit la regarder de nouveau plus intensément. Quelques secondes passèrent avant que je me rende compte de ma capacité renouvelée à la mettre mal à l’aise puis je marmonnais d’une voix grave et basse.

« Ces gens-là devraient penser à ce qu’ils ont fait de bien pour les autres. Eux. »

J’avais beau faire le con, si je n’avais pas eu le dispensaire ou, avouons-le, des filles qui avaient eu pitié de moi et qui avaient bien voulu me loger… Tout en faisant abstraction du fait que j’avais tendance à me montrer plus que lourd et en recherche d’intimité avec elles. C’était d’ailleurs le plus long moment actuel, en présence d’Angie, que je faisais totale sobriété de… lourdeur à caractère déplacé. Je me sentais un peu con.

« Je vois qu’il refuse de laisser un autre mâle approcher sa maîtresse. »

PAF. Raté. Une remarque lourde. Certes çà aurait pu être pire ! Mais tout de même, lâché là, au milieu d’un bel effort de sobriété. Bravo Derkins, tu sauras le temps que tu as tenu le jour où tu pourras te payer une montre. Un raclement de gorge s’en suivit alors que je me penchais pour l’aider. L’appartement étant petit, les cartons jonchaient le sol, nous nous retrouvâmes quelque peu obligés d’être proches. Je me rendis compte qu’au boulot, nous ne l’avions jamais été autant. Mes mains vinrent chercher elles aussi, tant bien que mal le gonfleur et le matelas. Jetant un discret coup d’œil vers elle, je pus profiter de ce teint de porcelaine encadré par une chevelure mordorée ainsi que la finesse de ses traits. En plus de ça, l’odeur ambiante n’était pas pour me déplaire. Ne cède pas Matt, surtout pas… Ferme là.

« Je… Tu es vraiment pas mal… »

Ne plus suivre mes nouveaux principes, pourris certes, était désormais mon jeu favori ou quoi ? Pour en ajouter à cela, le dernier geste d’appuyer sur le bouton déclencheur fut décidé par nos deux cerveaux en même temps (les cons). Un frôlement de peau suffit à me faire rajouter à la phrase entamée il y a plusieurs secondes… Plutôt éternités.

« … Tu m’étonnes que pour toi, on achèterait la lune pour te voir sourire. »

Avec une fin de phrase comme ça, je le voyais proprement le mur dans lequel j’étais en train de virtuellement m’écraser la face. Jacob aurait bien ri tiens, il aurait hoché la tête et ajouté que je ne changerais pas ; toujours aussi doué pour parler aux femmes. Quoiqu’il en soit, ma main se recula et j’entrepris de me lever rapidement. Le gonfleur était un modèle Tesla silencieux. Autant dire qu’une batterie complète d’anges était désormais en train de passer… Tous les Saints du calendrier et encore… On en avait rajouté depuis les années 2030… Je cherchais à me donner une contenance et je me retrouvais à faire ce que je savais faire de mieux : aller piquer une bière dans le frigo. Chose que j’exécutais rapidement, buvant une longue gorgée d’une traite, ma pomme d’Adam dansant au rythme du liquide ambré qui coulait rapidement dans ma gorge. Au pire, j’allais m’étouffer avec ma bière préférée. Chouette.


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Angela Foster
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Et encore, l'escalade n'était pas mon seul talent caché. Matthew put s'en rendre rapidement compte lorsque, déplaçant un autre carton, il se trouva nez à nez avec ma guitare et mon violon, tranquillement rangés dans leurs étuis, bien à l'abri.

- Les brûler... je fis mine de réfléchir à l'idée une fraction de seconde. Ça pourrait le faire, si j'en avais pas encore besoin. Je suis pas sûre qu'ils apprécient, à la base, s'ils doivent m'en fournir un nouveau. Par contre, l'idée de demander à un garagiste, c'est pas tout con.

Ou sinon, je demanderai à mes collègues, ils avaient l'habitude, ils devaient avoir une solution miracle pour ça. Sa remarque sur les gens me fit sourire. Matthew avait des idées bien arrêtées et c'était plutôt sympa de sa part. Mais il ne savait pas tout.

- Tu sais, ces gens-là me connaissent depuis longtemps. Ils ont parfois souffert à cause de moi. Partant de là, on peut comprendre que oui, une seule Angie à gérer, c'est tant qu'assez ! Ca n'empêche pas que ce sont des gens bien quand même. Qui font des choses pour les autres aussi.

Là, je pensais particulièrement à David. Mon frère était un ancien ranger, qui s'était engagé dans l'armée pour défendre notre pays, sa population, ses valeurs. Aujourd'hui, il était agent fédéral et luttait pour la justice. Pour qu'elle soit équitable, pour que les positifs ne soient pas toujours les souffres douleurs. C'était facile de leur mettre les trucs sur le dos, même s'ils n'avaient rien fait. Dans l'opinion de beaucoup de gens, ils étaient coupables de toute façon, rien que par le fait d'exister. David se battait contre ça. A sa manière. Dans ma tête, ça me semblait être quelque chose de bien.

Le coup du chat qui ne laissait pas d'autre mâle approcher me fit rire, un peu. C'était pas tout à fait vrai. Quand Nick était venu me voir, PV l'avait tout de suite pris en affection. Il s'était installé d'office sur ses genoux, déclenchant une crise d'allergie à Nick... Il avait fini la soirée dans l'arrière cuisine. Le chat, pas Nick.

Aidée par Matthew, je dépliai le matelas et l'installai sur le sol avant de le brancher au gonfleur.  L'appart était petit, ouais, nous étions donc côte à côte, mais cela ne m'émut pas outre mesure. J'avais l'habitude. Mes meilleurs amis étaient des hommes vous savez alors... Sa déclaration me prit par surprise. Je tournai la tête vers lui et haussai un sourcil. D'où est-ce qu'elle sortait cette remarque ? Qu'est-ce qu'il me faisait là ? Attention, j'étais pas mal à l'aise, j'étais juste étonnée. Je veux dire, que ça sorte, là, comme ça, pouf, alors qu'on gonflait un matelas, ça avait de quoi surprendre un peu, non ?

- Euh... merci. C'est gentil.


Qu'est-ce vous vouliez que je réponde à ça ? Après ça, d'ailleurs, ne pouvait s'installer qu'un silence pesant. Mais bon, c'était comme ça. Sauf qu'il en rajouta une couche. Et pour le coup, je me mis à rire. Non mais sérieux ? Comment vous voulez ne pas rire quand on vous sort un truc comme ça ? Et n'oubliez pas que j'étais fatiguée. J'étais sacrément bon public quand je manquais de sommeil. Un peu comme une fille bourrée, sauf que je l'étais pas.

- Et bah celle-là, on me l'avait jamais faite ! Je suis pas la seule à avoir besoin de sommeil on dirait ! Je me redressai et lui tapotai l'épaule dans un geste familier. T'es mignon, mais t'es sûr de toi ? Parce qu'on peut pas dire que ça se presse au portillon donc il doit y avoir une erreur quelque part !

Je le laissai aller se resservir une bière et supervisai le gonflage du matelas pendant ce temps-là.  Lorsque ce fut fait, je débranchai le tout et me remis debout.

- Bon bah, ça doit être bon. Je vais te trouver un duvet, lui, je sais où il est. J'avais remis la main dessus en "rangeant" mes fringues. Enfin, ranger... quand on a pas de meubles, c'est pas super top, mais j'avais fait au mieux en tout cas. La salle de bain est en haut, si tu veux. Et les toilettes sont là.

Oui, je sais il était temps de lui faire la visite. Ca va, mieux vaut tard que jamais ! C'était pas comme si j'avais l'habitude d'héberger quelqu'un ici.

- T'hésites pas si t'as besoin de quelque chose. Sers toi dans le frigo si t'as faim. Y'a des trucs aussi dans ce carton. Des biscuits, ce genre de choses. Et euh... Je relevai les yeux dans les siens. Je crois qu'on a fait le tour.


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Matthew Derkins
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« Ouais tu as raison, dormons. »

Mes remarques étaient passées pour de la folie douce qui l’avait faite rire. Il valait mieux ça en même temps. Le silence pesant aurait duré, l’ange qui était passé serait resté et se serait tapé une bonne incruste. Quoiqu’il soit, pour répondre à sa question : Oui, je suis sûr de moi. Elle était jolie, intelligente, bosseuse, musicienne et la bonté était un mot de son vocabulaire. « Bonté désintéressée » même. Le temps d’une courte visite et son regard croisa le mien.

« Parfait. Merci. »

Je la laissais me remettre mon sésame pour une nuit à température correcte sur ce nuage de plastique gavé d’air comprimé. J’avais presque oublié le plaisir d’avoir un chez-soi, un vrai, pas quelque chose que tu partages avec la moitié du quartier.

« Je te dis à demain. »

Je la laissais ensuite vaquer à ses ablutions et occupations du soir, alors que le jour se levait lentement. Je me permis de baisser les volets de la pièce où j’étais, l’entourant d’une pénombre salvatrice pour mes yeux malgré quelques petits jours qui constellaient de façon régulière le store. Ne cherchant plus trop où elle en était, je retirais rapidement chemise et pantalon pour me glisser dans le duvet, ma tête tomba d’un coup sur le matelas et rebondit. Bon, j’avais oublié de réclamer un oreiller, tant pis, ça fait du bien tout de même un vrai lit de camp à soi. Bientôt, les derniers volets se fermèrent, annonçant qu’elle aussi était couchée. J’entendais même le ronron de son chat « PV » c’est ça ?... Tant que ça ne voulait pas dire « Procès-Verbal »… Parce que des comme lui, j’en avais plein à mon nom déjà. Normal que je lui sois antipathique. Dans un bruit mou, je me plaçais sur le dos, me faisant la promesse de ne pas bouger outre mesure pour ne pas la réveiller avec le bruit de ces horribles compressions de plastique. Etrange que, après toutes ses années passées, personne n’ait pensé à inventer un couchage d’appoint meilleur si ce n’est silencieux ! On était plus dans les années 2000 bon sang ! Mes yeux fixèrent le plafond alors qu’on distinguait encore des objets mais difficilement. Je n’entendais pas vraiment de bruits de la mezzanine, alors je laissais mes pensées filer doucement, cherchant le sommeil… ou plutôt, l’accueillant à bras grands ouverts avec un bouquet de roses et une boîte de chocolats pour le séduire. Je me rendis compte que je ne savais pas si Angie avait un pouvoir, nous n’en avions jamais parlé et, en même temps, j’étais là depuis peu. Une chose était sûre : elle semblait plein de ressources alors qu’il est facile de penser le contraire d’elle en la voyant. Cette pensée me fit sourire silencieusement dans le coir alors que je fermais les paupières pour encourager la fatigue. Un bruit mou de son côté m’indiqua que le chat était sorti du lit, je finis par l’entrevoir aller vers la cuisine pour se nourrir. Le plus bruyamment possible évidemment. Je réprimais un bâillement alors que je me sentais partir. Profiter enfin d’un sommeil réparateur avait rendu tous mes muscles fous de joie et les avait invités à se détendre. Tous d’un seul coup. Il n’en fut pas plus pour que je sombre lentement dans les affres de Morphée. La « nuit » fut sans encombres, étonnant : le « Maître » des cauchemars en faisait des carabinés. Comment est-ce-que je le savais ? De mes nuits au dispensaire et même avant, dans la rue. Nombreux ont été ceux qui furent touchés par une peur alors que j’étais moi-même en proie à mes propres démons. Les médecins qui m’avaient examiné après que les flics m’aient, une nouvelle fois, embarqué dans le saladier qui devait sûrement m’être personnellement réservé, avaient eu des paroles en forme de vieille prophétie débile. « La plus grande peur de Derkins, c’est Derkins. » Et toi ducon, je te demande pas si tu n’as jamais eu comme plus grand rêve de finir danseur étoile au ballet de je ne sais où… Quoiqu’il en soit, l’appartement était silencieux. Un rapide coup d’œil à ce qui me servait de téléphone portable de boulot et personnel, ainsi que de téléphone fixe, m’indiqua que nous étions au milieu de la journée. Je ne dormais jamais très longtemps et je suis un lève-tôt. J’entendais le brouhaha ambiant du quartier accompagné de toutes les odeurs qui émanaient à profusion de tous les coins. Je passais rapidement mes vêtements quand soudain un gargouillis que je peinais à étouffer me fit comprendre que la Guinness ne nourrissait sûrement pas son homme ; contrairement à ce vieil adage qu’on avait déjà pu me balancer « Non merci pas de Guinness, j’ai déjà mangé. » Après m’être habillé, je jaugeais de la situation. Rapidement je pliais le duvet et retirais le bouchon du matelas pour que l’air en sorte sans un bruit. Un regard sur la porte et j’avisais les clefs. Avançant silencieusement vers la porte, je décidais de sortir. La clef tournée avec minutie laissa entendre un léger « clic » à l’ouverture. Un regard dans le couloir et je décidais de sortir sans mon trench : il faisait beau. Une fois dehors, je me rendis compte de quelque chose et fut obligé de faire demi-tour. En quelques minutes, ce qui m’avait retenu fut réglé. Sur la table fut déposé un mot, griffonné à la hâte derrière un morceau de carton et j’étais déjà dans la rue.

*Je reviens. Matt.*


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Angela Foster
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Je lui avais fourré le duvet entre les mains et lui avais souhaité une bonne nuit moi aussi avant de prendre la direction de la mezzanine. Une douche rapide, enfilage de mon pyjama et hop, je n'avais pas tardé à me glisser sous la couette.

La mezzanine n'était séparée du rez de chaussée que par une rambarde ajourée qui laissait voir un peu ce qui se passait en bas (et inversement) et n'empêchait pas les bruits de monter. La tête entre deux barreaux, PV observa "l'envahisseur" quelques minutes. Il me faisait rire, c'était comme s'il s'assurait qu'il n'y avait pas de danger avant de baisser sa garde. Et puis, tranquillement, il vint se faufiler sous la couette et se rouler en boule contre mon ventre. L'hiver c'était agréable, l'été par contre, beaucoup moins. Je le repoussai un peu pour l'éloigner mais rien n'y fit, il se colla de nouveau, me réchauffant le ventre avec ses 38 ou 39 degrés.

Il ne me fallut pas longtemps pour m'endormir comme une masse, bercée à la fois pas le ronronnement de PV et la respiration de Matthew, en bas. Et ma nuit à moi fut étonnamment paisible. J'étais facilement sujette aux cauchemars, ceux qui vous semblaient si réel que vous vous réveilliez en hurlant et qu'il vous fallait un long, très long moment pour calmer ce sentiment de panique qui vous avait envahi. Dans ces moments-là, David avait toujours été le seul capable de me rassurer. Il me rejoignait dans ma chambre et sa simple présence, le son de sa voix, suffisaient à recréer une atmosphère de sécurité. Et maintenant, il était à quelques kilomètres, dans la médiane. Mais cette nuit, je n'aurais pas eu besoin de lui.

Je me réveillai seule dans l'appartement. Comme d'habitude en fait. La nuit m'avait même fait oublier la présence de Matthew. PV, lui, était descendu depuis longtemps, l'appel du ventre certainement. Du coup, je fis comme chez moi. Normal, vous me direz, vu que c'était chez moi.

Je descendis donc pieds nus et en pyjama (un vieux t-shirt un peu court qui laissait voir mon tatouage dans le bas du dos et un short aux couleurs de la fac de Megalopolis). Ce fut seulement en bas, en revoyant le matelas dégonflé que je me rappelai que Matthew avait passé la nuit ici. Il était déjà parti ? Et même pas un merci, rien ? Il était un petit peu gonflé quand même. Ah mais... Attendez, il avait laissé sa veste. Et un petit mot, sur l'espèce de bar. Bon je préférais ça. Je me préparai un café et me hissai sur un tabouret, dos à la porte, après m'être emparée d'une revue scientifique que j'avais achetée la veille. Il y avait un article sur la résurgence du Typhus au Mexique que je voulais lire.

C'est ainsi que Matthew me trouva en revenant, tellement concentrée que je ne l'avais même pas entendu entrer.


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Matthew Derkins
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C’est les mains remplies de deux sacs en papier kraft bruns chargés que je fis irruption dans l’appartement d’Angela. Péniblement, j’avançais pour les déposer sur le bar, deux oranges s’échappèrent pour venir rouler lentement sur la surface polie avant de tomber dans un léger bruit mou et qui rendirent fou le chat. Dans un léger rire, je grattais ma nuque gêné.

« Bon, j’ai dit que je savais cuisiner. Donc j’ai amené des preuves tangibles Madame l’inspectrice. »

Mes yeux croisèrent les siens alors que je commençais à sorti le contenu des sachets. En plus des oranges nous avions du bacon, du pain frais, du poulet, de la salade verte, des œufs…

« J’ai prévu un truc bien vintage, salade… Euh… César c’est ça qu’on disait avant ? »

Tout en parlant, je commençais à préparer le plat. Je relevais mes manches de chemise faisant couler de l’eau dans l’évier pour laver la salade. Je commençais à retirer les feuilles une à une de la romaine et les passer sous l’eau. Mes yeux regardaient le magasine qu’elle était en train de lire, j’haussais un sourcil. Si elle était une tête, pourquoi donc travaillait-elle comme serveuse dans ce bouge minable ? Alors que je lançais la cuisson des œufs, je marmonnais lentement.

« Tu n’as donc pas de problèmes avec les mutants toi… Vu que je suis chez toi et que c’est un secret pour personne ce que je peux faire sur les gens… J’en déduis que tu n’es pas contre. »

Un léger rire passa mes lèvres alors que j’en étais à la coupure des croûtons de pain pour la salade. Je repensais à ce que j’avais pu dire hier soir et…

« Pour hier soir, ben… je ne suis même pas désolé. »

Mes yeux croisèrent les siens alors qu’une fossette se dessinait sur ma joue.

« Je le pense vraiment mais je sais me tenir ! »

Je retournais à mes préparatifs le sourire aux lèvres. Au bout d’une quinzaine de minutes, j’approchais d’elle une assiette pleine avec deux gobelets : l’un contenant un cappuccino et l’autre un thé. J’essuyais mes mains.

« Je vous en prie très chère, désirez-vous du thé ou du café ? »

Du pain grillé fut la dernière chose qui sortit du sac en papier alors que je lui présentais. En regardant tout cela, je me pris à penser à comment cela serait si j’avais eu une vie… normale. Ce genre de scène serait une habitude. Est-ce que j’aimerais ça ? Je ne savais pas trop… Alors que j’aurais peut-être pu avoir une copine aussi jolie qu’Angie… Là encore, est-ce que c’est cela que je voulais ? Perdu dans mes pensées, l’orange glissa de mes mains (à nouveau) alors que je la pressais. Cette fois le bruit mouillé fit cracher le chat et me dit soupirer de frustration.

« Excuse-moi, je joue au con… Comme d’habitude. »

Je me penchais pour ramasser et essuyer à nouveau avant de jeter le fruit vidé de sa substance dans la poubelle et poser mes deux mains sur le comptoir. J’en avais fini.

« Je t’en prie, profite. A moins que tu m’engages comme cuisinier personnel pour te faire ça tous les jours ! »

Faute de pouvoir prendre une cigarette, je me rabattais sur un cure dents dans la bouche ; je l’avais trouvé dans un pot de la cuisine et je descendis la moitié de mon orange pressée. Une fille comme ça, il devait bien y avoir quelqu’un dans sa vie tout de même… Des types comme moi devaient s’être succédés, voire même montés les uns sur les autres pour elle. Je le voyais bien au bar, même s ce n’était que pour la blague. Je n’étais pas le premier à lui parler ainsi. Le chat sauta d’un coup sur le bar pour venir renifler la nourriture, avide d’en avoir un morceau il semblerait. Pour ne pas me montrer trop sous mon mauvais jour, je pris un morceau de poulet et l’approchais du museau du chat. Appuyé sur mes coudes, j’attendais de voir ce qu’allait donner cette tentative de trêve improvisée et ce sous l’œil de notre autorité à tous : sa maîtresse.


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Angela Foster
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Le bruit finit tout de même par attirer mon attention. Je reposai ma tasse et lâchai ma revue avant de me tourner vers le nouvel arrivant.

- Hey !

Un sourire se dessina sur mes lèvres alors que je reconnaissais Matthew. En même temps, ça pouvait difficilement être quelqu'un d'autre. Encore que ça aurait été du genre de David de passer à l'improviste comme ça. Sauf qu'à cette heure-ci, il était certainement en plein boulot.

- T'es drôlement matinal dis donc ! Mon regard se posa sur l'horloge du micro-ondes. Enfin..., façon de parler. Besoin d'un coup de main ?

Je sautai de mon tabouret, tirai sur le bas de mon short en un geste inconscient, comme pour le rallonger, et me penchai pour récupérer les oranges balladeuses.

- Laisse ça PV, c'est pas pour toi. T'aimes pas les oranges de toute façon.

Comme si mon chat pouvait comprendre... Je posai les dites oranges sur le comptoir à côté des sacs de courses et émis un sifflement admiratif alors qu'il les vidait de leur contenu et m'expliquait ce qu'il avait prévu.

- Et bah dis donc, tu fais pas les choses à moitié toi ! T'étais pas obligé tu sais. Je m'attendais pas vraiment à ce que tu me sortes le grand jeu.

Je débarrassai le comptoir de ma revue pour lui faire de la place et me réinstallai sur l'un des deux tabourets. Les avants-bras posés sur la surface de bois, je l'observai travailler.

- Pourquoi j'aurais quelque chose contre eux ? Mauvaise question Angie, des tas de gens avaient des choses contre les positifs. Ils ne m'ont rien fait de mal. Ce sont des gens comme tous les autres, il y en a des bons et des moins bons. On n'a pas à les juger juste parce qu'ils sont différents.

Sans compter que j'en étais une également. Mais seulement trois personnes le savaient en dehors de l'équipe de Chinois qui m'avaient exposée. Bon ok, 4 en fait : Alex (notre collègue), mon frère, Garin (l'ami qui m'avait mise en contact avec les Chinois) et sa petite amie. C'était bien suffisant. C'est que je risquais gros si les mauvaises personnes l'apprenaient. J'étais quand même née négative et ma puce m'indiquait toujours comme telle.

J'esquissai un sourire alors qu'il ne s'excusait pas pour ses propos de la veille et baissai rapidement les yeux. Il avait des fossettes quand il souriait. Ca m'avait toujours fait craquer, un mec avec des fossettes.

- C'est peut-être un peu exagéré ? Je ne m'étais jamais trouvée particulièrement jolie.  Mais merci, c'est gentil.

Pourtant on m'avait dit des choses similaires plus d'une fois, au bar. Mais c'étaient des mecs avec un coup dans le nez. Ils auraient été capables de draguer un lampadaire. Alors autant dire que je n'accordais pas beaucoup de crédit à leurs paroles. Je l'avais entendu de la bouche de Nick aussi. Mais il n'était pas très objectif. Je le soupçonnais d'être trop clément à mon égard.

Une assiette se matérialisa sous mon nez et je relevai les yeux sur Matthew.

- Ca, c'est même plus que le grand jeu ! Tu me fais quoi là ? Je t'ai juste laissé dormir dans mon salon ! Je crois pas que je mérite tout ça !

PV, comme tous les chats, avait une sainte horreur des agrumes. Il y avait toujours de très fines gouttelettes qui s'en échappaient et ça lui piquait les yeux. Il fit un bon et cracha sur l'orange qui venait d'atterrir devant ses pattes avant de venir se réfugier sur mes genoux. Sauf qu'il s'y prit mal, glissa quelque peu et tenta de se rattraper en s'accrochant à ce qu'il trouva sous ses pattes, à savoir ma cuisses. Je laissai échapper un juron, et esquissai un geste pour le dégager rapidement. Le pauvre petit, pas rassuré alla se planquer dans un coin. Mais pas pour longtemps. Attiré par la nourriture, il ne serait pas long à revenir. Quant à moi, j'en étais quitte pour de belles estafilades...

La remarque de Matthew me fit sourire. Que je le prenne comme cuisinier personnel ?

- Si tu permets, je vais d'abord m'assurer que c'est bon. J'attaquai le plat, ça l'était.

Comme je l'avais prédit, PV ne fut pas long à revenir fouiner de notre côté. Bien lui en prit d'ailleurs, puisqu'il eut droit à un morceau de poulet de la part de Matthew.

- Méfie-toi, il va plus te lâcher si tu lui donnes des trucs aussi bons.

Sacrée bestiole va. En attendant, le bout de poulet eut pour mérite de lui faire adopter le jeune homme. Et moi, je reportai mon attention sur mon coloc d'une nuit.

- Est-ce que j'ai le droit à une explication sur la raison de ta présence ici ?

En un mot, pourquoi il avait demandé à dormir chez moi  ?


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Matthew Derkins
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Le grand jeu était pourtant, dans ma tête, un classique. J’aimais cuisiner mais depuis que j’avais un niveau de vie proche du taudis… C’était en train de s’en aller. Chez mes vieux, plus jeune, j’aimais faire de la pâtisserie. Ouais, je sais, ça ne se voit pas au premier abord ; je le conçois. Une nouvelle fois elle éluda ma remarque sur l’opinion que je pouvais avoir d’elle. Une nouvelle fois, cela me fit sourire, le creux de ma joue témoignant d’un sourire franc et pas celui de façade que je pouvais réserver à certaines clientes un peu trop pot de colle.

« Ne t’en fais pas, je le répèterais jusqu’à ce que tu en prennes conscience alors. »

Les mots avaient été marmonnés sur une voix basse mais comme nous étions face à face, elle avait forcément entendu. Elle poussa encore quelques exclamations sur ce fameux plat qui pourtant n’était pas digne du restaurant chic du coin « Le Pylône d’Argent », une vision quelque peu futuriste de son ersatz français des temps passés « La Tour d’Argent » ; quoiqu’un peu démodé, l’endroit était coté dans le coin. Une chose est sûre, ma façon de remercier les gens la laissait ébahie.

« Ecoute, je ne fais pas ce traitement-là à tout le monde ; beaucoup sont ceux qui m’ont plutôt en horreur… Mais je sais reconnaître quelqu’un qui en vaut la peine. »

C’est ce que j’avais dit hier, la bonté et la gentillesse désintéressée il y en avait peu en ce monde. De toute façon, ces deux sentiments ne viennent pas de nulle part, les gens qui en font preuve ont traversé beaucoup d’épreuves et ont été brisées. Mon regard croisa le sien, je me doutais qu’elle pouvait y voir le reflet d’une volonté tenace. Quoiqu’il en soit, PV avait donc décidé d’accepter ma reddition, il était temps ; peut-être allions nous devenir copains après tout. Enfin ça c’était si jamais je repassais à nouveau par ici… Angie en vint enfin au fait et me demanda pourquoi j’en étais arrivé là : comprendre comment avais-je pu lui demander de m’héberger un soir. Après avoir avalé une bouchée de salade, dis-donc j’étais pas si mal en effet au niveau culinaire, j’avalais lentement et bus une nouvelle fois.

« Bon. C’est une pseudo longue histoire, comprendre une moyenne… En fait, je suis un SDF. Le boulot et les fringues à peu près bien n’empêchent rien. J’ai pas de baraque, pas d’endroit où crécher de façon durable… »

Le verre fut reposé sur le bar alors que je grattais ma nuque, signe distinctif du sentiment de gêne chez moi. Me raclant la gorge, je continuais alors que mes yeux s’attardaient sur les mains d’Angie qui maniaient les couverts.

« … Je t’ai demandé de m’héberger car j’en avais marre de mon plumard pourri au dispensaire. Vu mon caractère, je n’ai jamais trouvé quelqu’un qui accepte de… »

Je déglutis. C’était tout de même gonflé d’en parler de but en blanc comme ça. De toute façon, je n’avais pas pour vocation de la faire m’adopter. Au moins, j’en avais profité durant un moment.

« … me prendre comme colocataire. Ce n’est pas un problème l’argent, je peux en donner vu que toi et moi encore payés pour les services que nous faisons au Magic Alice. Mais… Personne ne s’y est jamais risqué. »

En même temps, c’était rarement passé crème. Si c’était une fille, je finissais par lui faire du rentre dedans et si c’était un mec, j’avais toujours tendance à trop l’ouvrir et ça terminait en baston générale. Une nouvelle dose de salade alla rejoindre mon estomac alors que je la regardais à nouveau.

« Mais bon, je n’ai pas pour vocation de sortir les violons et me plaindre à mon sujet. Je n’ai pas dit ça pour t’attendrir et te forcer la main, tout comme ce que j’ai préparé. Ça me fait juste plaisir… En plus, tu le mérites. »

Pourquoi j’avais dit cela ? Encore une fois ma langue allait plus vite que ma cervelle. Pour moi elle le méritait car je sentais qu’elle avait vécu des évènements douloureux. Je sentis quelque chose traîner le long de mon mollet avant que d’un coup, le chat se retrouve sur mes genoux et le museau plongé dans mon assiette. Cela me fit rire.

« Votre Majesté m’autorise à ouvrir une fenêtre pour que je fume ou bien c’est strictement prohibé aussi ? »

Je sais, j’étais accro, mais je l’assumais grandement. Je regardais par la fenêtre, la journée était bien avancée maintenant, signe qu’il allait bien falloir retourner au boulot un de ces quatre… Dommage, je n’en avais pas trop envie, j’étais bien là… pas chez moi.


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Angela Foster
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Je relevai les yeux sur lui, plantant mon regard dans le sien en fronçant légèrement les sourcils. Ma bouche s'ouvrit, comme pour protester, mais aucun son n'en sortit. Je crois que je ne savais pas quoi dire. Je ne comprenais pas pourquoi il avait cette opinion de moi, ni pourquoi il m'en parlait. Et je ne comprenais pas plus pourquoi il semblait tenir à ce que je le crois. Et j'avais beau détailler son expression, m'arrêtant sur son regard, sur son sourire et ses fossettes, non, je ne comprenais pas plus. Il avait trop sérieux pour que ce soit une simple blague.

Je finis par hocher la tête, gardant le silence et je reportai mon attention sur mon assiette. C'était bon, oui. Je crois que je pourrais facilement m'habituer à la présence d'un homme sachant cuisiner... Je crois qu'en fait, je pourrais m'habituer à un tas de choses, c'était juste qu'on ne m'en avait pas donné l'occasion. La mort de Peter, il y a 4 ans, m'avait pas mal remuée, au point que je m'étais révélée incapable de la surmonter. Le résultat se voyait encore aujourd'hui.

Je relevai les yeux sur Matthew alors qu'il répondait à ma question et ma fourchette se suspendit en vol. Il avait une histoire particulière. Elle me touchait. Ce n'était pas de la pitié pour autant, c'était juste que ça ne me laissait pas insensible. J'étais capable d'une certaine empathie, un peu trop d'ailleurs, aux dires de certains de mes amis.

- Pourquoi tu m'appelles comme ça ?

Son "votre majesté" m'avait laissé une sensation désagréable. Est-ce que c'était l'impression que je lui donnais ? Est-ce que je me conduisais vraiment comme une reine en son royaume ?

- Je suis pas... je haussai les épaules. Je suis juste Angie. Je préférerais que tu t'en tiennes à ça, ok ? Et oui, vas-y, si tu restes à la fenêtre, ça devrait aller.

Je recommençai à picorer mon assiette tout en l'observant à la dérobée. PV l'avait suivi et se frottait maintenant contre ses jambes, réclamant des caresses. Est-ce que c'est lui qui m'a décidée ou est-ce que j'avais déjà l'idée qui me trottait dans la tête depuis que j'avais entendu le mot SDF ? Je n'en sais rien. Toujours est-il que je soupirai reposai ma fourchette et le dévisageai quelques secondes.

- Tu pourrais peut-être rester ici ? Je sais que l'appart n'est pas très grand, mais ça ne serait que le temps que tu trouves quelque chose de mieux. Je suppose qu'on peut se partager l'espace ? En plus PV t'a déjà adopté. J'attrapai le capuccino qu'il m'avait préparé, j'adorais le capuccino. Et t'en fais pas, t'auras pas à te taper ce matelas trop longtemps, j'ai déjà prévu d'aller m'acheter un canapé dans les jours qui viennent.

Je relevai les yeux sur lui par-dessus ma tasse et la reposai avec un léger sourire.

- Alors, t'en penses quoi ?


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Matthew Derkins
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Elle avait tiqué sur l’appellation, ce n’était pas voulu. Pas du tout. Je déglutis doucement avant de marmonner dans ma barbe d’un ton où perçait l’excuse sincère.

« Pardon, ce n’était pas dit pour te blesser tu sais. Il n’y avait aucune suffisance. Bref, excuse-moi Angie. »

Pour me rattraper, j’attrapais les fruits et commençais à les peler pour faire une salade de fruits. Alors que j’étais absorbé dans ma tâche, Angela me proposa d’habiter chez elle, de me prendre comme colocataire. Etait-ce dû à mon discours ou bien parce qu’elle appréciait ma compagnie ? Perdu dans mes pensées, j’haussais les épaules : si la proposition était venue en cet instant, c’est que toutes les conditions étaient réunies. Redressant la tête alors que je coupais les fruits en morceaux pour les mettre dans un bol, mes pupilles plongèrent dans les siennes.

« Je te remercie, ça sera donc avec plaisir. Vraiment. »

Un sourire sincère passa mes lèvres, une nouvelle fossette naquit, fendant cette joue sur laquelle poussait une barbe qui avoisinait les trois jours. J’approchais d’elle le bol rempli de fruits frais. Mon léger rire brisa le silence de la pièce.

« Je ferais la cuisine ne t’en fais pas. Du moins, si ce que j’ai cuisiné te plaît. Après notre soirée de boulot, je prendrais mes affaires au dispensaire… De toutes façons, ça tient dans un sac de sport tu sais. »

Et c’était vrai, il y avait une quantité minimum de fringues, une autre paire de pompes, des affaires de toilette, un jeu de cartes des dés pipés ou non et deux bouquins sur les méthodes de croupier, mon métier d’avant. Avalant un premier morceau de fruit et profitant de la fraîcheur, je ne pouvais m’empêcher de la regarder. Je me doutais bien que ma situation pouvait faire un peu pitié… Mais, il était temps de mettre mon égo de côté et accepter une main tendue. Sincèrement. PV revint me voir, désireux d’avoir encore du poulet il semblerait. Esquissant une légère moue, je farfouillais dans mon assiette pour finir par trouver un morceau de poulet encore sauvable.

« Tu as de la chance, il en reste un dans mon assiette, ‘spèce de petit voleur. »

J’attrapais maladroitement un morceau de peau avant de lui tendre. Il l’attrapa rapidement avant de filer, heureux de sa chasse et fier de lui. La situation me dit sourire et rire doucement. Mon regard se posa de nouveau sur Angie, mes coudes posés sur la table, mangeant un nouveau fruit.

« Si tu as besoin de quoi que ce soit durant ces jours où je serais là. »

Maintenant, il fallait aborder la partie la moins drôle de ce moment. Celle de mon pouvoir. Me levant lentement, je me dirigeais vers la fenêtre pour prendre une cigarette. Levant la partie basse, je me penchais pour venir l’allumer en polluant le moins possible l’intégrité de l’appartement. La cigarette coincée entre mes lèvres, je marmonnais.

« Par contre. Il faut que je te parle de mon pouvoir. Je suis pucé, je suis un mutant et… »

Mes yeux se posèrent vers la rue, le jour commençait à décliner, signe que le travail allait reprendre à nouveau. Un soupir sortit de mes lèvres.

« … J’ai pas un pouvoir très… sympa. Je… Je contrôle les peurs et les cauchemars des gens. »

Mon regard était fixé dans le sien. Ce n’était plus tellement sûr qu’elle accepte de m’héberger désormais. Je n’allais peut-être pas lui dire non plus que j’étais assez colérique et que durant mes phases de colères… Le pouvoir pouvait ressortir et la blesser. Mon regard ne se décrochait pas du sien, j’étais maintenant suspendu à ses lèvres et à la décision qu’elle allait prendre. Sinon, cela aurait été un coup dans l’eau… Encore une fois.

Dommage, j’aurais aimé que ça réussisse avec elle.


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Angela Foster
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J'esquissai un sourire quand il accepta. J'avais proposé ça en toute simplicité. Parce que ça me faisait plaisir de l'aider. Et puisque je pouvais le faire, pourquoi ne pas le faire ? C'était devenu une sorte de crédo, une nouvelle devise, qui s'ajoutait au "carpe diem" que j'avais de tatoué sur la hanche.

- Inutile de me remercier, j'ai la possibilité de t'aider, ce serait idiot de ne pas le faire. En plus, j'y vois aussi mon propre intérêt. Ce n'était pas tout à fait vrai, ça n'avait pas compté dans ma décision de le lui proposer.Je ne sais quasiment pas cuisiner. Ca me changera des pâtes et des pizzas ! Et puis, je n'aime pas être seule je crois.

J'avais toujours vécu avec quelqu'un. Avant mon déménagement, il y a une semaine, je vivais encore avec mon frère. Et j'avais du mal à me faire à l'idée qu'il n'était plus là. C'était juste une question d'habitude, il fallait que je m'adapte, que j'apprenne à vivre seule. Mais la transition avait été trop rude.

Quant à la question d'avoir besoin de quelque chose ? J'acquiesçai pour lui montrer que j'avais bien compris et que ce n'était pas entré dans l'oreille d'une sourde. Je n'avais rien en tête pour l'instant, mais oui, en cas de besoin, je ferai appel à lui.

- Ouais, je te demanderai, promis. En attendant, te prends pas la tête ok ? Considère que tu es autant chez toi que chez moi.

Un nouveau sourire et je repoussai mon assiette vide pour attaquer la salade de fruits préparée par Matthew. Comnent savait-il que c'était mon dessert préféré ? Ok heureusement qu'il avait accepté de rester, je crois que sinon, je ne lui aurais pas laissé le choix.

Mon sourire se dissipa légèrement quand il commença à parler de pouvoirs. Est ce que le sien était si terrible que ça ? Sans un mot, je le fixai jusqu'à ce qu'il eut fini de parler. Il semblait penser que ça pourrait me faire changer d'avis. Après tout, il ne me connaissait pas.

- Tu veux dire que tu peux faire faire des cauchemars aux autres ? Est ce tu peux aussi les empêcher d'en avoir ? Parce qu'autant que je te prévienne aussi, mes nuits sont plutôt agitées en règle générale. Et vue la configuration des lieux, tu risques de mal dormir aussi...


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Matthew Derkins
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Son visage s’était fermé au moment où j’avais abordé la question de mon pouvoir, normal en même temps, le sujet était assez… grave en soi. Je l’écoutais et un léger sourire se dessina sur mes lèvres, mon poing serré sur le rebord de la fenêtre. Mon ton se fit grave alors que ma gorge semblait se consteller de papier de verre.

« Crois-moi que tu ne me soucies pas. SI je pouvais t’aider, je le ferais. »

Alors que je la regardais, je me rendais compte d’une chose. Ca me faisait plaisir qu’elle m’ait accepté dans sa vie, ça me flattait. Elle était jolie et le moment que nous venions de passer n’était pas comme quand j’étais à mon habitude avec une fille. Je ne pensais pas qu’à aller défaire le lit. Je regardais sans voir ma main contre le rebord avant d’ouvrir la bouche.

« Disons que… Quand je me laisse emporter… Je peux ne pas me contrôler… »

Mes yeux croisèrent les siens alors que je déglutis à nouveau.

« … Je ne voudrais pas te faire vivre ça. C’est quelque chose d’hideux en soi. »

Je dis ça, je dis ça ; je n’avais eu aucun scrupule à l’appliquer fortement sur mes parents. Mais eux, c’est différent. Avec mes vieux c’est toujours différent de toute façon. Bref, l’idée n’était pas de l’effrayer outre mesure, elle pouvait toujours changer d’avis en plus. Bon ça elle pouvait le faire à chaque moment en même temps. Cherchant à me donner une contenance, je me grattais la nuque.

« Mais je me contrôle c’est bon et plus… avec toi, je… »

Ouais il fallait l’admettre, oui, mes pommettes venaient de prendre une légère teinte rouge. C’était fugace mais je l’ai senti, le petit coup de chaleur qui réussit à me faire balbutier un tantinet. Ben alors Derkins, reprend toi. C’est pas une nana qui va te faire peur, si ?

« … Je ne voudrais pas te faire de mal. »

Mon regard entra dans le sien à nouveau, au moins là l’armure était tombée. Quitte à avoir commencé, autant continuer.

« Tu sais. Moi non plus je n’aime pas être seul. »

J’en avais eu des moments de solitude, pas de la solitude de bac-à-sable non, le bon gros truc qui te saisit à la gorge. Le moment où tu es coincé entre un mur et un container à ordures avec un carton comme toi. La bouteille de gin a beau être dans ta main et le pétard dans l’autre… Tu te sens seul. Seul alors que des tas de gens sont là autour de toi, seul au milieu de la foule. Mais d’un raclement de gorge, je venais de crever cette bulle d’intimité que je venais de créer. Je n’aimais pas vraiment qu’on me voit en position de faiblesse. Je crois que le seul qui en avait bénéficié c’était mon frère… Jacob. Mais il en avait grassement rigolé. Pour lui, j’étais un idiot. Je tirais sur la cigarette, laissant la fumée entrer dans mes poumons avec grand plaisir ; mon cerveau était en train de flotter dans les limbes enfumées. Peut-être que c’était aussi ça qui faisait que je m’ouvrais à elle. La fumée sortit de mes lèvres alors que je regardais par la fenêtre. PV commença à miauler à l’adresse de sa maîtresse : il était désireux d’avoir quelque chose semblait-il.

« La nuit, si tu as besoin de moi ; tu n’auras qu’à me réveiller alors. Cela ne me gêne pas de te tenir compagnie le temps que tu exorcises ces foutues peurs de toi. »

C’est un regard sincère que je lui adressais. Je serais là. Un sourire naquit sur mes lèvres, je ne pus m’empêcher de briser le côté quelque peu solennel du moment en ajoutant une boutade.

« Moi et PV veillons sur toi désormais. »

Je tirais une nouvelle fois sur la cigarette, les cendres tombaient dehors faute de cendrier. L’air était chaud dehors et la fumée peinait à monter plus haut… Signe d’un temps lourd et orageux. Finalement, cela allait peut-être être un plaisir d’aller s’enfoncer dans les recoins frais et sombres du Magic Alice. Surtout avec toutes ces verres frais à portée de main…

« Je débite connerie sur connerie moi… »


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Angela Foster
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Bizarrement, son pouvoir et le fait qu'il puisse en perdre le contrôle ne m'inquiétait pas outre mesure. Je n'aurais pas sur dire pourquoi. Probablement, parce qu'il avouait lui-même ne pas vouloir me faire quoique ce soit. Je sais, c'est facile de dire une chose et de penser le contraire, sinon, il n'y aurait pas de menteur sur terre. Ca serait bien, cela dit. Bref, je ne mettais pas en doute la parole de Matthew, pour la simple et bonne raison que j'étais de nature assez naïve en règle générale, sans compter que j'accordais facilement ma confiance aux autres. David n'aimait pas ça, il aurait préféré que je me méfie plus. Mais j'étais comme ça, je n'y pouvais rien. Ce n'était pas ma faute si le boulot de mon frère rejaillissait sur sa vie au point de le rendre ultra-méfiant, surtout pour tout ce qui me concernait. Je ne voulais pas céder à sa parano. Je voulais croire qu'on pouvait encore accorder sa confiance à quelqu'un dès le premier coup d'oeil. Et si ça devait m'exploser à la figure ? Et bien ça exploserait.

- T'en fais pas pour ça. J'ai l'habitude des trucs horribles. J'esquissai un sourire qui se voulait rassurant. Je suis secouriste, tu te rappelles ? Des horreurs, j'en vois régulièrement et ça n'est pas grand chose à côté de ce que je peux voir là-dedans.

Je tapotai ma tempe d'un doigt avant de prendre une nouvelle cuillerée de salade de fruits. J'avais dit ça d'un ton presque indifférent. Je ne voulais pas avoir l'air de m’apitoyer sur moi-même, ou lui donner envie de me prendre en pitié. Ca n'était pas le but, ça n'était pas moi non plus. C'était comme ça, point barre. Je me réveillais la nuit complètement terrorisée, c'était comme ça. Je me calmais comme je pouvais (la présence de David à mes côtés m'y aidait grandement) et ça passait.

Je relevai les yeux sur lui alors qu'il me faisait le même aveu que celui que je venais de lui faire à propos de la solitude. Je me doutais que nous ne l'entendions pas sous le même sens. Je n'étais pas seule à proprement parler. Je veux dire, j'avais mon frère, mes parents, des amis. En soi, je n'étais pas seule comme lui devait l'être. Pour le coup, je me sentis un peu mal. Je n'étais pas tellement à plaindre.

Le temps que je cogite à tout ça, PV était revenu vers moi et cherchait à attirer mon attention en tapotant ma jambe du bout de sa patte. Il était chouette ce chat, il savait être doux et ne pas sortir ses griffes quand il n'en avait pas besoin. Je posai ma cuillère et me penchai pour le soulever et l'installer sur mes genoux.

- Je crois que tu te réveilleras de toi-même...

La chambre de David était à l'étage dans mon ancienne maison, juste au-dessus de la mienne. Il m'entendait à chaque fois. Quant à lui demander de venir, si j'avais besoin de réconfort ? Comment dire... je l'empêcherais pas de venir de lui-même, mais je ne le connaissais pas assez pour faire la démarche de lui demander de venir. J'acquiesçai cependant, pour lui dire que j'avais bien entendu sa proposition. A voir si j'y penserais ou pas. Peut-être. D'un autre côté, il faudrait bien que j'apprenne à calmer mes peurs toute seule, non ? Je n'aurais pas toujours quelqu'un à mes côtés pour ça.

- C'est pas que des conneries. Je soulevai légèrement le chat comme pour le forcer à regarder en direction de Matthew. PV veille déjà sur moi ! Quand il ne dort pas. C'est à dire rarement, en fait !

Je reposai le chat sur ses pattes et reportai mon attention sur la salade de fruits.

- Tu te débrouilles bien en cuisine. Je pourrais m'y habituer...

Qui sait, si la cohabitation se passait bien, peut-être qu'on pourrait songer à trouver un appart plus grand ? Genre avec deux vraies chambres ? Ca serait quand même mieux. Enfin, on avait le temps de penser à tout ça !

- Et sinon, tu faisais quoi avant d'arriver au Magic Alice ?

Quoi, j'essayais de mieux connaitre mon nouveau coloc, j'avais le droit, non ?


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Matthew Derkins
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« C’est vrai que tu es secouriste mais avouons-le, les pensées de là… »

Je désignai ma tempe du bout de l’index en la regardant.

« … sont bien plus puissantes pour faire peur que n’importe quel cadavre découpé. »

Elle m’annonça que je me réveillerais de moi-même, est-ce que cela signifiait qu’elle avait des nuits plus qu’agitées ? Haussant les épaules, je me disais que je verrais bien par moi-même de quoi il en retournerait. De toute façon, je me doutais que la confiance n’était pas encore assez installée : il ne fallait pas rêver ; elle n’allait pas tout me confier tout en à peine un jour. J’eus un sourire quand elle parla du chat qui dormait peu, il était bien le seul en son genre alors ! Tous ceux que j’avais croisés passaient les trois quarts du temps à dormir. Je regardais PV qui me rendit un regard étonné.

« Ben toi mon vieux, tu es bien le premier qui ne dort pas tant que ça alors… Si j’en crois ta maîtresse ! »

L’animal pencha la tête de côté comme si il comprenait ce que je disais et sans crier gare, après avoir rejoint le sol, il décida de monter vers la mezzanine. La question d’Angela vint après un moment de silence. Elle était légitime en soi, après tout elle m’avait ouvert la porte alors qu’elle me connaissait à peine. Je mâchonnais un dernier morceau de fruit en la regardant.

« Avant de bosser ici… J’étais croupier dans des casinos. Y’a que parce qu’au Magic Alice on m’a dit que c’était plus de serveurs qu’on avait besoin que de croupiers que je suis devenu ton collègue… »

Avalant le fruit, je me dirigeais à nouveau vers la fenêtre pour allumer une nouvelle cigarette. Soufflant la fumée par les narines, je regardais au dehors la ville baignée de pollution dont les bruits et les voix résonnaient jusqu’ici.

« … Avant ça j’étais un fils turbulent, au grand désarroi de mes vieux. J’ai un frangin, plus vieux que moi. Mutant lui aussi. Avec un pouvoir bien marrant. »

Un rire passa mes lèvres, un rire acide, empreint d’une ironie certaine. Le destin était drôle tout de même.

« Moi je suis celui qui fait les cauchemars… Lui, il est celui qui fait du bien aux gens. Le noir et le blanc en somme. En attendant… »

Je faisais tourner entre mes doigts le bol qui avait servi à contenir la salade de fruits. J’étais pensif, après tout j’allais tout dire, autant qu’elle ne soit pas surprise.

« … en attendant, j’ai été chassé de chez mes vieux… car je les ai fait souffrir. J’ai vécu comme un sans-abri… »

Mes yeux rencontrèrent les siens. Les mots étaient doucement articulés dans le silence qui n’était rompu que par le feulement du chat qui semblait chasser quelque souris ou poussières en haut de la mezzanine.

« … profitant plus ou moins grassement des jeunes femmes qui étaient séduites et qui acceptaient de me laisser une place dans leur lit voire… dans leurs bras. »

Mes yeux se baissèrent, comme si j’étais honteux de cet ancien mode de vie ; du reste c’était le cas. De quoi avais-je l’air devant ma bienfaitrice qui elle, m’avait logé sans avoir eu besoin de séduction de ma part –ou alors nullement travaillée- et n’écoutant que ses bons sentiments. En plus du sentiment de la trahir, je me sentais sali. Le temps de me racler la gorge et mes yeux reprirent le chemin de ceux d’Angie alors que mon ton se fit on ne peut plus sincère, n’oubliant pas cette fameuse sensation cuisante que j’avais pu ressentir sur mes joues.

« Mais avec toi cela sera différent. »


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Angela Foster
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- C'est ce qu'ils disent tous.

J'esquissai un sourire. Si j'interrogeai une centaine de filles, j'étais prête à parier que toutes me diraient qu'elles l'avaient déjà entendu, ce fameux "Toi, c'est différent".

Je ne m'attendais pas à ce que Matthew me déballe toute son histoire en posant ma question. Quand il m'avait dit qu'il était croupier, je pensais qu'il s'en tiendrait à ça. C'était ce que je lui avais demandé, d'ailleurs. J'avais même haussé un sourcil intrigué à cette réponse. Un croupier, on n'e croise pas tous les jours. Mais Matthew ne s'était pas arrêté là. IL avait enchaîné sur sa famille, et ce qu'il avait fait par la suite pour s'assurer de passer la nuit dans un lit, avec un toit au-dessus de la tête. Ce n'était qu'un bref résumé, c'est vrai, mais ça disait l'essentiel, je crois.

- T'es sûr que tu veux rester là ? Depuis tout à l'heure, tu me fournis tous les arguments pour te mettre à la porte ! J'eus un petit rire, montrant que quoiqu'il dise, il ne me ferait pas changer d'avis. Remarque, on ne pourra pas dire que tu ne m'as pas prévenue !

Comment j'aurais pu changer d'avis après ça ? Je le comprenais. Et je n'avais pas été si différente de lui à une époque. J'avais été du genre à disparaître au petit matin et à ne jamais redonner signe de vie. Mais pas pour les mêmes raisons que lui, c'est vrai. Je voulais profiter de la vie avant qu'on ne me l'enlève et je ne voulais pas qu'on s'attache à moi. Alors oui, je sais, c'était une drôle d façon de profiter de la vie. Encore que, ça se défendait comme idée, non ? Je veux dire, c'était pas désagréable en soi.

Quoiqu'il en soit, qui étais-je pour le juger ?

- Ecoute, si ça peut te rassurer, j'ai été comme toi avant. Enfin... Non, pas tout à fait. Je n'avais pas les mêmes raisons que toi mais...au final ça en revenait au même.

Ok. Voilà ce qui arrivait quand on voulait dire quelque chose tout en essayant d ne pas en dire trop : on s'embrouillait. Avec le temps, Matthew se rendrait vite compte que j'étais une reine pour ça. Pour dire des trucs sans donner vraiment la possibilité de les comprendre.

- Bref, ce que je veux dire, c'est que je vais pas te juger pour ça. Je comprends, en fait. Et t'en fais pas, tu peux rester quand même.

Je lui adressai un sourire rassurant et terminai mon bol avant de sauter de mon tabouret pour faire la vaisselle.

-  En tout cas, je suis flattée de ce traitement de faveur que tu me promets. Encore que, je sais pas trop comment je dois le prendre... C'est vrai quoi, si on jouait avec les mots, ça pouvait aussi dire qu'il ne me trouvait pas à son goût. Ca aurait pu en être vexant. Enfin, à condition que ça ait une importance pour moi, ce qui n'était pas le cas. Mais je trouve ça un peu étonnant. On ne se connait pas. A quoi je le dois ?


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Matthew Derkins
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Sa remarque, que tous les mecs disaient toujours pareil ; me fit pincer les lèvres. Ça m’apprendra à ouvrir ma gueule, très bien j’en ferais moins. De toute façon, si j’avais voulu dormir dans son lit cette « nuit » ça ce serait passé de façon TRÈS différente. Son autre remarque sur mon histoire eût le mérite de faire naître un léger sourire acide sur mes lèvres, sourire accompagné d’un lambeau de phrase dit sur un ton qui pouvait paraître un peu sec.

« Je ne fais pas ce cadeau à toutes les filles chez qui je pieute. »

Bon d’accord, d’un coup d’un seul j’avais montré les crocs, alors qu’elle ne me voulait pas de mal. Non ce n’était pas de ce genre-là, la preuve elle continua en m’indiquant qu’elle « avait été comme moi avant mais pas vraiment mais si quand même ». Bref, j’avais saisi l’idée et elle me disait que je pouvais tout de même rester chez elle malgré les conditions d’utilisations qui suivaient la petite étoile qui accompagnait mon nom « Matthew Derkins*… * A manipuler avec précautions surtout quand ce ne sont pas ses bon jours surtout si vous ne voulez pas vous mettre à flipper à mort et… etc etc etc. » Un peu comme dans ces pubs vintage de bagnoles des années 2000. Tout le monde en avait des étoiles qui suivaient leurs noms, mais je pense que ma liste était tout de même assez longue comparée à certains… Baissant les yeux, je déglutis alors que mon ton se fit plus doux et empreint d’excuses pour mon attitude d’avant.

« Merci. Excuse-moi, je ne veux pas mordre la main tendue. »

Une nouvelle fois elle me questionnait sur le pourquoi du comment de toutes ces largesses à son égard ? Redressant la tête, les yeux sombres empreints pourtant d’une tempête intérieure qui était en train de s’estomper, je la gratifiais d’un sourire on ne peut plus séduisant ; mais surtout sincère. Celui-là, celui-là il était une pièce de collection d’une rareté à en crever, « l’erreur de la banque en votre faveur » est bien plus commune. Inspirant et prenant la liberté de m’approcher d’elle, tout comme peut-être elle avait pu me voir faire avec certaines clientes du Magic Alice ; mais là le but n’était sûrement pas de lui soutirer de l’argent…

« Ne pose pas de questions. Profite. »

Le dernier mot avait été chuchoté, j’avais pu voir les cheveux de sa nuque frémir sous mon souffle. Je me reculais avant de me tourner vers la fenêtre et invoquer l’excuse de la cigarette à mon attitude si soudaine. Évidemment qu’elle était jolie et en plus, pauvre de moi, elle dégageait une odeur exquise. Mais ça mon grand, tu es encore assez vieux pour te contrôler et ne pas démarrer au quart de tour comme un ado prépubère. La fumée qui entrait dans mes narines et mes poumons avait le mérite de soudain faire « flotter » mon cerveau et ranger mes dernières actions dans un domaine plus proche du rêve et de la transe sous stupéfiants. En parlant de ça, ça faisait un bail que je n’en avais pas récupéré à nouveau… Il fallait que je retourne m’adresser à-qui-je-savais. Planer un peu me ferait du bien. Déglutissant, je ne savais pas comment elle allait réagir, aussi je fuyais son regard désormais. La rue était une très bonne échappatoire à toute situation gênante, les gens qui marchaient, qui parlaient et qui partageaient sans le vouloir une tranche de leur vie avec moi ; tout cela m’évitait sûrement la réaction effarouchée qui allait venir : souvent matérialisée chez ses dames par une bonne grosse gifle en pleine poire. Soudain, comme pour faire écho à cette pensée peu agréable, PV avait sauté sur le rebord de la fenêtre et cela m’avait fait sursauter. Le léger bond que j’esquissais, fit tomber des cendres sur le sol et m’arracha un juron fleuri. Au moins avec ça, le côté prince charmant romantique était parti bien loin ! Je me penchais pour ramasser les cendres volatiles alors que PV était descendu pour venir humer curieusement ces déchets qu’il ne connaissait guère. Un marmonnement sur un ton agacé se fit entendre alors que je tentais comme je le pouvais de tout remettre d’équerre.

« Allons PV, ne soit pas si curieux… C’est mauvais pour moi et donc horrible pour toi ! »

Étrange ce ton quelque peu puéril et enfantin, comme si ça avait été mon animal voire un petit enfant. Alors que j’abhorrais cela en temps normal. Elle avait l’air de m’avoir tout de même adouci cette jolie fille adorablement maladroite dans ses mots…

… Oui. Adorablement.


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Angela Foster
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Sa sécheresse me fit me retourner vers lui et lui jeter un regard étonné. Qu'est-ce que j'avais dit ? Je n'avais pas eu l'intention de le vexer pourtant. Mais il fallait croire que je n'avais pas bien choisi mes mots. Comme souvent en fait. Pourquoi croyez-vous que je me dispute souvent avec les gens ? Je n'arrive pas à me faire réellement comprendre, on m'interprète toujours de travers.

- Je suis désolée, je voulais pas insinuer que... je voulais pas te blesser.

Je me mordis la lèvre inférieure d'un air gêné et me détournai de lui pour me remettre à ma vaisselle. Ok, Angie, bravo, félicitations. Pour me rattraper, je décidai d'en dévoiler un peu plus sur moi. D'où le "t'en fais pas, je suis un peu comme toi, je comprends". Manifestement, cela suffit à l'adoucir, parce qu'il s'excusa à son tour, retrouvant un ton un peu plus chaleureux. Les mains toujours dans l'eau, je tournai à nouveau la tête vers lui pour capter son sourire. Un sourire presque irrésistible d'ailleurs.

Je le lui rendis en baissant légèrement les yeux et j'allais me remettre à la tâche lorsque je le vis esquisser un mouvement. Du coup, forcément, cela attira mon attention. Je le suivis des yeux alors qu'il s'approchait de moi, un peu intriguée. Je me surpris à retenir mon souffle et me morigénai avant de me remettre à respirer normalement. C'est que je n'avais plus l'âge de jouer les adolescentes troublées. D'autant que j'avais plus ou moins l'habitude de ce genre de proximité. Même si ça faisait longtemps, c'est vrai. Très longtemps même.

J'esquissai un léger sourire et fermai les yeux en sentant son souffle sur ma nuque. Peut-être que j'aurais dû m'en offusquer, le remettre à sa place tout de suite, avant qu'il ne croit qu'il pouvait espérer plus un jour. Mais je ne songeai même pas à le faire. La vérité, c'est que j'adorais ça, la proximité d'un homme, sentir son souffle sur ma peau (en particulier dans mon cou, c'était le must). Je sais bien que je ne devrais pas réagir comme ça, que ce n'est pas convenable. Mais j'étais comme ça, je ne pouvais tout de même pas lutter contre moi-même, si ? Oui bon, d'accord. Mais je n'en avais pas envie. Et puis, je gardais toujours le contrôle. Et ça ne prêtait pas à mal.

- Ok, comme tu veux.

Ne pas me poser de questions... mais j'étais une fille qui se posait toujours plein de questions, trop d'ailleurs. C'était difficile de lâcher prise. Cela dit, là, le sujet n'était pas tellement sérieux donc je suppose que je pouvais faire un effort. Quant à profiter, ouais, ça me tentait bien.

J'attrapai le torchon pour m'essuyer les mains. J'en avais fini avec ma vaisselle. L'échange entre Matthew et PV me fit sourire. OK, c'était pas gagné entre eux vu la réaction de ma boule de poils "hier soir", mais ça semblait aller mieux.

- On dirait que vous vous entendez bien finalement.

Tant mieux. Parce qu'il était hors de question que je me débarrasse de lui. J'en avais besoin. Et puis, je m'y étais attachée. Je lâchai le torchon quelque part au-dessus du bar et vint m'accouder à la fenêtre pour grattouiller PV entre les deux oreilles. Un ronronnement de bienheureux me répondit. Il adorait ça, c'était bien un chat !

- Je t'avais dit qu'il n'était pas méchant. Il fallait juste qu'il s'habitue à ta présence.

Je levai les yeux sur l'horizon. On n'avait pas une super vue d'ici. J'aurais aimé pouvoir voir l'océan. Il avait une sorte d'effet apaisant sur moi quand je me sentais mal ou angoissée. Mais les apparts avec vue sur l'Océan étaient soit hors de prix, soit dans le Queens. Et vu l'histoire que j'avais eue avec Itembe, mieux valait que j'évite ce quartier autant que possible. J'étais prête à parier qu'il me ferait la peau sans autre forme de procès s'il me remettait la main dessus. C'est que je m'étais plus ou moins interposée entre lui et les 50 000 dollars que lui devait mon meilleur ami... Pas sûr qu'il ait oublié.

Non, pas de vue sur l'Océan donc, mais plutôt sur de vieux immeubles sales et des rues encombrées de poubelles. Ce que c'était moche. Mais au moins, c'était tranquille, on ne pouvait pas le nier. Encore heureux, sinon  David ne m'aurait jamais laissée partir. Et puis, mon appart était quand même sympa. Plutôt récent, et propre. Il avait été réaménagé par l'ancien propriétaire qui vivait dedans. Et il avait fait ça bien.

- Qu'est-ce qu'il est devenu ton frère ? Tu m'as dit que tu avais été chassé par tes parents mais... tu as toujours des contacts avec lui ?

Pourquoi je lui posais cette question tout à coup ? Aucune idée, c'était venu comme ça. Peut-être parce que je pensais à mon propre frère à l'instant ?


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Matthew Derkins
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Elle et moi nous faisions le même boulot au Magic Alice : séduire pour faire payer plus. Nous savions donc parfaitement dans quel jeu je venais de mettre les pieds et elle ne m’avait pas arrêté pour autant. J’avais franchi une limite désormais. J’admets que j’étais plus que tenté de la franchir de nouveau, adorant personnellement jouer à ce fameux jeu, qui plus est avec une fille que je trouvais particulièrement alléchante. Mais non, pas pour le moment, il était temps de calmer tes ardeurs Matthew, déjà elle ne m’avait pas asséné de gifle violente. C’était un plus. Me redressant après le court échange avec PV, je lui faisais face les mains dans les poches arrière de mon jean. Mes yeux étaient fixés sur le chat qui ronronnait bruyamment de plaisir sous les doigts de sa maîtresse. Petit veinard va.

« J’ai du travail avec deux cœurs à conquérir au lieu d’un seul alors ! »

Je me mis à rire doucement alors que le chat me regardait comme si il était capable, et je pense qu’il pouvait l’être vraiment, de percer toutes les pensées les plus impures qui étaient en train de me traverser la cervelle. Je lui chuchotais discrètement.

« Ne t’en fais pas, je ne vais pas la rendre malheureuse ô grand protecteur poilu. »

Il poussa un léger miaulement signifiant peut-être un « je te surveille petit crétin entré dans nos vies comme un chien fou et tu sais combien mon engeance déteste les chiens ». Il poussa sa tête entre les doigts de sa maîtresse pour réclamer plus de caresses et plus intenses. Bientôt Angie me demanda plus d’informations sur Jacob, cela eut le mérite de me rendre pensif alors que mon ton se fit évasif.

« Non, nous n’avons plus de contact. J’aimerais le retrouver certes, mais rien ne dit qu’il voudrait de moi. »

Mes yeux croisèrent les siens alors que je me fendis d’un sourire, elle allait penser que je radotais avec ce que j’allais sortir.

« Lui… Il est allé dans une grande école et il a fait des études. C’est devenu quelqu’un je crois. C’est lui le type bien de l’histoire qui aurait toutes les raisons du monde de te séduire… »

Ma voix baissa brusquement alors que mes yeux restaient fixés sur un point entre les mains d’Angela et le chat. Je déglutis, me mordant la langue au passage.

« … Contrairement à moi. »

Il en avait de la chance Jacob, c’était plutôt rose la vie pour lui. Il était sûrement avec tous les autres huppés dans la ville haute. De toute façon, même son pouvoir était plus clément que le mien. D’un coup, mes yeux se posèrent sur la pendule alors que je surveillais l’heure qu’il était. Franchement, je n’avais guère envie de retourner au boulot, je préférais discuter avec elle. Fait étrange car cela ne m’était jamais arrivé. Autant être franc.

« Ça te dirait pas qu’on se fasse excuser pour une journée au boulot toi et moi ? Je veux dire, je n’ai pas trop envie d’y retourner et pour cause, je… »

Toujours être franc ?

« … Je me sens bien là. Avec toi. »

On travaillait comme des acharnés elle et moi, le patron homonyme pouvait bien se montrer un peu solidaire et nous accorder un jour. En plus nous étions en semaine, il n’y avait pas foule au bar, surtout après que l’ensemble ait pris un coup sur la tronche.

« Comme ça… Même si c’est peu glamour, tu m’accompagnes chercher mes affaires et en échange, je suis bon prince, je te cuisine ce que tu aimes. Qu’en dis-tu ? »

Mon regard dans le sien comme ultime preuve de ma bonne foi pour essayer de la convaincre… Au jeu du regard irrésistible PV avait désormais un concurrent de taille…


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Angela Foster
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- Lui, c'est déjà fait il semblerait ! Mes doigts continuèrent à grattouiller PV sous le menton. En même temps, des caresses et de la nourriture, ça suffit pour l'acheter. Petit traître va !

Il y avait quand même un truc que je ne comprenais pas des masses. Quel intérêt il avait à vouloir conquérir mon cœur à moi ? Je veux dire, nous étions juste collègues. Il ne se passerait rien, il le savait ça ? Il devait bien s'en douter... A moins que ce ne soit qu'un façon de parler ? "Ne pose pas de question, profite"... Ok, Derkins, je vais arrêter d'essayer de comprendre. On verra bien où ça nous mènera.

En réponse à l'insistance de PV, je fermai le poing, lui laissant tout le loisir de se frotter autant qu'il le voulait. PV était un chat extrêmement affectueux et pot de colle aussi. Il me donnait des coups de tête, me léchait la main et se frottait à nouveau. On aurait dit qu'il se servait de mon poing pour se nettoyer le museau !

J'écoutai Matthew me parler de son frère, des relations qu'ils avaient. Ou plutôt qu'ils n'avaient pas. Je ne relevai pas cette histoire de séduction, mais comme tout à l'heure, avec son truc de conquérir mon coeur, cela me fit bizarre et je fronçai les sourcils.

- Ce n'est pas parce qu'il a fait des études et pas toi qu'il est meilleur que toi. Tu as certainement d'autres qualités.

C'était à n'en pas douter, même si pour l'instant, je ne le connaissais pas assez pour dire lesquelles. C'était pas contre lui, absolument pas. Il me fallait juste un peu de temps pour les découvrir, c'est tout.

- Certaines valeurs qu'il n'a pas peut-être ? Ou des connaissances qu'il n'a pas non plus ? Tout ne s'apprend pas dans les livres et les études. On apprend surtout sur le terrain.

J'esquissai un sourire et récupérai ma main pour l'essuyer sur mon short, ce qui déplut quelque peu à PV. Le matou manifesta d'ailleurs son mécontentement avec un miaulement plaintif avant de me tourner le dos et de sauter du rebord de la fenêtre en direction du carton le plus proche.

- Mais ça reste quand même ton frère. Comment tu peux croire qu'il ne voudrait pas te voir ? Vous ne vous entendiez pas quand vous étiez enfant ?

J'avais toujours du mal à croire que ma relation avec le mien, de frère, était quelque chose d'assez exceptionnel finalement.

Sa proposition de rester ici était alléchante, vraiment. Je sentais que je ne m'étais pas assez reposée encore et je ne serais vraiment pas contre une soirée peinarde à la maison. Un bon film et puis bonne nuit ? Ca serait top ! Mais j'avais une conscience professionnelle que ça dérangeait un peu. J'esquissai une légère grimace.

- Je ne sais pas. C'est vrai, c'est pas comme si on était débordés, ils sont en nombre suffisant...

En attendant la réouverture du club, son personnel avait été réaffecté au bar. Cela dit, on ne tiendrait pas longtemps comme ça si on ne retrouvait pas notre rythme d'avant.

Au fond, je n'avais pas vraiment d'arguments. Matt m'avait déjà dit qu'en échange d'hier soir où j'avais fini beaucoup plus tard que prévu, je pouvais prendre ma soirée ce soir. Une façon de me remercier d'avoir fait des heures sup' alors que j'étais déjà sur le pont depuis tôt dans la matinée à cause de mon boulot de secouriste. Quant à Matthew, il bossait d'arrache-pied depuis qu'il était arrivé. Normalement on avait tous droit à un soir de congé dans la semaine et il n'en avait pas encore pris. Matt lui devait bien ça, non ?

- On est payé au nombre d'heures qu'on fait, tu te souviens ? Moi, je termine à minuit ce soir, alors ça ne me ferait pas une énorme perte. Mais toi ?


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Matthew Derkins
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Bon il était temps de stopper avec les remarques douteuses. Ça allait bien cinq minutes ces conneries. Elle se fendit d’une remarque sur mon frère qui eut pour seule résultante de me faire hausser les épaules mollement. Certes, elle avait raison il n’y avait pas que les études dans la vie mais il ne fallait pas oublier le superbe traitement reçu par nos parents : quelque chose qui ne permet pas vraiment le développement personnel en soi. Elle posa une question sur notre entente et notre enfance. Je poussais un léger soupir qui fila entre mes dents.

« On a eu une enfance… particulière sur la fin disons. »

En reparler me donna le loisir de repenser à ces moments passés entre nous : les chamailleries classiques jusqu’aux prises de tête finales avant son départ. De plus, il savait pour ce que j’avais fait à nos parents. C’était évident. Mais je n’avais aucune idée de comment il l’avait pris. Je crois que je m’en foutais en fait. Angela soupesait ma proposition de rester pour la journée, il était vrai qu’en ce moment la clientèle n’affluait pas. En même temps, qui se donnerait la peine de se déplacer pour aller boire un verre en pensant au fait qu’un camion pouvait venir vous emboutir le coin de la tête. De plus, comme ma collègue le soulignait, mon homonyme avait salué le travail accompli ces derniers jours et pouvait bien nous offrir une petite rétribution sous forme de tranquillité dûment méritée. Je dégainai mon portable, la regardant, mes doigts glissant sur les touches des lettres pour former des mots, puis des phrases, puis un message complet.

« Je le préviens qu’il ne soit pas étonné mais, tout comme toi, je suis dans mon droit. »

Bien entendu, j’avais tu le fait que je me trouvais chez ma collègue en question. Comme il connaissait un peu mon histoire, mon cher homonyme allait encore ricaner et me saluer avec une boutade du genre « alors on aime plus vivre dans son carton que venir au travail Derkins ? C’est presque étonnant ! » Voilà le message était parti et maintenant j’étais tranquille. Il restait un point à régler.

« Je vais aller chercher mes affaires, est-ce-que… cela te tente de m’accompagner ? Je te préviens que c’est pas très reluisant… »

Elle avait tout de même un tantinet de classe, je l’imaginais mal au milieu des clodos saouls et des étudiants en je-ne-sais-quelle-branche-d-art qui était camés jusqu’aux dents. Déjà parce qu’en plus elle allait sérieusement attirer de la convoitise, alors elle pouvait venir mais je préférais la prévenir. Je serais là pour la protéger, j’avais l’avantage d’avoir une réputation de hargneux et les gens se méfiaient de moi. Mon pouvoir en avait découragé plus d’un. Je ne savais pas trop ce qu’elle allait décider mais en y réfléchissant… Si elle était secouriste, c’était peut-être même fort probable qu’elle soit déjà passée par le dispensaire où j’avais atterri. Si cela se trouvait, elle avait peut-être même eu le malheur de me croiser dans cette version « débutante » de moi-même, il y a encore quelques années : comprendre cheveux longs et gras, à peine rasé, la cigarette entre les lèvres et les vêtements sales (troués bien entendu !). Je récitais une prière mentale en espérant que ce ne fut le cas et je me disais qu’elle m’en aurait déjà parlé sinon…

« Ça ne sera pas long, j’ai juste un sac à récupérer… Je sais même pas si il y a des papiers à signer ou quoi que ce soit d’approchant. »

J’étais déjà en train de rassembler mentalement toutes mes affaires, en me disant que depuis hier soir, peut-être même que le clodo ou l’étudiant s’étaient servis dedans. Le cadenas qui tenait mon casier n’était pas si solide et, si quelqu’un était passé par là, je le saurais à l’odeur. Si ça sentait l’urine c’était le clodo, si ça sentait la beuh c’était l’étudiant. Mon regard croisa le sien alors que je me dirigeais vers mon trench pour le récupérer et le passer sur mes épaules. Se faisant, je me préparais à saisir son manteau si jamais elle me répondait par l’affirmative. Au moins, elle ne serait pas encombrée par toutes mes affaires… Je n’en avais pas ! L’idée d’avoir un toit à moi semblait être encore un certain rêve, nimbé d’irréalisme car je ne calculais pas trop ce qui se passait. Cela restait un changement majeur dans ma vie, un toit franchement !, mais mon cerveau ne devait pas encore avoir digéré l’information… Pour lui, au moment de se coucher, après le travail ; c’était retour dans le plumard dégueulasse…


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Angela Foster
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Je poussai un soupir et abdiquai.

- Ok, d'accord

Le moins qu'on puisse dire, c'est que je n'avais pas été très difficile à convaincre. Il faut dire que j'avais besoin d'un soir de repos, vraiment besoin. Depuis l'accident, où j'avais pris part à l'opération de sauvetage visant à sortir les gens des décombres, je n'avais pas tellement pris le temps de me reposer. Pour être honnête, je commençais à me demander si j'allais pouvoir tenir ce rythme encore longtemps... Entre les sauvetages, les services au bar, mes recherches pour ma thèse et mes bénévolats à droite à gauche, peut-être que j'en faisais un peu trop ? Mais je n'avais pas pour habitude de m'écouter et de rester à me prélasser au soleil (façon de parler).

- Matt m'a proposé de prendre ma soirée pour me remercier d'hier. Je vais lui dire que j'accepte.

Je me détachai de la fenêtre pour aller prendre mon HP et envoyer rapidement le message. Deux serveurs qui lui faisaient faux-bond le même soir ? J'espère que ça ne le dérangerait pas trop. J'ajoutai tout de même, pour me donner bonne conscience, que s'il avait besoin, il n'avait qu'à m'appeler, j'avais l'intention de rester chez moi, je viendrais sans souci prêter main forte.

J'étudiai sa proposition quelques secondes. Un dispensaire, pas très reluisant ? Ouais, j'étais bien placée pour le savoir. J'utilisais mon pouvoir gratuitement dans l'un d'entre eux. Enfin, bon, ok, c'était plus un dispensaire médical, ou toute personne qui avait besoin de soins mais pas les moyens d'aller à l'hôpital pouvait venir. Nous n'étions que des bénévoles, sans grands moyens financiers, mais nous faisions ce que nous pouvions. Nous mettions nos connaissances (et nos capacités, du moins en ce qui me concernait) au service de la population. Nick était le seul vrai médecin de l'équipe, et encore ne venait-il qu'une fois de temps en temps, quand son emploi du temps de pédiatre le lui permettait. Mais nous avions tous une formation de base, des connaissances. Enfin, comme je l'ai dit, nous faisions ce que nous pouvions.

Tout ça pour dire que oui, les dispensaires, la misère, je connaissais. Et ça ne me posait aucun problème d'aller là-bas.

- T'inquiète, je connais les dispensaires. Je viens Je le vis saisir son manteau et l'enfiler aussitôt et je me mis à rire. Tu permets quand même que je me change avant ?

Oui, parce que rappelons-le, j'étais toujours en pyjama ! Je chopai un jean et un t-shirt dans un carton de fringues (ben quoi ? J'avais toujours pas d'armoire...) et grimpai sur la mezzanine pour les enfiler. J'espère qu'il aurait la décence de regarder ailleurs, je veux dire, cette rambarde en barreaux de bois ne cachait pas grand chose. Cela dit, c'était facile de ne pas voir ce qui se passait à l'étage, il suffisait de ne pas se mettre pile dans l'axe. Non parce que, je vous entend d'ici, la salle de bain, c'est même pas la peine d'y compter. Je vous rappelle que ce n'est même pas une vraie salle de bain : la douche était juste derrière ma tête de lit et le lavabo était contre l'un des murs de la chambre. Bonjour l'intimité. Il fallait pas être trop pudique pour vivre à deux dans cet appart. Heureusement que je l'étais pas !

Je redescendis quelques minutes plus tard, j'étais prête.

- On y va ? Oh attends !

Je levai une main pour lui dire de patienter, juste deux petites secondes et allai ramasser un deuxième casque posé dans un coin. Oui, j'en avais un deuxième, pour quand je prévoyais d'avoir un passage.

- Tiens, prends-ça. Je voudrais pas me faire arrêter par les flics. Alors, où est-ce qu'on va ?


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Matthew Derkins
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C’est vrai qu’elle était toujours en pyjama et que j’avais réussi à dormir en boxer moi... Je reposais sa veste marmonnant des excuses de façon précipitée. PV sauta sur les cartons pour revenir à mon niveau pendant que sa maîtresse se préparait. Un léger sourire aux lèvres, je le grattais doucement entre les oreilles comme j’avais vu Angie le faire. Un ronronnement puissant se fit entendre soudainement. J’étais concentré sur le chat et la vue de la fenêtre, loin de moi l’idée de regarder, déjà que je m’étais promis d’en avoir fini avec les remarques à deux balles de drague toute pourrie… J’attendais qu’elle me parle, signe que c’était terminé, et que je l’entende redescendre. Cette fois-ci, je la laissais mettre sa veste en tenant celle-ci poliment. Même si elle allait dire que j’en faisais trop… Tant pis. J’assumais.

« Allons-y oui. »

Elle me stoppa le temps de prendre un second casque, au moins elle ne voulait pas que je me pète la cervelle. Je m’en saisis en la remerciant. L’objet était léger et de la même couleur que le sien, noir avec une bande blanche en son centre et dépourvu de mentonnière. Nous sortîmes de l’appartement avant de descendre jusqu’à la porte d’entrée. Là, j’attendais devant, comme hier, allumant une nouvelle cigarette ; profitant de l’air vivifiant du soir qui était en train de s’installer. Bientôt je la vis revenir avec sa moto, je jetais le mégot et enfilais mon casque de prêt. M’installant derrière elle, je me penchais pour ajouter.

« Vas-y, conduis, je vais t’indiquer le chemin. Il n’est pas loin d’ici non plus, je viens à pieds au Magic Alice. »

En deux coups de démarreur, la moto se mit à vrombir. Elle en avait sous le pied ma chère collègue ! Je plaçais mes pieds sur les cales prévues à cet effet et je remis mes mains sur la poignée dans mon dos. Le jour n’était toujours pas aux largesses, même si désormais elle était ma colocataire. Nous étions partis. Je lui indiquais la direction en tendant le bras selon qu’il fallait aller à droite ou à gauche. Le trajet ne fut pas long du tout, en cinq minutes c’était bouclé. Le bâtiment austère se dressait devant nous. Il semblait dater d’une autre époque, même à l’époque où il avait été construit… Il datait des années 2010, je crois… Mais il donnait l’impression d’un bâtiment datant des années 1980… Ouais c’était ça, si j’en croyais les vieux bouquins dont je me souvenais de chez mes vieux… J’en avais gardé un dans mon sac au dispensaire… En souvenir d’un temps on ne peut plus révolu. Son titre : « Encyclopédie universelle, édition de l’année 2000 ». C’était mon vieux qui me l’avait donné, il la tenait de son grand-père je crois, qui lui-même l’avait eu tout petit. Tout ça pour dire que le bâtiment était vétuste, majoritairement composé de briques blanches et rouges avec une grille entourant un jardin urbain à l’abandon. Les parcelles de pelouses étaient soit jonchées de déchets, soit constellées de toiles de tentes et d’abris de fortune pour certains sans-abris. Le dispensaire était plein et chaque jour de nouvelles têtes se présentaient dans l’espoir d’un toit par-dessus leurs têtes. Que je quitte mon lit enfin, le tiers de mon lit, allait sans aucun doute faire un heureux. Le bâtiment était entouré d’une grille haute, en fer forgé rouillé, chaque barreau était surplombé d’une pique menaçante et encore acérée… Je m’en souvenais car j’avais essayé de grimper une fois, au risque d’y perdre mes parties sur un faux mouvement ! La griller d’entrée portait encore les quelques lettres « ..ISPEN..AI..E », les autres étant tombées ou des petits malins avaient cru bon de les subtiliser… Il y a fort longtemps. La moto entra dans la cour et se gara sur le parking, je descendis lentement de la moto avant de retirer mon casque, passant ma main dans les cheveux. Dans la cour, il y avait beaucoup de gens : ceux qui attendaient leur tour et ceux qui squattaient leurs tentes ou abris de fortune. Comme je l’avais prédit, certains ne purent s’empêcher de faire des remarques ou de siffler de façon obscène sur le passage d’Angie. Des petits plaisantins crurent bon de souligner le fait que c’était la femme qui conduisait. Je répondis une remarque acide comme quoi le monde avait évolué mais pas son cerveau d’arriéré. Avançant vers l’entrée, je montais les quelques marches, vérifiant bien qu’elle cadenassait sa moto pour ne pas qu’elle disparaisse. Ma main posée sur la poignée, me ramena à une tonne de souvenirs revenant à quelques années plus tôt… Je me revoyais avec les cheveux longs, les fringues salies, le long manteau de cuir puant et couvert de saletés… Le jean était déchiré aux genoux et le droit saignait un peu… Me battre c’était mon quotidien, j’aurais pu faire partie d’un Fight Club. Dans un soupir je poussais la poignée et lui ouvrit la porte. Le comptoir d’accueil apparut alors que j’attendais qu’elle passe la porte poliment, saluant la responsable derrière le comptoir, après tout elle me connaissait bien…


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Angela Foster
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J'esquissai un sourire alors qu'il m'aidait à enfiler mon manteau. Il en faisait peut-être un peu trop, mais c'était mignon. Il parait que la galanterie n'existait plus, ceux qui avaient dit ça ne connaissaient pas Matthew manifestement. Je lui fourrai son casque entre les mains, un casque intégral noir tout simple (je ne sais pas ce qu'il y avait dans ses cigarettes, étaient vraiment que du tabac ?* et m'emparai du mien avant de quitter l'appartement. Le mien était un peu plus personnalisé que celui de Matthew. Intégrale également (c'est quand même plus classe), ses motifs noir, gris, et blancs évoquaient comme de la fumée qui recouvrait le casque. Je le trouvais chouette, mais je regrettais mon ancien casque tout de même, avec ses deux aigles aux ailes déployées. Ne me demandez pas pourquoi, je l'aimais bien, c'est tout, c'était mon premier casque, je l'associais peut-être à ma "prise" de liberté ? Mais il avait énormément souffert lors d'un accident que j'avais eu. J'avais continué à le porter tout de même quelques mois, le temps que j'aie les moyens de le remplacer. Ce n'était pas prudent, je sais bien, techniquement, c'était comme si je n'avais pas de casque. Mais psychologiquement, ça me donnait l'impression d'avoir quelque chose quand même.

J'allais chercher la moto et revins prendre Matthew devant l'immeuble. Un peu qu'il allait m'indiquer la route ! Je ne le connaissais pas ce dispensaire là ! Par contre, je pensais à un truc... s'il avait beaucoup d'affaires, on allait avoir du mal à tout ramener à moto...

J'eus du mal à détacher mes yeux du bâtiment lorsque nous arrivâmes devant le dispensaire. Je connaissais la ville basse, je savais qu'elle était remplie d'immeubles en ruines, j'en avais même élu un comme refuge perso secret (enfin, son toit plus précisément), mais que des gens vivent encore là-dedans... J'avais beau savoir que ça se faisait, parce qu'ils n'avaient pas le choix, n'empêche que ça me révoltait. Et le pire dans tout ça ? C'est qu'ils se pressaient aux portes des bâtiments, n'hésitant pas à planter leur tente dans ce qui servait autrefois de petit jardin, parce qu'il n'y avait plus de place à l'intérieur.

- Ca fait longtemps que tu vis ici ?

Je relevai les yeux vers lui après m'être assurée que ma moto ne bougerait pas. C'était rare que je n'ai pas confiance dans la basse, mais il y avait tout de même des quartiers qui craignaient plus que d'autres. On se serait presque cru dans ce jeu vidéo-là, The Last of Us. Pour un peu, je m'attendrais presque à voir des claqueurs sortir des tentes au moment où nous passerions à côté.

Bon allez Angie, arrête de déconner. J'avais une imagination débordante quand même, non ? Mais aussi une assez bonne capacité à revenir à la réalité rapidement et de moi-même. Ce n'étaient pas des zombies qu'on croisa le temps d'arriver à la porte du dispensaire. Ce furent plutôt des hommes qui ne savaient manifestement pas se tenir en présence d'une femme. Certaines des expressions qui m'arrivèrent aux oreilles, je vous jure, j'en avais jamais entendu d'aussi fleuries ! Et pourtant, j'y avais eu droit plus qu'à mon tour ces dernières années. J'ignorai leurs remarques cependant, me contentant de hausser les épaules d'un air indifférent alors que je croisais le regard de Matthew. Ce genre de remarques ne me faisait rien.

Par contre, certaines firent réagir mon nouveau colocataire. Je ne le connaissais pas encore, mais instinctivement, je posai une main sur son bras, comme pour l'exhorter au calme. Qui sait comment ces gens pouvaient réagir à la réponse de Matthew. Mais avec l'alcool et la drogue qui tournaient dans les parages, mieux valait ne pas chercher les ennuis. Inutile de déclencher une bagarre...

- Dis, je pense à un truc. Tes affaires, on va pouvoir les ramener ? C'est pas comme si on pouvait les mettre dans le coffre...

Ou l'art de détourner l'attention tout en posant une question qui pouvait, éventuellement, être pertinente.

Il fit à nouveau preuve de galanterie alors que nous arrivions à la porte. Je saluai la femme à l'accueil et attendis patiemment que Matthew prenne les devants.


 



*[HJ : je t'en prie, c'était gratuit ! gros smile ]


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Matthew Derkins
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(HJ : Vengeance! )

« Ça fait… Trois ans que je vis là-dedans… en pointillés. »

Comprendre « je vis là-dedans par périodes ». J’avais attendu pour lui répondre, ma main toujours sur la poignée de la porte car j’avais beau avoir entendu sa question, dite il y a un moment, j’étais submergé par les souvenirs. Cela ne m’avait jamais fait ça mais en même temps, je venais pour quelque chose de crucial ici… Pour la première fois, je m’en allais peut-être pour un sacré bout de temps et cela me faisait chaud au cœur. Ma bienfaitrice, qui s’ignorait encore un peu, passa la porte et je la suivis ; refermant cette dernière directement derrière moi. Elle avait posé sa main sur mon bras quand j’avais fait la remarque à l’enfoiré qui avait osé l’ouvrir à son sujet et esquissé un habile changement de sujet. Une fois que nous étions à l’intérieur, il y avait encore quelques regards insistants de gens qui attendaient ou croupissaient dans le hall certes, mais nous étions beaucoup plus tranquilles. Mon ton se fit chaud et rassurant.

« J’ai l’équivalent d’un sac de sport de possessions… Ça ne sera sûrement pas un problème je pense. »

Je pouvais largement passer les lanières du sac entre mes épaules et le porter un temps comme un sac à dos voire tenter de le caler entre Angie et moi, le temps du court trajet. Avançant à ses côté, j’allais jusqu’au bureau de la réception : il y avait une personne qui attendait et une autre qui papillonnait autour sans trop savoir si elle devait y aller ou non. Je me permis d’avancer avant de croiser le regard de la jeune femme qui hésitait en ajoutant.

« Si tu cherches une place et qu’on te l’a déjà maintes fois refusée alors… »

Mon regard croisa celui de Gloria, la secrétaire d’accueil –Évidemment depuis le temps je la connaissais par son prénom cette femme aux cheveux bruns entrecoupés de mèches blanches, avec sa peau sombre et ses fameuses lunettes en demi-lune reliées par une chaîne à un de ces tricots faits maison (elle passait la moitié de son temps inoccupé à l’accueil à tricoter tout et n’importe quoi, aussi bien pour elle que pour des résidents du dispensaire) et son accent africain sonore qui faisait chanter le hall quand elle demandait d’une voix douce un prénom ou trembler les murs quand on lui déplaisait et manquait de respect. Tout un personnage cette Gloria.-, alors que je poursuivais ma phrase.

« … Je te donne la mienne. Prends là, tu en as sûrement plus besoin que moi. »

La jeune femme aux cheveux roux et au visage pâle, constellé de taches de rousseurs, esquissa un sourire sincère avant de me murmurer un remerciement timide. Gloria prit la parole alors que la jeune femme attendait son tour désormais le cœur plus léger.

« Et bien mon sucre d’orge favori, tu t’en vas ? »

Le ton était faussement attristé, on sentait la pointe de joie qui en perçait un peu ; jouer la comédie c’est un métier…

« Comment je vais faire sans toi pour me gourmander hein ? Qui va tenir mes pelotes de laines quand je vais tricoter ? »

Ses paroles me firent rire doucement, sacrée vieille femme, vas-y fais-moi passer pour ce que je ne suis qu’à moitié ! Gloria posa ses yeux sur Angie avant de la jauger du regard et hocher la tête avec un ton un peu solennel.

« Elle me convient, tu peux partir, va petit Matthew, tu as ma bénédiction ! »

Elle décrocha son téléphone pour envoyer un des agents prendre mon sac dans mon casier, il y avait tout de même un « semblant » de procédure ici… le bâtiment était immense et mon lit était loin, procédure ou pas, il allait y en avoir pour un moment tout de même… Gloria s’adressa à Angie.

« D’où tu le connais mon petit sucre d’orge ? Une belle fille comme toi ça ne fréquente tout de même pas les réservoirs à canailles de son genre ?! »

J’avais posé les coudes sur le comptoir bien décidé à attendre alors que je voyais que, mine de rien, la vieille femme commençait à sortir des papiers : il y allait avoir de la paperasse à remplir tout de même. Ce qui était bien, c’est que comme Gloria était un moulin à paroles nous ne devrions pas trouver le temps trop long… ce qui était moins bien, j’avais l’impression de me retrouver devant une grand-mère qui était prête à dévoiler tous les moments de la vie de son cher petit fils… Qu’ils soient gênants ou non.

« Parce que quand il est arrivé ici, c’était pas du tout le même type ! Ah non, non, non, nonon ! »

Elle avait joint le geste à la parole et remué un index accusateur en ma direction.

« Cheveux longs, sale et peu recommandable… Ma jolie ce sucre d’orge-là n’a aucun rapport ! J’en ai même la preuve ! »

Et voilà,  mon grand désespoir, la vieille femme dégaina… Ma photo d'entrée dans le dispensaire… Charmante si il en était. Cela eut pour résultante de me voir faire les gros yeux à Gloria en ajoutant d’un ton traînant assez forcé.

« Allons, on avait dit qu’elle restait secrète celle-là ! Pour le bien commun ! »


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Angela Foster
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Trois ans... Mon regard se reposa sur l'endroit qui avait été son chez lui pendant trois ans. Je ne pensais pas être le genre de fille qui suit les préjugés, mais peut-être que je l'étais quand même, parce qu'en cet instant, je me demandai comment il avait fait pour ne pas sombrer dans l'alcool ou la drogue, comme ceux qui étaient dehors. Moi, j'aurais plongé, direct au fond du trou. Enfin, non, pas vraiment. Quand on regardait ma propre histoire, ça aurait plutôt été l'inverse, j'aurais déjà été au fond avant d'arriver ici. J'avais connu pire, j'avais eu de la chance.

Je reportai les yeux sur lui alors qu'il me décrivait le volume de ses affaires. L'équivalent d'un sac de sport. Je n'étais pas étonnée, difficile d'avoir plus dans un endroit comme celui-ci. J'imagine qu'il devait faire attention à ses affaires en plus, s'il voulait être sûr de les retrouver en rentrant du boulot.

Je trouvais ça lamentable, de laisser les gens vivre comme ça. Que faisaient nos politiciens ? Sur quels dossiers mettaient-ils toute leur attention ? Ne voyaient-ils pas que la moitié de la population qui dépendait d'eux vivait dans de telles conditions ? si on peut appeler ça vivre... Ca aurait dû être leur première préoccupation !

La jeune femme à l'accueil était touchante. Elle n'était pas bien vieille d'ailleurs. Elle me faisait penser à une version de moi ado. Mais en rousse. Elle n'était pas à sa place ici, elle n'aurait jamais dû se retrouver dans un tel endroit. Dommage que mon appart ne soit pas plus grand. (Ou heureusement qu'il ne l'était pas ? Tout dépend du point de vue sous lequel on se place...).

Matthew s'avança vers la réceptionniste.

- Bonsoir.

Il y avait peut-être des démarches à faire pour quitter un tel endroit ? Cette dame avait l'air... adorable. Tout simplement. Je haussai un sourcil étonné en entendant le "sucre d'orge" et me forçai à ne pas rire. Je ne pus m'empêcher de sourire par contre. "Mon sucre d'orge", fallait que je la lui ressorte celle-là, quand on serait à nouveau seuls ! Mon sourire resta en place le temps de l'échange entre Matthew et la dame. Dans leur malheur, ils avaient au moins la chance d'avoir une personne gentille pour s'occuper d'eux. Il y avait tellement d'endroit où les agents des dispensaires passaient leur temps à rabaisser ceux qu'ils hébergeaient. Comme si ce boulot était une punition pour eux. Comme si ces gens avaient besoin qu'on les enfonce davantage dans la merde.

- On travaille ensemble, répondis-je quand elle me posa la question.

Quant à ce qu'elle pensait de moi, je me retins de lui dire qu'il ne fallait pas se fier aux apparences. Qui sait, si je n'avais pas eu le soutien indéfectible de David, peut-être serais-je là, moi aussi, dans un dispensaire de ce genre. Non, attendez, correction, on m'aurait retrouvée morte d'une overdose dans un caniveau. C'est ce qui arrivait à tous les toxicos, non ? Même à ceux qui commençaient léger. Ils commençaient tous légers de toute façon. J'avais eu de la chance. Je n'étais pas tombée aussi bas. Si on ne tenait pas compte de la semaine de fugue que j'avais passée dans un squat de toxicos pas nets. Le plus belle erreur de ma vie. Tu t'enfuies pour retrouver un mec et tu finis toute seule, entourée d'une dizaine dont tu peux presque entendre les pensées. Mon seul rempart contre eux : j'avais réussi à installer le vieux matelas que j'avais trouvé dans une pièce, à l'étage, ou le sol n'était plus très solide. Il supportait tout juste mon poids. Le premier qui avait essayé de m'approcher une nuit avait traversé le plancher et s'était fracassé le crâne quelques mètres plus bas. Les autres m'avaient laissée tranquille après. Par contre, il y avait des rats. A choisir, j'avais préféré les morsures des rats.

Donc ouais, j'avais de la chance. Et dans le genre canaille, Matthew n'était pas si mal que ça.

- Et ce genre de canaille là ne me fais pas peur.

J'adressai un sourire à la dame. Mais elle ne s'arrêta pas pour autant. Le temps qu'on rapporte les affaires de Matthew, elle nous faisais voyager dans ses souvenirs, nous racontant la fois où il était arrivé, il y avait trois ans, donc. Je pris la photo en main, y jetai un coup d'oeil et me marrai.

- Effectivement, rien à voir ! Je comprends que tu veuilles pas qu'on voit cette photo ! J'adressai un regard amusé à Matthew avant de revenir à la photo. Les cheveux longs hein ? T'as bien fait de les couper, t'es plus mignon comme ça ! Je rendis la photo à la dame et me penchai vers elle, prenant un air de conspiratrice. Dites moi, vous qui avez l'air de bien le connaître, qu'est-ce que vous avez d'autre à me raconter sur lui ?


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Matthew Derkins
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La dernière remarque d’Angie m’arracha une claque sonore sur le visage, ce qui fit rire Gloria –et la jeune femme rousse dans le même coup- : cette fois, c’était parti pour me faire rhabiller pour l’hiver, j’allais en prendre plein la tronche… Déjà je m’assurais qu’elle remballe sa chère photographie pour la faire disparaître aux yeux du monde qui ne méritait sûrement pas une telle beauté et un tel charisme… Qu’est-ce-que j’étais en train de raconter moi ? Gloria se pencha vers elle, réajustant ses lunettes et adoptant le même air. SI des flics étaient rentrés ici, ils auraient pu croire qu’ils étaient en train d’assister à un échange digne des plus grands maffieux… Les mains dans les poches, sachant pertinemment que je ne pourrais échapper à ce funeste destin ; j’allais du côté du pseudo coin « rafraîchissement » qui était à l’autre bout du hall, du côté droit ; le long du hall d’accès pour les salles de soin –qui étaient reconverties en chambres de fortune-. Le « coin » était composé d’une pseudo fontaine à eau à moitié vide, sachant que l’autre moitié d’eau présente dans la bonde avait une couleur douteuse, un robinet un peu rouillé, une bouilloire d’un âge certain –ou d’un certain âge- ainsi que du café soluble et des sachets de thés de qualité médiocre. Pendant ce temps, Gloria avait commencé son discours à Angie, je ne l’écoutais qu’à moitié.

« Il a mis un temps fou à accepter de, tout de même, venir se doucher ici ! Il aurait préféré rester sale, cela ne le dérangeait pas ! A la fin, j’ai fini par dire à ‘mes filles’ de venir le coincer pour qu’on lui coupe cette affreuse tignasse qui ressemblait à une choucroute des temps quasi préhistoriques ! »

La jeune fille rousse écoutait elle aussi, je soupirais, me décidant à faire bouillir de l’eau et à prendre un thé. Je n’étais pas un buveur de café, certains disaient que c’était tant mieux car « j’étais déjà assez excité comme ça pour en rajouter ! ». J’entendais toujours la voix de la vieille femme alors que je tachais de prendre une tasse qui n’était pas trop sale…

« … Et alors là c’était le pompon ! J’avais égaré par mégarde la chose la plus précieuse qu’il possédait… »

Une nouvelle fois, je fis les gros yeux à Gloria ; n’avais-tu donc aucune pitié pour moi vieille commère ? La bouilloire émit un claquement distinct, signe que l’eau était à la bonne température. Je me saisis d’un sachet de thé noir qui ne me semblait pas trop mal et je me préparais ma tasse. Il en mettait du temps cet agent, c’était sur des moignons de jambes qu’il y allait ou quoi ?

« Il a en… ‘doudou’… une petite peluche de hérisson… Et j’ai failli la mettre au lavage avec ses foutus draps qui étaient sales et dont il ne voulait pas qu’on lui retire ! Un vrai môme ce Sucre d’orge ! Je n’ai jamais ressenti son pouvoir mais je peux vous jurer que là, j’ai failli y goûter ! »

Elle rit doucement regardant Angie et la jeune femme, parlant plus bas, donc je n’entendis pas ce qui se disait.

« Mais je me doute bien que jamais il n’oserait avec moi. Il a un bon fond, même si il cherche à paraître beaucoup plus sombre qu’il n’est vraiment. ‘Sucre d’orge’ ça lui va à ravir… »

Elle poussa un soupir avant de reprendre d’une voix un peu plus forte, se doutant bien que j’entendais malgré ma position à l’autre bout de la pièce, la tasse fumante dans les mains.

« … Il va tout de même être temps de te trouver une copine hein ! Sinon qui m’accueillera chez lui au moment de la retraite ? Je n’ai jamais eu d’enfants je te signale alors je compte sur toi Matthew ! »

J’hochais la tête mollement, allumant une cigarette dans le hall, oui je sais il y avait un logo « interdiction de fumer » sur les portes… Mais qui le respectait encore dans ce chaos ? Évidemment Gloria que j’allais penser à toi quand tu allais être à la retraite… Tu t’es bien trop occupée de moi pour que je n’y pense pas…

« … Et alors des fois, il revenait complètement défoncé et saoul… Ça par contre c’était pas beau à voir… »

Elle renifla avec un air hautain avant de continuer d’un ton sec.

« … Surtout quand il revenait avec je-ne-sais-quelle-pétasse… Heureusement que la vie s’est chargée de lui couper les cheveux… et par le même coup lui a donc redonné accès à sa cervelle ! »

Gloria posa sa main sur celle d’Angie avec un air un poil maternaliste.

« Prenez bien soin de lui c’est tout ce que je demande moi… Il est mon capital vieillesse ! »

Elle partit d’un grand éclat de rire alors que je voyais mon sac arriver par la porte battante du couloir. La torture allait prendre fin alors ! L’homme prenait son temps et ne semblait pas pressé le moins du monde. Il venait de s’arrêter pour discuter avec un collègue alors que je jaugeais du regard si le sac était avec la même forme et semblait peser le même poids que quand j’étais parti…


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Angela Foster
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Et elle avait des choses à raconter cette petite dame ! Au grand dam de Matthew, à voir sa tête.

- Quoi ? On va devoir cohabiter quelques temps. J'ai bien le droit de me renseigner un peu, non ?

En vérité, ça n'était pas méchant. Et si j'avais pris un air légèrement offusqué suite à sa réaction, la lueur de malice de mon regard exprimait mes réelles pensées.

Je ne pensais pas que la Dame allait jouer autant le jeu. Mais il faut croire qu'elle aimait beaucoup Matthew et qu'elle était sûrement contente de le voir partir pour une endroit qui paraissait "meilleur". Ou du moins, je supposais que mon image lui vendait quelque chose de meilleur pour son protégé. En tout cas, elle me raconta pas mal de choses qui me firent, de temps en temps, tourner les yeux sur Matthew. Le coup de la douche me fit sourire un peu. Cela dit, vu la fréquentation du coin, j'aurais probablement préféré m'enfermer dans ma crasse moi aussi plutôt que de partager une douche avec des personnes à l'hygiène plus que douteuse. Et je ne parlais que de l'hygiène. La plupart des dispensaires de ce genre avaient des douches "communes", sur le même principe que celles des vestiaires de foot. Pas franchement engageant. Est-ce que c'était le cas pour ce dispensaire-là aussi ?

Le coup du doudou par contre, je ne m'y attendais pas. Je laissai échapper un petit rire avant de me tourner vers Matthew.

- Un hérisson en peluche ? Sérieux ? Et tu l'as toujours ?

Bon, je me moquais, mais ça n'était pas bien méchant. Après tout, moi aussi j'avais mon doudou. Il s'appelait David... Je dormais pas avec, je vous rassure. Mais je le trouvais toujours quand j'allais mal ou que je je faisais des cauchemars. Le meilleur doudou du monde ! En plus, il était vivant, c'était top !

Je tendis l'oreille alors qu'elle baissait la voix pour évoquer le pouvoir de Matthew. Il ne l'avait jamais utilisé sur elle. Il m'avait dit qu'il ne voulait pas faire de mal et qu'il arrivait à se contrôler. Ca confirmait ses paroles. C'était rassurant, même si je n'étais pas inquiète. La suite par contre assombrit légèrement mon expression. L'alcool et la drogue hein ? Vu l'endroit, ça ne m'étonnait qu'à moitié. Mais j'espérais qu'il en avait fini avec ça. Je ne voulais pas prendre le risque qu'il en ramène à la maison. Je pensais être assez forte pour succomber, mais sait-on jamais...  Quant aux pétasses, j'imagine que c'était compris dans le package. Je veux dire, alcool + drogue + sexe, non ? C'était souvent comme ça que ça se passait.

- Vous semblez tenir à lui hein ? Ne vous en faites pas, je m'occuperai bien de lui.

J'adressai un sourire à la dame et tournai les yeux vers Matthew. Je ferais de mon mieux en tout cas.

L'agent que la dame avait envoyé récupéré les affaires de Matt revint finalement avec son sac. Si, effectivement, c'était là tout ce qu'il avait, alors oui, tout tenait dans un sac de sport.

- Tu as tout ?


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Matthew Derkins
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L’agent ouvrit ENFIN la porte et me tendit le sac sans plus d’autres cérémonies. Je m’en saisis et le soupesais pour me rendre compte que rien ne semblait manquer. Plongeant mes yeux dans les siens, je ne pus me retenir de marmonner entre mes dents posant le sac sur le comptoir et l’ouvrant d’un coup.

« Permettez que je vérifie que tout est bien en ordre… »

L’agent leva légèrement les yeux au ciel alors que d’un coup d’œil sur le bordel ambiant, étant un habitué des vérifications rapides, je checkais. De tous mes boxers plus extravagants les uns que les autres en passant par les livres que j’avais pu garder : tout semblait y être. Parfait. L’agent attendit mon hochement de tête et fila sans demander son reste pour s’offrir une clope bien méritée après tous ces efforts. C’était un travail éprouvant vous comprenez ! Mon regard croisa celui de Gloria, il y eut entre nous une lueur d’entente ; quelque chose que Angie dût sûrement capter. Cette lueur entre personnes qui partagent quelque chose de beaucoup plus profond que de simples commérages qui étaient délicieux à raconter à une jeune fille m’accompagnant. Et pour cause, elle avait eu un geste précieux pour moi à un moment de ma vie et j’avais réussi à lui rendre la pareille par un coup du sort. Mais cela… Nous ne nous étendions pas là-dessus. C’est ainsi qu’avec une voix un peu plus chargée de qu’habitude, je regardais la vieille femme avant de m’approcher d’elle.

« Gloria. Ne t’en fais pas, je reviendrais te voir d’accord ? »

Je tournais mon regard vers Angie et ajoutait.

« Nous reviendrons même. Elle est bien trop avide d’autres histoires à mon sujet. »

Sans savoir vraiment ce qui me prit, je me fendis d’un geste d’un autre temps. Prenant la main parcheminée de la vieille femme, je lui fis un baisemain. Gloria gloussa doucement avant d’ajouter.

« Espèce d’étrange chevalier servant Sucre d’Orge. »

Je ris doucement avant de me tourner vers la jeune femme rousse et lui serrer chaudement la main.

« Je travaille au Magic Alice, si tu le désires viens me voir… »

Je baissais le ton, sans un regard aux alentours, je me doutais que la jeune femme avait beau avoir un toit désormais, ces jours allaient être pour le moins complexes… Elle était jeune, jolie et semblait vulnérable. Ici, le nombre de salauds se mesurait au mètre carré sans aucun problème… Et elle avait pu entendre que même pour un type comme moi çà a été difficile… Aussi, je crus bon d’ajouter.

« … Si tu as besoin de quelqu’un. Viens me voir. »

La jeune femme déglutit, comprenant où je venais en venir et hocha la tête. Je lavais rapidement la tasse usagée dans un coin, histoire de la rendre un peu moins sale que l’état dans lequel je l’avais trouvée et je balançais mon sac de sport aux bandes bleues et noires sur mes épaules, causant par là un fort bruit de remous dans le fatras qui le remplissait. Je fis quelques pas vers la porte et, comme pour l’aller, je l’ouvris avant de tenir la poignée pour Angie. Gloria eut juste le temps de la regarder et de lui murmurer rapidement.

« Le laissez pas tomber. Il est une partie de moi. »

Elle se redressa sur sa chaise de bureau, consciente qu’elle en avait déjà un peu trop dit. Je regardais vers l’extérieur, vérifiant que la moto de ma collègue était toujours là et fermement attachée à ce pylône. Tournant la tête, je croisais le regard de la vieille femme ainsi que de la plus jeune, Gloria s’était levée et marchait plus ou moins péniblement pour la prendre par la main et commencer à lui expliquer le déroulement de la vie au dispensaire ainsi que pour lui montrer mon cadeau : son lit. En vérité, c’en était vraiment un de cadeau, car elle venait de passer sur la liste devant une cohorte de clodos puants, de femmes qui tenaient plutôt de la fille de joie ou de junkies complètement à côté de la plaque. Désormais, mon regard croisait celui d’Angela. La personnification de mon avenir alors qu’elle passait lentement la porte du dispensaire que je refermais et nous marchâmes vers sa moto.


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Angela Foster
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Ouais, la dame l'aimait bien. Mais quelque chose me disait que c'était réciproque. Du moins, le regard qu'ils échangèrent  abondait dans ce sens. Ces deux-là n'avaient pas qu'une relation "professionnelle", ils avaient créé des liens. Ca s'entendit aussi à la voix de Matthew alors qu'il disait au revoir à Gloria. J'acquiesçai pour confirmer qu'effectivement, des histoires, j'en voulais bien d'autres. J'aimais bien les histoires. Surtout quand elles finissaient bien. Et celle de Matthew prenait plutôt une bonne direction, n'est-ce pas ? Je lui offrais une chance de se sortir de cette situation, à voir s'il saurait la saisir et garder le cap jusqu'au bout.

Il prit un moment pour saluer la jeune fille rousse à son tour. C'était très prévenant de sa part. Je crois qu'elle l'avait touché autant qu'elle m'avait touchée moi. Je glissai les mains dans mes poches et baissai la tête. A dire vrai, je ne me sentais pas très bien. Je n'aimais pas l'idée de la laisser là, avec tout ce monde, sachant que dans le lot, il y en avait des pas recommandables. Je redoutais qu'elle ne soit confrontée aux même ennuis que moi, à la différence qu'elle n'aurait peut-être pas de plancher fragile pour la protéger, elle.

Les mots murmurés de Gloria me parvinrent tout de même alors que je m'apprêtais à passer la porte et je relevai les yeux sur elle.

- Je ferai de mon mieux. Je vous le promets.

Le fait est que tout ne dépendait pas uniquement de moi. Matthew devrait y mettre du sien aussi. Je ne pouvais pas lui promettre de faire plus que ce que j'étais capable de faire. Après, ce serait entre moi et ma conscience et je savais laquelle des deux gagnerait.

Au moment de sortir, cependant, je m'arrêtai, posai la main sur le bras de Matthew et lui murmurait un rapide "attends, j'arrive". Je retournai vers Gloria et m'appuyai à nouveau au comptoir.

- Si vous avez besoin, il y a un dispensaire médical à cette adresse. J'attrapai un crayon et un bout de papier pour la lui noter.  Ils accueillent toute personne qui a besoin de soins. C'est gratuit. Si l'un de vos résidents est blessé ou malade ou n'importe quoi et qu'il n'a pas les moyens d'aller à l'hôpital Rosenberg, envoyez-le là bas. Ils s'en occuperont du mieux qu'ils pourront.

Je ne pouvais pas faire grand chose de plus pour tous ces gens. Mais c'était déjà ça, non ? Nous avions remarqué que les gens qui en avaient le plus besoin ne connaissaient pas toujours l'existence de ce dispensaire. Le moins que je puisse faire, c'était en parler à Gloria. Gérer ce genre de centre, c'était déjà pas évident, mais si en plus la maladie se mettait là-dedans, ça pouvait rapidement se transformer en épidémie.

- Et ne vous en faites pas pour lui. Il est entre de bonnes mains. Sur un autre papier, je lui notai une autre adresse. C'est l'adresse de mon appartement. Je vais y héberger Matthew le temps qu'il lui faudra pour trouver quelque chose de mieux. Et s'il s'avérait que le mieux, c'était encore mon appart et bien... nous aviserions le moment venu. N'hésitez à passer, si vous voulez de ses nouvelles.

Je lui adressai un nouveau sourire et finis par rejoindre Matthew.

- Aller, retour au bercail "Sucre d'orge" !

J'enfourchai la moto, mais avant d'enfiler mon casque, je me tournai vers Matthew. Il y avait une petite question qui me trottait dans la tête tout de même.

- Qu'est ce qu'elle a voulu dire par "c'est une partie de moi" ?


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Matthew Derkins
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Elle avait laissé quelque chose à Gloria, je l’avais entraperçu et cela me fit sourire. Angela avait dû lui laisser des coordonnées utiles voire les siennes… Je ne savais pas mais je ne me faisais aucun doute sur le bien-fondé de sa démarche. Quand elle me rejoignit, elle ne put se retenir de se fendre d’un bon « mon sucre d’orge » ce qui me fit siffler entre les dents et claquer la langue en souriant malgré tout.

« Mademoiselle est contente, elle a appris un nouveau tour pour me tourmenter ! »

J’éclatais de rire alors que je m’installais derrière elle sur la moto, remettant toujours mes mains en arrière plutôt que sur elle. Je ne m’en offusquais pas le moins du monde. Ensuite, elle posa une nouvelle question, une question plus… sérieuse à mes yeux. Là, mon visage changea quelque peu, redevenant un masque neutre tendant vers le glacial. Je passais le casque et me raclais la gorge bruyamment. Mes yeux croisèrent ceux d’Angie avant que ma voix se fasse entendre, presque mécanique.

« Nous en parlerons chez toi si tu me le permets. »

Pas un mot de plus, non je ne souhaitais pas aborder quelque chose de cette importance ici. Pas dans ce lieu qui pourtant était tout pour moi mais on ne peut plus impersonnel à la fois. En même temps, qui aurait souhaité s’identifier à une telle bâtisse délabrée remplie de parasites de toutes sortes ? Pas ici, alors que des paires d’oreilles pouvaient nous entendre par dizaines… Certaines pouvant être moins bien intentionnées que d’autres… et je ne voulais pas qu’il arrive quelque chose à cette brave vieille femme qui avait tant fait pour moi. Mon regard se baissa vers mes mains avant de revenir aux yeux de ma collègue. Je ne voulais pas en parler ici car je ne savais pas du tout comment elle allait réagir aussi… J’avais autre chose à faire que de risquer l’humiliation publique.

« Démarre s’il te plaît. »

Je me balançais de droite à gauche, d’un seul coup la position sur la moto me semblait inappropriée et inconfortable. J’avais passé les deux lanières de mon sac de sport entre mes épaules et on entendait mon bordel, pourtant minime, danser et remuer bruyamment. Je déglutis, faisant bouger de haut en bas ma pomme d’Adam, alors que mes yeux devaient refléter le malaise et le combat intérieur qui m’habitait. Devait-elle savoir… Là était la question. De toute façon, le mal était fait : Gloria en avait trop dit. A son corps défendant, la vieille femme avait sûrement été emportée par l’émotion de mon départ avec une jeune fille qui semblait –enfin- être quelqu’un de sérieux et recommandable… Mais qui en ce moment-même devait être assez intriguée de ne pas comprendre pourquoi j’en faisais tant.

« Ecoute. Je te promets qu’une fois chez toi je te dirais tout d’accord ? »

Et puis comment ne pas occulter le côté quelque peu effrayant de ce monologue à la fois intérieur et extérieur ? Si j’étais à sa place j’aurais de sérieux doutes sur la santé mentale de celui qui me sort un truc pareil ! Voire j’hésiterais à le reconduire chez moi… Pour essayer de la mettre en confiance, j’esquissais un sourire maladroit : celui qui se voulait charmeur mais qui, dans une situation complexe comme celle-ci, tenait plus de la tentative ratée que d’autre chose. Conscient que j’étais un poil ridicule, je me raclais la gorge à nouveau avant de baisser les yeux. D’un seul coup, toute l’atmosphère avait changé ; passant d’une franche camaraderie touchante à une gêne plus ou moins réciproque avec le goût amer du non-dit qui planait au-dessus de nous comme un oiseau de mauvais augure. Soupirant doucement, je n’espérais plus qu’une seule chose…

… Qu’elle se décide à démarrer.


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Angela Foster
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Cette question, j'aurais peut-être mieux fait de ne pas la poser. Je ne pensais pas à mal, j'étais juste intriguée par les paroles de Gloria. Mais je vis l'expression de Matthew changer. Et alors qu'il plaisantait quelques secondes auparavant, son visage s'était refermé, tout à coup. Il affichait maintenant un regard neutre, presque glacial, et ses traits s'étaient tendus. Ca ne me semblait pas très bon signe. Peut-être que j'avais abordé un sujet trop sensible, ou qui ne me regardait pas ?

Je lui jetai un regard étonné et fronçai les sourcils alors qu'il me disait clairement qu'on n'en parlerait qu'une fois à l'appart. Mais je n'ajoutai rien de plus. Inutile d'insister, je l'avais bien compris. De toute façon, il avait déjà mis son casque, il était décidé à ne pas parler tant que nous serions encore là.

Je jetai un regard autour de moi. Est-ce que c'était lié à l'endroit ? Est-ce qu'il ne voulait pas prendre le risque qu'on l'entende ? Est-ce que j'avais mis le doigt sur quelque chose de si "énorme" que ça ? Mais...Gloria n'en aurait pas parlé si c'était le cas, n'est-ce pas ? En tout cas, plus j'attendais, moins il était à l'aise. Il commençait même à gigoter sur la moto. Il semblait presque à deux doigts d'en descendre. Ca n'était pas le but, n'est-ce pas ? N'avais-je pas promis à Gloria que j'allais faire attention à lui ?

Je finis par acquiescer, enfilai mon casque à mon tour et reportai mon attention sur la tâche qui m'incombait maintenant : nous ramener à la maison, si possible en un seul morceau.

Le trajet se fit, une nouvelle fois, rapidement et sans encombres. Le temps qu'on arrive, la nuit était complètement tombée cette fois. Comme la veille, enfin, ce matin, je le déposai devant l'immeuble, le temps de mettre la moto à l'abri et je le rejoignis dans l'entrée. Je restai silencieuse durant toute la montée des escaliers, ne sachant pas trop si je devais engager la parole ou pas, préférant le laisser prendre les devants. Je n'ouvris la bouche d'une fois à l'intérieur, lorsque PV nous accueillit avec un miaulement retentissant. Je posai mon casque et soulevai le chat pour le prendre dans mes bras et le câliner un peu.

- Oui PV, il est toujours là ton copain. T'en fais pas.

Je reposai le chat et me débarrassai de ma veste.

- Je vais faire du café. Tu veux quelque chose ?

Dois-je préciser que je parlais à Matthew là ?


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Matthew Derkins
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Nous arrivâmes rapidement chez elle, en même temps, j’avais posé des bases solides d’impatience quant à notre arrivée à l’appartement… PV nous accueillit dans un miaulement joyeux, il était content de retrouver sa maîtresse. Mon trench alla rejoindre mon sac de sport dans un recoin où était le matelas dégonflé. Quand elle ouvrit la bouche pour me proposer du café, je la regardais : le froid de mes pupilles avait disparu alors que je m’asseyais sur un tabouret du bout du coccyx.

« Je prendrais du thé… Selon ce que tu as. »

J’étais un buveur de thé. Même si celui du dispensaire avait un goût qui me restait toujours sur la langue… De mauvaise qualité en somme. Inspirant, je sentais la bulle de malaise recommencer, comme quand nous étions sur la moto tout à l’heure. Alors qu’elle me tournait le dos, remplissant la bouilloire d’eau et préparant son café ; je me décidais à crever cette gangrène avant qu’elle prenne encore plus de place.

« J’ai donné un de mes organes à Gloria. »

Voilà pourquoi elle avait dit cela je faisais partie d’elle. J’en faisais littéralement partie. Je baissais les yeux sur mes mains. Mes parents m’avaient traité de monstre et d’abomination à cause de ce pouvoir étrange qui m’habitait… Alors que sûrement j’avais essayé de me racheter… auprès de quelqu’un qui m’avait aidé.

« Elle avait les reins fragiles. Elle n’a pas de famille et… »

J’inspirais profondément gardant les yeux dans le vide alors que je parlais.

« … elle allait mourir surtout. Alors j’ai fait ce que je pensais être juste… Après m’être assuré que c’était possible. »

Moi qui cherchait toujours à me faire passer pour un sale frimeur décérébré, souvent détesté des gens ; pourquoi est-ce que je répugnais à en parler de ce geste ? J’avais peur qu’on me voit comme… un mec bien ? Je me souvenais de ce fameux jour où, je m’étonnais de ne pas avoir vu la vieille femme en place à l’heure où elle devait être à son bureau, les secouristes étaient entrés en panique dans le hall avant de demander à la cantonade si Gloria Buckwater avait de la famille…

« Elle m’avait aidé alors je lui ai rendu la pareille. »

… Je m’étais présenté spontanément, même si les hommes n’étaient pas dupes : comment un petit blanc pouvait être de famille avec une vieille femme noire ? Toujours était-il qu’ils m’ont demandé de les suivre à l’hôpital…

« Depuis, c’est comme si elle avait eu droit à une nouvelle jeunesse. »

… Ils m’avaient allongé et commencé à me prendre du sang pour faire les analyses de compatibilités. Une chance pour moi, je me révélais être du même groupe sanguin que la vieille femme : A+, le plus commun. Une chance pour nous deux. Le médecin est venu me voir, a expliqué les conséquences de mon geste et surtout que la vieille femme pourrait être sauvée. C’était tout ce qui m’importait. Ensuite, tout est allé très vite, j’ai été transporté au bloc et endormi. Le lendemain, j’étais réveillé par une charmante infirmière qui me présentait un plateau de petit déjeuner qui était lui, bien moins charmant. Je m’enquis de la santé de celle qui était dans la chambre de l’autre côté du mur et on m’annonça qu’elle était saine et sauve. Cela eut au moins le mérite de me faire digérer ce pain qui tenait plus du plastique que du blé avec cette margarine infâme. Mes souvenirs s’effaçaient alors que mes yeux se plongèrent dans ceux d’Angie. Gloria m’avait sauvé de la drogue et de l’alcool. Elle m’avait fait comprendre qu’il était temps de transformer ma rage d’adolescent contre mes parents en de l’énergie… de la force pour accomplir des choses bien dans ma vie. « Plutôt que de voir un autre jeune homme bien sombrer dans ces saletés de drogue et boisson » disait-elle. Elle avait eu des mots qu’on n’avait jamais eus à mon égard… et je la remercierais toujours pour ça.


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Angela Foster
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- Je te fais ça.

Je passai de l'autre côté du bar et commençai à mettre l'eau à chauffer. Je m'étais rapidement acheté une bouilloire, j'avais laissé la nôtre à David. C'était lui qui l'avait payée, il était normal qu'il la garde, même s'il disait qu'il s'en fichait. C'était pour ça que je n'avais pas de meubles encore, d'ailleurs. Dans notre ancienne maison, c'était David qui avait tout payé. A l'époque, je ne travaillais pas autant que maintenant, je n'avais pas un bon salaire, et tout passait dans mes frais d'hôpital. Et ça ne suffisait pas...

Du coup, faute de canapé, c'est sur un des tabourets du bar que Matthew s'échoua, en attendant que je ne dépose sa tasse de thé devant lui. Il commença à parler alors que je versai l'eau chaude dans les deux tasses. Je relevai la tête vers lui.

Alors c'était ça son secret ? Mais pourquoi voulait-il absolument être de retour ici pour en parler ? Qu'est-ce qu'il y avait là-bas pour qu'il n'ait pas envie qu'on l'entende ? Ça avait quelque chose de surprenant, que j'avais du mal à comprendre.

Je gardai le silence, le laissant parler. Étrangement, je n'aurais pas cru que Matthew puisse être aussi altruiste. Je ne sais pas pourquoi, à vrai dire, je ne le connaissais pas. Mais je voyais son comportement au bar, et je voyais l'image qu'il se donnait, surtout. Mais il faut croire que nous n'étions pas si différent, lui et moi. Moi aussi j'avais essayé de faire croire que j'étais quelqu'un d'autre. Alex avait vite démasqué l'imposture.

Toujours sans un mot, de fis glisser la tasse de Matthew devant lui et vint m'installer sur le tabouret à côté, faisant courir ma main d'un épaule à une autre en passant en un geste... je sais pas, réconfortant ? Comme si j'avais la sensation qu'il en avait besoin.

- Tu ne sembles pas être très fier de ça. Pourtant, tu peux l'être. Gloria t'apprécie vraiment tu sais. Et je ne crois pas que ce soit juste parce que tu l'as sauvée. Tu as fait quelque chose de bien que peu de personnes auraient fait. Tu devrais être content de toi. Qu'est-ce qui se passe ?


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Matthew Derkins
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Je sentis ses doigts effleurer mon épaule, le geste me fit du bien, cela faisait longtemps que je n’avais pas ressenti cela. Mes mains attrapèrent la tasse qui était brûlante alors qu’on sentait l’odeur d’un thé vert au jasmin en émaner désormais. J’entendais ses mots et plongeait mes yeux dans les siens. Elle ne comprenait pas pourquoi j’en faisais des caisses à ce sujet. Je me tournais vers elle, le tabouret grinça un peu, je déglutis et puis soudain, je ne comprenais pas pourquoi j’étais guidé par cette volonté mais le temps d’y penser, je l’avais déjà fait… Je me penchais en avant et mes lèvres vinrent effleurer le coin des siennes ainsi que sa joue. Sa peau douce était doucement grattée par ma barbe naissante. Lentement, je reculais.

« Tu es quelqu’un de bien. »

La pièce était quelque peu silencieuse, le chat était parti se reposer en haut de la mezzanine et ne faisait plus qu’un léger bruit de ronflement. J’avais la sensation qu’elle pouvait entendre mon cœur battre comme moi je l’entendais résonner dans mes oreilles. On pouvait distinguer un léger mouvement du tissu de ma chemise dont les trois premiers boutons étaient ouverts ainsi qu’un frisson passant dans la chaîne en argent qui était à mon cou. Je ne me posais pas de questions quant à mon précédent geste… C’était le cœur qui avait plus parlé que le cerveau. Je portais la tasse de thé à mes lèvres alors que je ne bougeais pas de ma position en face d’elle. Je me fendis d’un nouveau sourire laissant apparaître cette fossette caractéristique.

« Je préfère qu’on pense de moi que je suis un crétin… Pas un altruiste. Pourquoi ? Je ne sais pas. Mais je préfère que peu de gens sachent… »

Mes yeux plongèrent dans les siens, la tempête faisait rage dans les deux pupilles sombres.

« … Que je suis quelqu’un de bien. Gloria et toi, cela est largement suffisant. »

Posant la tasse, je me grattais la nuque. Signe démonstratif de gêne chez moi. Je ne me dépatissais pas de mon sourire avant de sentir ma gorge se serrer. Jamais encore, je n’avais été ainsi… Même quand j’étais entré, perfusion fichée dans le pli du bras, dans la chambre de Gloria après notre opération pour la regarder le sourire aux lèvres. L’accolade humide qui en avait suivi restait un moment fort en émotions mais je n’étais pas ainsi… Là, je sentais une boule dans ma gorge et surtout je me sentais complètement démuni face à elle. Désormais, j’étais comme mis à nu devant elle. Mes yeux se posèrent de nouveau sur cette zone entre le pli de ses lèvres et sa joue, là où je l’avais embrassée. L’instant, malgré le fait qu’il eût été fugace, avait été empreint d’une douceur à nulle autre pareille. Je portais de nouveau la tasse à mes lèvres pour la terminer rapidement. Je me levais pour me poster à la fenêtre, allumant une nouvelle cigarette dans un claquement de mon fidèle Zippo noir, seul cadeau de Jacob à mon égard. Mes yeux se posèrent sur la vue de la rue en bas, alors que la nuit tombait.

« Je préfère qu’on pense que je ne suis pas un type fréquentable. »

En bas, je regardais des femmes et des hommes rentrer chez eux ou marcher dans les rues. Oui, je préférais qu’ils pensent tous que je n’étais qu’un crétin, idiot et conscient de l’effet qu’il avait sur la gent féminine. Je me doutais bien que cela pouvait être difficilement compréhensible, je comprenais la difficulté de la chose. Ma voix se fit entendre à nouveau, enrouée comme si elle avait du mal à prendre forme dans ma gorge serrée.

« Je me battrais pour toi tout comme je me suis battu pour elle. C’est un fait. »

Même si cela ne faisait que peu de temps que nous étions proches, j’avais compris bien assez tôt la valeur de cette fille à mes yeux. Elle était jolie, elle était intelligente et surtout elle avait un grand cœur. L’état dans lequel elle me mettait n’était pas anodin et révélait quelque chose de fort.


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Angela Foster
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Je n'avais même pas eu le temps de reculer, de me détourner, pour échapper à ce qu'il se préparait à faire. Et même si je l'avais eu, ce temps, est-ce que je me serais défilée ? Je ne sais pas. Oui, peut-être, c'était du moins ce que m'aurait dicté ma raison. Mais je lui obéissais rarement à vrai dire. Il parait que je suis impulsive.

- Matthew, je...

Je n'avais pas la moindre idée de ce que je devais dire ou faire. Mon cerveau m'envoyait des ordres contradictoires chaque fraction de secondes. C'était comme si même lui était incapable de prendre une décision. Je ne savais même pas ce que je devais ressentir. Est-ce que je devais m'offusquer et mettre un terme à toute possibilité d'espoir qu'il pourrait éventuellement avoir ? Où est-ce que je devais arrêter de me poser des questions et me laisser faire en me disant que je verrais bien où ça me mènerait ?

Heureusement pour mon petit cerveau, Matthew ne me laissa pas trop le temps de me poser ces questions. Il se recula de lui-même et enchaîna rapidement, revenant sur le sujet qui nous intéressait. Je reportai mon regard sur lui, peu convaincue de ses paroles et non, je devais l'admettre, je ne comprenais pas. Enfin si, je l'aurais compris, avant, mais plus maintenant. Il n'était plus à la rue, il n'avait plus à se montrer plus dur et plus con (désolée) qu'il ne l'était réellement. Je veux dire, il avait un boulot stable et même un toit, maintenant. Quelque chose de correct. Sa vie reprenait la bonne direction, il n'avait plus besoin de se battre. Il n'avait plus besoin d'impressionner les gens en se montrant plus fort, plus têtu et plus "méchant" qu'eux.

Je le suivis du regard alors qu'il s'installait à la fenêtre pour une énième cigarette. Décidément, il était sacrément accro. Il était en train de se bousiller les poumons ! Mais l'heure n'était pas à don de leçon.

- Pourquoi ?

Je descendis de mon tabouret à mon tour et vins le rejoindre à la fenêtre. C'était peut-être une mauvaise idée, mais vous vous souvenez quand je vous ai dit que j'écoutai rarement ma raison ?

- Pourquoi tu ne veux pas qu'on te voit tel que tu es ? Qu'est ce que ça t'apporte ? De quoi tu as peur ? Matthew, je portai une main à sa joue pour l'inciter à me regarder à nouveau, tu es quelqu'un de bien, pourquoi tu ne veux pas qu'on le sache ? Les gens ne t'apprécieraient que davantage.

Sa remarque sur moi, sur Gloria, sur les combats qu'il avait menés pour elle et qu'il était à mener pour moi me fit un drôle d'effet. C'était le genre de chose que je disais à mes amis, mais en dehors de David et de Peter, je ne me souviens pas l'avoir tellement entendu. Si, en fait, Alex. Mais Alex me connaissait à la perfection ou presque, David était mon frère et Peter... était Peter.

- Non Matthew, ne dis pas ça, je n'en vaux pas la peine. Je me contente simplement de mériter ma deuxième chance, je ne suis pas quelqu'un de si bien. Je ne l'ai jamais été.


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Matthew Derkins
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« Car je préfère être craint. »

Ses yeux rencontrèrent les miens alors que ses doigts effleuraient et frottaient la barbe de ma joue. Mon regard descendit sur ses lèvres qui s’agitaient doucement alors qu’elle disait qu’elle ne comprenait pas pourquoi je réagissais ainsi. Elle réagit ensuite à la seconde remarque que je fis, cependant, son discours n’eut pour résultante que de me laisser de marbre. Lentement, les mots coulaient de sa bouche pour flotter dans l’air mais ne jamais rejoindre mes oreilles. Elle pouvait dire ce qu’elle voulait… J’étais sûr de ce que je disais… et j’étais sûr de ce que je voulais.

« Angie. »

Un mot, un seul, qui eut à peine le temps de flotter et sortir de ma bouche que déjà mes lèvres avaient rejoint les siennes alors que ma main passait sur sa taille. Mon souffle se raréfia, mon cœur s’accéléra alors que ma main qui était posée sur elle se serrait. Le temps sembla s’écouler lentement et se stopper alors que mes lèvres délicatement caressaient les siennes. Puis soudain, le temps reprit sa course normale, nos bouches se détachèrent, un souffle profond sortit de ma bouche alors que je sentais son souffle agité sur les miennes. Mes yeux rencontrèrent les siens l’espace d’une seconde avant que, prenant conscience de ce qui c’était passé, je n’eus que pour seul geste de poser mon front contre le sien… Mon souffle était toujours profond. Je sentais on cœur battre mais aussi le sien également. Toutes les informations de l’instant passé me revenaient en tête, je souris avant de déposer un léger baiser dans son cou et murmurer dans un souffle.

« Nous sommes tous deux des gens peu recommandables. Heureusement pour le monde que nous nous sommes trouvés. »

Je me reculais lentement, mon regard ne quittait pas le sien. Je pris mon trench et déglutit.

« Je te cuisine quelque chose ce soir… »

Mon regard croisa le sien, une lueur brillait au fond de mes pupilles alors que j’ajoutais, ne pouvant m’empêcher d’avoir un nouveau sourire irrésistible.

« … Tu as juste à profiter. »

Je sortis de l’appartement, mon portable dans la poche et un sac dans la main. Mon sac de sport était resté ouvert bâillant avec mes affaires débordantes, PV était en train d’y fourrer lentement son nez. Entre les boxers plus ou moins bariolés, ayant un goût certain pour les prendre les plus extravagants les uns que les autres –pour contraster avec les tenues noires-, et mes livres ainsi que la fameuse peluche hérisson. Quand la porte se referma derrière moi, alors que j’étais plongé dans le noir et le frais du couloir, je laissais un léger soupir passer mes lèvres. Ma langue passa sur mes lèvres alors que je me souvenais de la douceur du moment passé. Reprenant mes esprits, je descendis les escaliers, mes chaussures de travail claquant sur les marches en marbre. Une fois dans la rue, je levais les yeux vers la fenêtre allumée de l’appartement d’Angela, peut-être que je n’allais plus pouvoir passer cette fameuse porte après ce qui s’était passé. Haussant les épaules, je me dirigeais vers les magasins ayant une idée précise de ce que je voulais cuisiner. Plus d’une heure s’écoula avant que j’arrive à l’appartement et, dans un soupir avec la gorge nouée, je me décidais à appuyer sur le bouton de la sonnette. Je posais les deux sacs, un seul n’ayant pas suffi, au sol et j’attendais de savoir si elle allait m’ouvrir. Je n’entendais aucun bruit derrière la porte, instinctivement je me mordis l’intérieur de la joue. Peut-être que cet instant passé avec elle avait été le dernier… Au moins, j’aurais tout mon temps pour le regretter… dans un carton… au beau milieu des rues… Et bien oui, j’avais donné ma place au dispensaire pour les yeux d’une jolie fille. Cette pensée m’arracha un sourire… J’avais peut être agi comme un con mais c’est marrant… Je trouve que ça en valait vachement la peine.


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Angela Foster
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J'aurais probablement dû écouter ma raison. Non, en fait, j'en étais même sûre. J'aurais dû rester assise sur ce p** de tabouret, hors de sa portée. Ca aurait mieux valu pour mon état d'esprit. Mais je n'en avais rien fait. Au contraire, j'étais retournée vers lui et j'avais posé la main sur sa joue. Est-ce qu'inconsciemment je cherchais à ce que ça se produise ? Mon cerveau m'avait toujours joué des tours, mais là, vraiment, il dépassait les bornes.

Dans un premier temps, je posai mes paumes sur son torse, comme pour le repousser. C'était l'idée que j'avais en tête, je vous le jure. Il ne fallait qu'il fasse ça, ça ne devait pas se passer comme ça. Ca n'était pas "bien", c'était loin d'être une bonne idée. C'était précisément tout ce qui me traversa l'esprit durant la première seconde. Mais une fois encore, ma raison n'eut pas tellement voix au chapitre. Je gardai les mains à plat sur son torse, oui, mais je ne tentai même pas de l'arrêter. Cela faisait tellement longtemps. Je sais ce que vous vous dites, je suis une égoïste profiteuse. Dans l'histoire, je n'avais songé qu'à moi, et pas au mal que je risquais de lui faire. Parce que je lui ferais du mal, c'était obligé, je faisais du mal à tout le monde. J'étais maudite. Mais comprenez-moi, la dernière fois qu'on m'avait regardée comme ça, j'avais l'impression que ça faisait une éternité. La dernière fois qu'on m'avait embrassée comme ça, ça faisait tout aussi longtemps. J'en avais presque oublié la saveur que ça pouvait avoir. Et ça faisait tellement de bien.

Mais il fallait que j'y mette un terme tout de suite, que je lui fasse comprendre qu'il ne pouvait pas espérer plus. Je n'étais pas en mesure de le lui donner. Matthew mit fin à ce baiser de lui-même et, le souffle court, j'ouvris la bouche pour lui dire ce que j'avais en tête. Il fallait que je le fasse. Mon front contre le sien, j'en tremblais presque. Et puis il y eut ce baiser dans le cou. Et malgré moi, je fermai les yeux. Je sentis mes barrières s'effondrer alors que j'essayais de les ériger à nouveau et aucun mot ne parvint à franchir mes lèvres.

Quand il reprit la parole, je relevai mes yeux dans les siens. J'étais sûre que tout ce que je pensais se lisait sur mon visage, cet espèce de combat intérieur que ma raison était en train de mener avec le reste de mon être. Ce qu'il disait... non, il n'était pas sérieux, il ne pouvait pas dire ça. Je ne pouvais pas le laisser dire ça.

- Matthew...

J'étais incapable d'en dire plus. Et je ne le fus pas, pas avant qu'il ne prenne son manteau pour aller faire des courses, me disant encore une fois cette petite phrase : "Tu as juste à profiter".

Quand il fut sorti, je restai un long moment à la fenêtre à réfléchir. Il fallait que je calme le rythme de mon coeur, déjà, et que je remette de l'ordre dans mes idées. Il ne fallait pas que ça se reproduise. Je ne pouvais pas le laisser recommencer à nouveau. Je n'en avais pas le droit. Ca n'était pas comme si mon cœur était encore libre et que je pouvais en disposer comme je le voulais.

Le visage de Peter s'afficha devant mes yeux quelques secondes. MON Peter. Je ravalai les larmes que je sentais monter en pensant à lui à nouveau. Il me manquait, terriblement. Je n'arrivais pas à le laisser partir. Il avait quitté ce monde depuis 4 ans et je n'arrivais toujours pas à tourner la page. La culpabilité m'envahissait à chaque fois que je me sentais attirée par un autre homme. Je lui avais promis de toujours l'aimer et je n'arrivais pas à me défaire de cette promesse. Cette culpabilité ne m'avait pas empêchée pour autant de tomber amoureuse d'Alex et de ressentir quelque chose pour Nick. Ca n'était pas au point de Peter, forcément, mais c'était bien là. Concernant Alex, je n'avais aucune illusion à me faire, il m'avait clairement dit qu'il ne ressentait rien pour moi. Du moins pas ce genre de sentiments. Concernant Nick, c'était plus délicat. Il me plaisait, mais je n'étais pas amoureuse de lui. J'étais sous le charme, oui, il représentait tout ce qu'une femme aurait pu vouloir : il était beau, intelligent, bien élevé, stable et profondément gentil. Mais il me manquait quelque chose, cette petite étincelle qui aurait pu tout rendre si évident. Je m'en serais contentée, cependant, si Nick avait pu dire ou faire quoique ce soit qui aurait pu me montrer véritablement qu'il s'intéressait à moi. Il était amical et très attentionné, c'était un parfait gentleman, mais il n'avait jamais rien fait qui aurait pu me laisser penser qu'il ressentait autre chose pour moi que de l'amitié. Et puis, je ne voyais pas vraiment d'avenir possible avec lui, je n'avais même pas le droit de lui dire ce que j'étais réellement ! C'était probablement ce qui m'avait empêchée de me jeter à l'eau. Ca et le fait que nous ne soyons pas du même monde. Pour autant, j'appréciais Nick, vraiment. Est-ce que j'avais le droit de lui faire ça, à lui aussi ?

Je ne connaissais pas Matthew. Il était intéressant, surprenant, et il dégageait quelque chose de particulier. Ouais, il était susceptible de me séduire, un jour. Mais ça n'était pas fait, il me fallait plus de temps pour ça, beaucoup plus. Si Matthew me voulait vraiment, alors il allait devoir s'accrocher et se battre, parce que je ne me laisserais pas faire aussi facilement. Bien évidemment, vous pourriez me torturer que jamais je ne vous l'aurais avoué. Je n'en avais pas conscience moi-même.

Lorsqu'il rentra, je m'étais apaisée, je crois. PV s'était installé d'office directement dans le sac de Matthew et dormait comme un bien heureux. Je n'avais pas eu le cœur de le déranger, j'espère que Matthew ne lui en voudrait pas trop. En tout cas, inutile de demander l'avis du chat, à choisir entre Nick et Matthew, je savais déjà lequel des deux il prendrait... (Nick était allergique).

Le coup de sonnette me fit sortir de mes pensées. Il était évident que tout ceci ne changerait pas la décision que j'avais prise de l'héberger. Ce serait à moi de faire ce qu'il fallait pour que des choses de ce genre ne se reproduisent pas. Je me détachai de la fenêtre et lui ouvris la porte. Qu'est-ce que j'allais bien pouvoir lui dire ?

- Hey... T'as dévalisé l'épicerie du quartier ?

Ouais, on pouvait commencer par là. Faire comme s'il ne s'était rien passé était une idée, il faudrait bien qu'on en parle de toute façon, mais je suppose que pour le moment, on pouvait s'en tenir à ça...


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Matthew Derkins
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J’entrais dans l’appartement les bras chargés de mes deux sacs. Elle m’accueillait comme si rien ne s’était passé avant que je sois parti. Soit. Cela allait donc se dérouler ainsi. Je déposais les sacs sur le bar et croisait son regard. J’étais tout de même bien décidé à cuisiner quelque chose de toute façon. PV ne put se retenir de monter pour venir farfouiller dans les sacs, après avoir conquis mon sac de sport ; il se sentait d’humeur à renifler tout ce qui pouvait entrer dans son territoire et qui venait de cet étranger qui semblait quelque peu démonstratif avec sa maîtresse adorée ! Peut-être y voyait-il là une menace… et peut-être même qu’il avait raison… Qui sait ? Je le laissais faire, bien trop occupé à mettre chaque chose en place pour préparer ce que j’avais décidé. Evidemment, je n’en disais mot à l’intéressée, pourquoi perdre le plaisir de faire une surprise ? Si elle était observatrice, elle allait sûrement deviner ce qui se tramait. Je sortis du sac des tomates, de la viande, du lait, de la farine du fromage et des plaques de pasta italienne. Il restait encore quelques petits vendeurs dans Megalopolis… Et je me mis à l’ouvrage. En une bonne heure, le temps de chercher le matériel adapté compris, un plat à lasagnes cuisait dans le four alors que mon tee-shirt revêtu pour l’occasion et portant la mention « Irresistible », se trimballait déjà quelques taches de sauce tomate… Sauf que j’étais déjà en train de faire autre chose, comprendre préparer une entrée et un dessert. La première à base de tomates, mozzarella et basilic et le second faisait intervenir de la pâte brisée, de la crème de citrons et des blancs d’œufs meringués… D’où me venait cette affection pour la pratique culinaire ? Sûrement des années de débrouille, renforcée par les cours magistraux de cuisine donnés par Gloria et au final, l’envie de manger quelque chose de pas mauvais sans avoir à aller dévaliser tous les restaurants de la côte… Avec un égo tel que le mien, la mention « On n’est jamais aussi bien servi que par soi-même » était on ne peut plus vraie. Plaçant le fond de tarte dans le four, j’essuyais mes mains, alors que des taches jaunes citronnées étaient venues rejoindre les rouges à la tomate. Avec un tel sport, jamais on n’était à l’abri de dommages collatéraux. J’étais concentré dans ce que je faisais, je ne voyais même plus ce qui se passait autour de moi mais cela ne m’empêchait pas de processer tout ce qui avait pu se passer avant que je sorte de cet appartement tout à l’heure… J’avais sans aucun doute agi trop vite, si ça se trouve elle était en couple encore… Certes aucun indice présent dans la pièce ne le laissait soupçonner mais peut-être aussi qu’il vivait ailleurs. Ma mâchoire se serra et craqua alors que les blancs montaient en meringue… Ouais Derkins, tu avais été encore plus vite que ta cervelle… Jacob serait là, il t’aurait gratifié d’un potache : « tu as une queue à la place de la cervelle ma parole ! », ce ne serait pas la première fois… et peut-être même pas la dernière. Désormais, si quelque chose devait se passer, il allait falloir attendre patiemment que ce soit elle qui fasse ou dise un mot. Certes, cela n’impliquait pas de la laisser totalement tomber et ne pas penser à quelques petites attentions, mais il allait falloir remballer les beaux discours et les gros sabots. Alors que je sortais le fond de tarte, étalait lentement la crème sur celui-ci et pochait la meringue avec les moyens du bord : comprendre un sac à congélation percé et une douille en carton découpé ; mon esprit voguait plutôt du côté de la douceur ressentie par ses lèvres lors de ce baiser et du plaisir qui avait émané de nos deux corps. J’avais sûrement intérêt à garder ce souvenir et à le chérir tendrement… Enroulant un torchon autour de mes mains, la tarte retourna dans le four alors que les lasagnes en sortirent, répandant un fumet non négligeable dans la pièce et semblant exciter les papilles de ce cher PV… Sauf que j’avais prévu le coup, j’avançais d’une pichenette vers lui une petite coupelle pleine de restes de viande hachée, le boucher n’ayant pas été trop « chien » avec moi… De toute façon, il semblait heureux de se débarrasser de ce léger reste encombrant dans ses stocks et moi, pendant ce temps, je gagnais des points avec le garde du corps de la propriétaire des lieux. Une fois que tout fut terminé, je n’avais toujours pas ouvert la bouche mais je me fis le devoir de mettre la table, ce ne fut que quand cela eût été terminé, que le torchon alla rejoindre mon épaule et qu’une pinte cannette de Guinness alla rejoindre elle ma paume de main pour que le « clic » de l’ouverture me laisse esquisser un léger sourire de plaisir avant d’en boire… car mine de rien, quelques gouttes perlaient sur mon front. Cela faisait longtemps que je n’avais pas pris la peine de cuisiner quelque chose pour quelqu’un… Gloria disait toujours que le cœur d’une personne passait souvent par son estomac. A l’écouter, c’était un adage séculaire et on ne peut plus vérifié. Alors qu’une odeur sucrée de citron et de meringue chassait lentement l’odeur de pâte, tomates et basilic ; mon regard croisa celui d’Angie et je m’entendis grommeler mais mes pas allaient plutôt vers la fenêtre pour une éternelle cigarette.

« Je ferais bien de me changer avant de manger… »


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Angela Foster
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Je m'effaçai pour le laisser entrer et le suivis du regard alors qu'il allait déposer ses courses sur le bar. Il n'avait pas l'air de vouloir revenir sur ce qu'il s'était passé. Je devais avouer que ça m'arrangeait. Parce qu'alors j'aurais dû lui donner tous mes arguments pour lui expliquer en quoi ce n'était pas possible et je craignais de ne pas être vraiment convaincante. Le fait est que des arguments, j'en avais, j'y croyais, je m'y rattachais même, mais n'importe qui aurait pu les démonter en deux mots. Il aurait fallu que je lui mente, et ça aurait été pire, parce que je ne savais pas mentir. Le seul mensonge où j'étais crédible, c'était quand je disais que j'étais négative. Mais c'est parce que ce n'était pas totalement un mensonge, c'était... un bout de vérité. J'étais née négative après tout, c'est juste que j'avais changé en cours de route. Mais ma puce confirmait le mensonge donc tant qu'on n'analysait pas mon sang ou qu'on ne me faisait pas d'examens spécifiques, je n'avais rien à craindre.

Sans un mot, Matthew se mit au travail et je le laissai faire. Je me demandais bien ce qu'il allait me préparer. PV aussi, manifestement. Sauf que lui, il eut le courage d'aller vérifier de lui-même. Moi, quelque chose me retenait de le faire. Un truc totalement idiot qui s'appelle la gêne. De son côté, Matthew semblait avoir oublié ce qui s'était passé. Ou du moins, il n'en parlait pas. Il n'essaya pas non plus de se rapprocher à nouveau. Il se concentrait sur ce qu'il faisait. Et moi... je suivais ses mains des yeux. C'était idiot, hein ? Mais je ne savais pas trop quoi faire d'autres.

- Me dis pas que tu fais des lasagnes !

Une première tentative pour essayer de briser la glace qui était en train de se former. Je n'aimais pas la glace. Enfin, si, quand elle était au chocolat ou à à la vanille, mais pas ce genre de glace là.

- J'adore les lasagnes. Mais je sais pas les faire. En fait, t'as pas choisi la bonne coloc', je sais faire que des pizzas. Mais des vraies, hein ! Je me contente pas de faire réchauffer des surgelées. Je fais la pâte et tout, comme les vrais italiens, tu sais ? J'ai bossé dans une pizzeria traditionnelle quelques temps, le cuistot m'a appris. Je crois qu'il m'avait à la bonne. Ca a pas duré longtemps cela dit. Une des serveuses piquait dans la caisse et le patron a cru que c'était moi. Je me suis fait virée à cause de ça. Mais c'était pas plus mal, en dehors du cuistot, l'ambiance était pourrie dans ce resto. Je serais partie de toute façon. Je restais jamais dans les endroits où ça se passait pas hyper bien. En fait, avant le Magic Alice, j'enchaînais les p'tits boulots. J'ai eu de la chance qu'Alex soit pas hyper regardant sur mon CV quand il m'a embauchée. Il est cool Alex, je l'aime bien. En fait, tout le monde est sympa au Magic Alice...

Génial, voilà que j'étais atteinte de diarrhée verbale. Le problème, c'est que quand j'étais gênée, soit je restais muette comme une tombe et je prenais la fuite, soit je parlais. Et je parlais. Et je parlais. Je pouvais plus m'arrêter, à moins que je me sente encore plus conne au bout d'un moment. Et ce fut le cas.

- Et euh.... ouais, on s'en fiche un peu en fait. Tu sais quoi ? Je vais te laisser faire tes trucs et je vais... Je regardai autour de moi, cherchant quelque chose à faire et mes yeux se posèrent sur la revue médicale que j'avais abandonnée ce matin... bosser un peu.

Je reculai de quelques pas et me dirigeai vers les cartons dans lesquels j'avais entreposés mes cours et toutes mes recherches pour ma thèse. C'étaient les seuls cartons qui avaient été soigneusement rangés, étiquetés, classés. J'en sortis un bloc note et m'installai en tailleur sur le sol, le dos contre le mur, mon bloc sur un genou et la revue entre les mains.

De temps en temps, je lui jetai quelques regards. Mais jamais plus de quelques secondes, comme si... comme si je ne voulais pas me perdre dans mes pensées en le regardant. Je ne relevai finalement les yeux que lorsqu'il eut terminé et qu'il reprit la parole.

- Si tu veux. La salle de bain est à l'étage. Si t'as besoin. Je reste en bas. Promis. Est-ce qu'il y a quelque chose à faire pendant que tu te changes ? Surveiller que ça brûle pas ou un truc du genre ?


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Matthew Derkins
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« Non, tout est prêt et maintenu à la bonne température. »

Et c’était vrai, les lasagnes étaient revenues dans le four qui profitait de la chaleur résiduelle de la tarte pour être toujours dorlotées au chaud alors que la tarte était désormais dans le frigo, bien à l’abri dans sa gangue de glace et des moustaches de PV. Je farfouillais dans mon sac de sport avant de finir par en sortir une trousse de toilette noire bardée de motifs Hopis, un ancien truc sur les natifs américains, une race on ne peut plus disparue depuis un moment désormais… Je levais les yeux vers l’étage avant de m’y rendre, la trousse de toilette entre les mains. Le temps de jeter à peine un coup d’œil sur le lit d’Angela, un lit permettait d’en savoir beaucoup sur la personne qui y dormait, et je ne voulais m’y attarder. Un regard vers la porte entrouverte de la salle de bain et j’y entrais avant de refermer la porte, pas à clef cependant. La pièce était petite, comme tout l’appartement certes, mais pourtant lumineuse dans la nuit qui s’installait. Les réverbères de la rue donnaient sur les murs carrelés de bleu, l’ambiance était étrange. Je regardais mon visage dans la glace, baigné de cette lumière d’un jaune doré de la ville, cela lui donnait un air un peu malsain. Soupirant lentement, je retirais mon tee-shirt, avant de le laisser tomber au sol. Mes pendentifs se retrouvèrent à l’air libre ainsi que le tatouage de mon épaule droite. Je le grattais mollement avant de retirer le reste de mes vêtements, la ceinture grinça sur le sol carrelé alors que le jean rejoignait le tee-shirt… suivi par un boxer rose orné d’un motif d’une pinup embrassant un canard en plastique. Je l’ai dit, j’ai toujours été très original. Le temps de fouiller dans la trousse et j’en tirais un gel douche vert à l’odeur forte et poivrée ainsi qu’un shampooing à la menthe. Je me redressais et me rendis compte qu’elle ne faisait aucun bruit en bas. Tournant le bouton de la douche, je l’actionnais et me décidais enfin à me laver. Dix minutes plus tard j’étais en train de redescendre, une serviette nouée à la taille marmonnant.

« A toi de voir si tu détournes le regard mais je descends en tenue non conventionnelle. »

Je n’attendis pas plus, elle était assez grande pour savoir ce qu’elle faisait. Le reste je m’en fichais moi après tout. Mon pendentif se mit à zigzaguer alors que je descendais les marches raides de la mezzanine. J'allais vers mon sac et en tirais un nouveau tee-shirt ainsi qu’un jean bleu délavé. Sans demander mon reste, je remontais pronto et je me rhabillais rapidement. Une nouvelle fois je descendis mais sans faire de remarque sur mon allure. Automatiquement, je me dirigeais vers le four avant de l’éteindre et ensuite sortir du frigo l’entrée et la poser sur la table. Instinctivement, je tirais lentement la chaise du bar qui était celle d’Angela pour l’inviter à s’asseoir.

« Je t’en prie installe-toi. »

Le temps qu’elle s’exécute, je mettais ma surprise à profit : je tirais du sac en papier restant deux verres à vin emballés dans du papier de soie ainsi qu’une bouteille de vin rosé venant des côtes de la Californie, j’avais réussi à obtenir une année qui n’avait pas eu trop de retombées de pollution depuis l’attaque de ses fous de faces de citrons. Posant les deux verres sur la table, je débouchais la bouteille, alors que mes pupilles croisaient les siennes. Après avoir donné un coup de torchon dans son verre pour qu’il soit propre, je la servis et fit de même pour moi. Lentement, je m’installais à mon tour, lui faisant face. N’eût été l’échange précédent, n’eût été nos situations respectives… Ceux qui devaient nous voir de l’immeuble en face devaient penser à un joli petit couple charmant qui venait juste de s’installer… PV était toujours en train de se régaler des restes de viandes avec délectation, la preuve il en poussait des ronrons de plaisir presque. Prenant le verre à vin entre mes doigts, je fis tourner le liquide avant de l’observer à la lumière ambiante… Il semblait bien. Je le portais à mon nez et reconnut qu’il n’avait pas un nez mauvais. Bon c’était satisfaisant. Je levais lentement mon verre, alors que mon regard soutint le sien pendant un long moment et ce pour la première fois depuis que j’étais sorti de l’appartement. J’avais entamé le geste pour trinquer, mais trinquer à quoi en fait ? Je n’en avais tout bonnement aucune idée, j’avais bien envie de trinquer à quelque chose, mais je doutais fort qu’elle soit de cet avis. Aussi, je préférais rester silencieux en attendant qu’elle prenne les devants, qu’elle trinque pour ce qui l’arrange après tout… C’était elle qui m’hébergeait. Je ne voulais plus rien faire qui la mette mal à l’aise désormais.


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Angela Foster
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- D'accord.

J'acquiesçai pour confirmer que j'avais bien compris ses directives, à savoir : Ne toucher à rien. Bien, ça devrait être dans mes cordes ! Et je le laissai monter à l'étage. Comme je l'avais dit, je ne bougeai pas de là où j'étais assise, avec ma revue et mes cartons de cours autour de moi.

A l'étage, la salle de bain était petite ouais, comme je vous l'avais déjà dit. On avait tout juste la place de  se changer à l'intérieur, mais j'y récoltais un nouveau bleu à chaque fois. Du coup, jusqu'à présent, je me changeais dans la partie chambre. Il allait falloir que ça change, certainement. Enfin, Matthew ne serait souvent pas encore là quand je rentrerais du boulot alors au final, ça irait quand même.

Si Matthew jetait un regard autour de mon lit, il n'y verrait pas grand chose de significatif encore. Je n'avais pas fini d'installer ma chambre. J'avais juste mon lit, deux places, trop grand pour moi, cela dit PV à lui tout seul avait toujours le don de se mettre bien au milieu, ce qui réduisait considérablement mon espace. Le lit n'étais pas fait et mon pyjama avait été abandonné dessus négligemment, ce qui indiquait que je n'étais pas une super pro du rangement et du ménage. Il faudrait que j'améliore ça aussi dorénavant. C'est que je ne serais plus la seule à passer dans cette chambre.

Le seul objet qui en indiquait un peu plus sur moi, c'était la photo qui était posée à même le sol, dans un cadre. Il s'agissait d'une photo de moi et Peter, qui datait de quatre ans. J'avais l'air jeune dessus avec mes cheveux longs, presque une ado et pourtant j'avais déjà 22 ans. Mais j'avais toujours fait plus jeune que mon âge. Aujourd'hui encore on me donnait généralement moins. Lui, il avait ce style de visage qu'on reconnaissait aux descendants des tribus amérindiennes. Il était plus vieux que moi de quelques années, ça se voyait, mais ça n'était pas choquant. Ce qui l'était un peu plus, par contre, c'étaient cette pâleur que nos avions tous les deux. Et si moi j'avais encore l'air à peu près en bonne santé, Peter, lui, avait déjà les joues creuses. Mais nos regards à tous les deux brillaient. Elle n'était pas toute jeune cette photo, et ça se voyait. David avait soupiré et m'avait lancé un regard tellement douloureux quand il avait vu que je l'avais ressortie, il voulait tellement que j'arrive à passer à autre chose, mais j'étais incapable de la ranger dans un tiroir et de l'oublier.

Le temps qu'il redescende, je n'avais toujours pas bougé, mais j'avais sorti quelques notes de mes cartons. J'avais étalé des dizaines de feuilles de papier autour de moi, couvertes de mon écriture. Des calculs, des schémas, des photocopies d'articles dont certains passages avaient été surlignés... J'étais penchée dessus alors qu'il entamait sa première descente. Sa remarque piqua ma curiosité et me fit relever la tête. Qu'est-ce qu'il entendait par "tenue non-conventionnelle" ? Inutile de vous dire que je ne mis pas bien longtemps à comprendre. Et euh... comment dire... j'avoue que je me suis, un peu, rincé l'oeil, comme on dit. Attendez, vous avez vu ce mec ? Vous avez vu, un peu, le corps qu'il planquait sous ses fringues ? Bon, ok, il avait pas la carrure de David, ni celle d'Alex, mais quand même ! Et j'avais "ça" sous mon toit. Fut une autre époque, je crois que je lui aurais sauté dessus. Mais cette époque était belle et bien révolue, puisque je détachai mes yeux de lui alors qu'il farfouillait dans son sac et les reportai sur mes notes. A croire que l'évolution du typhus était plus intéressante qu'un beau mec qui s'offrait à mon regard... C'était pas le cas, mais je préférais qu'il le croit. C'était moins risqué.

Quand il fut remonter, je fis craquer mon cou en penchant la tête à droite puis à gauche. Je ne sais pas ce que j'avais, j'étais tendue ces derniers temps. La fatigue sûrement. Et le stress peut-être. La situation du bar n'arrangeait rien. Je soupirai et posai ma tête contre le mur derrière moi alors que Matthew redescendait, complètement habillé cette fois. Je crois qu'il était temps que j'arrête de bosser.

Pour la première fois depuis qu'il était revenu, j'esquissai un sourire, alors que je le voyais faire une nouvelle fois preuve de cette galanterie qui manquait tellement aux hommes de nos jours. Ouais, me regardez pas comme ça, j'avais beau être un sacré garçon manqué sur certains aspects (vestimentaires notamment, et mon côté bastonneuse aussi sur les bords), j'en avais pas moins un put** de cœur de midinette au fond de moi que je m'efforçais de dissimuler autant que possible, allez savoir pourquoi. Il faut dire que j'avais grandi avec des garçons, j'avais forgé mon caractère et mon comportement en fonction des leurs. De celui de mon frère surtout. David était mon héros, mon modèle. Tout ce qu'il faisait, j'essayais de faire pareil. Non, j'essayais de faire plus encore. Mais égaler David, c'était juste mission impossible. Je n'avais absolument pas le même caractère que lui. J'étais le feu et il était la glace (avec un cœur de chocolat au milieu qu'il fallait trouver le chemin pour l'atteindre mais nous en avions eu la clef d'office)

Je repoussai le sol de mes mains pour me lever. Il fallait vraiment que j'achète un canapé très vite. En plus, pour Matthew, ce serait plus confortable que ce pauvre matelas gonflable qui risquait, en plus, de ne pas résister longtemps s'il venait à PV l'envie subite de planter ses griffes dedans. Mon dieu, pourvu qu'il ne le fasse pas en pleine nuit pendant que Matthew dormirait !

Mon regard s'écarquilla alors qu'il dévoilait les deux verres et la bouteille de vin.

- Merde Matthew, t'as acheté du vin ?

Alors ça, je n'en revenais pas. Du vrai ? La dernière fois que j'en avais bu, c'était dans ce resto de la haute où Nick m'avait emmenée. Du vin, par les temps qui courait, c'était un luxe, surtout dans la ville basse. Je relevai les yeux sur lui et le regardai presque avec une expression à la limite de l'émerveillement.

- C'est beaucoup trop, fallait pas ! Tu n'avais pas besoin de faire tout ça.

Ce midi, j'avais pensé qu'il me sortait le grand jeu, c'était faux. Ce soir c'était encore plus... mieux. Il avait levé son verre, comme pour trinquer et planter son regard dans le mien, sans ciller une seule seconde. Il avait des yeux si noirs, un regard si intense qu'il était difficile de savoir ce qu'il pensait. Mes yeux, à contrario était une véritable fenêtre ouverte sur mon esprit. Tout passait par là, mes pensées, mes émotions. David était pareil quand il était avec moi. Quand nous étions plus jeune, ses yeux trahissaient tout, et puis il avait appris à durcir son regard, à le rendre neutre, impassible, ou à exprimer quelque chose sur commande. Mon frère était le meilleur comédien qui soit, son métier le nécessitait. J'aurais bien aimé être aussi douée que lui. Mais j'étais impétueuse, comme le feu, je ne contrôlais pas mes émotions. Pas assez vite en tout cas.

Je levai mon propre verre moi aussi, pour trinquer avec lui. Et puisqu'il ne disait rien, je me décidai à prendre la prendre la parole.

- A notre cohabitation ?

C'est à dire qu'on n'avait pas tellement d'autre raison de trinquer. Je bus une gorgée de mon verre, le vin était excellent. Bon sang, qu'est-ce que j'avais fait pour mériter tout ça ? C'était... tellement trop pour une fille comme moi. Il me disait de profiter. Oui, d'accord, j'allais en profiter, mais tout de même.

- Il représente quoi ton tatouage ? Je baissai les yeux, un peu gênée, ne pouvait cependant pas m'empêcher d'esquisser un léger sourire. Je l'ai aperçu tout à l'heure.


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Matthew Derkins
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« A notre cohabitation oui. »

Autant trinquer pour quelque chose qui l’arrangeait elle et peut-être pas moi. Le vin descendit dans ma gorge avec plaisir, j’avais commencé à m’y intéresser chez mes vieux, si jeune me demanderez-vous, chose à laquelle je répondrais qu’il n’y a pas d’âge pour les plaisirs qui en valent la peine. En plus, le vin ici, je savais où le chercher. J’étais tombé sur ce magasin italien plus d’une fois dans la ville basse, l’endroit de payait pas de mine et personne ne s’y arrêtait mais pour ceux qui savaient… le patron était capable de réserver quelques largesses. Surtout quand on était capable de lui rendre quelques menus « services » qui pouvaient être salissants pour les mains… Buvant une nouvelle gorgée, mes souvenirs remontaient vers un des moments où il avait eu « besoin » de moi. Comment mon pouvoir avait certes été utile mais surtout ma capacité à me débarrasser des « poids » encombrants ensuite. La question d’Angela me ramena dans l’instant présent, alors que mes doigts étaient en train de jouer avec mes pendentifs : l’arbre de vie et un corbeau en argent, tous deux sur la même chaîne. Elle demandait pour mon tatouage, c’était légitime elle m’avait vu torse nu après tout. Mes doigts lâchèrent les pendentifs pour les remettre sous mon tee-shirt qui clamait haut et fort : « Sandwich Island » dans le dos et « Greetings from Hawaï » alors que je n’y étais jamais allé… Ecartant d’un doigt le col de celui-ci, je laissais entrevoir un morceau du dessin. Elle l’avait déjà vu en entier de toute façon, à part peut-être le corbeau qui formait le motif de l’épaule.

« C’est parce qu’en dessous, il y a une armure. Avant j’étais seul à le savoir mais maintenant, les gens peuvent en distinguer un morceau. »

Depuis les années passées à endurer mes vieux, depuis les moments difficiles dans la rue ou dans le dispensaire ; une armure avait largement eu le temps de se former sous cette chair. Je n’avais juste eu qu’à souligner d’un trait noir l’évidence. Laissant retomber le col gris de mon tee-shirt, je pris le plat dans mes mains et je commençais à la servir. PV laissait entendre ses ronronnements alors qu’il avait une nouvelle fois colonisé mon sac de sport. Quand elle m’eut remercié, je fis de même pour moi. J’avais occulté l’observation de sa chambre mais mes yeux, habitués à tout scruter, avaient tout de même vu… Le cadre posé sur le sol. Ainsi donc elle était prise ? Peut-être que je me trompais. Inspirant, sûrement plus fort que ce que je ne le désirais, je reposais le plat sur la table. Je mangeais rapidement, trop rapidement, mais ça c’était une de mes mauvaises habitudes qu’on me reprochait souvent. Se faisant, je me levais pour aller sortir les lasagnes juste chaudes du four les poser sur le plan de travail et commencer à les découper. Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce baiser que nous avions échangé… à croire que je souffrais d’un sérieux problème de manque… ou plutôt… c’était l’attrait pour la jeune femme qui en avait été la victime qui occupait tout mon esprit ? Je n’étais pas habitué à cela… Pas habitué à penser sans cesse à une fille. Mes yeux se posèrent sur elle à nouveau, sur ses cheveux blonds, sur ses grands yeux et sur ses lèvres qui formaient ce charmant sourire. Nos regards se croisèrent et, instinctivement, une fossette naquit sur ma joue alors qu’un sourire charmeur était en train de poindre. Je m’approchais d’elle, passant malgré moi dans son dos avant de me pencher pour prendre le plat qui contenait l’entrée.

« Souhaites-tu passer au plat ou dois-je te resservir ? »

Une chose ne manqua pas d’être faite : remplir à nouveau son verre de vin. Mon cou était penché au niveau de ses épaules, elle devait sentir le parfum que j’avais utilisé après la douche mais également l’odeur de la cigarette qui avait désormais sa place dans mon code génétique comme toute autre odeur corporelle. Lentement, je déglutis, histoire de me faire violence pour ne pas embrasser ce cou à la peau diaphane et qui était si délicatement fin dans la lumière de la cuisine. J’étais penché là et mon torse effleura son dos, causant par là une légère chaleur au niveau de mes joues ainsi sûrement qu’une légère coloration rouge qui, heureusement –du moins je l’espérais- ne devait se voir qu’à peine. Je me surpris à penser que j’avais envie qu’elle eût un mouvement de recul, pour pouvoir en profiter plus encore. Mais après ce qui s’était passé, elle était désormais prudente… et moi j’avais dit que je ne tenterais plus rien… Donc…

Fais-toi violence Derkins.


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Angela Foster
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Son armure. Alors lui aussi en avait une ? Question idiote, évidemment, qui n'en avait pas ? J'en avais une moi aussi. J'avais mes raisons pour ça, même si aujourd'hui, elles semblaient totalement dépassées. Je me demandais quelles étaient celles de Matthew. Mais ça avait forcément un lien avec son passé. L'histoire avec ses parents peut-être ? Moi, c'était la maladie, le fait d'être suspendue à un fil, d'être comme une grenade dégoupillée mais dont on avait oublié le compte à rebours. J'étais prête à "sauter", mais on ne savait pas quand. Du coup, je ne voulais pas que les gens s'attachent à moi alors que faisais ce qu'il fallait pour ça.

- Et le corbeau serait un peu comme ton emblème ?

Je me mordis la lèvre inférieure  aussitôt. C'était peut-être une question trop personnelle, ce n'était pas parce que j'allais le loger qu'il devait me raconter toute sa vie dans les moindre détails. Sans compter que j'avais une sorte de principe : peu importe ce que les gens étaient avant, ce qui importe, c'est ce qu'ils sont maintenant. Et j'essayais toujours de le mettre en pratique. Je crois que j'y arrivais pas trop mal d'ailleurs. Un peu trop bien peut-être ? Dans mes grandes idées, j'avais oublié qu'Alex était marié et qu'il pouvait toujours éventuellement ressentir quelque chose pour sa femme et ça m'était revenu en pleine figure. C'était peut-être mieux ainsi quand même ? Allez savoir ?

- Ne te sens pas obligé de répondre. En tout cas, c'est un très beau tatouage.

Quand on se focalisait sur le côté artistique du truc. Cela dit, la symbolique était très intéressante aussi.

J'en avais deux moi aussi, des tatouages. Et autant l'un était simplement placé dans le bas du dos et pouvait être visible un peu n'importe quand. Autant l'autre était planqué sous la ceinture de mon boxer. Autrement dit, il n'était pas près de le voir. Théoriquement.

L'entrée était un délice. Matthew était un bon cuisinier. Comme lui, je mangeais rapidement. Une mauvaise habitude que j'avais prise et que je n'avais jamais lâchée. Quand j'étais malade, je savais mon temps compté alors j'essayais de ne pas en perdre une miette. Et c'est peut-être idiot, mais les repas, et le sommeil étaient deux choses qui, à mon sens, étaient une perte de temps. Elles étaient nécessaires à la vie, oui, bien sûr, mais pendant ce temps là, je ne profitais pas du temps qu'il me restait. Il faut dire que je ne mangeais rien de très... disons que je mangeais pour manger, ça n'était pas forcément très bon. Qui sait, peut-être qu'avec Matthew et ses bons petits plats, j'apprendrais que manger était aussi un plaisir dont on pouvait profiter ?

J'étais en train de me détendre. Enfin, je commençais. Matthew ne montrait aucun signe de possible récidive, alors ça m'aidait. Peut-être que ça n'avait été qu'une seconde d'égarement ? Ou peut-être que ça ne signifiait strictement rien pour lui, que c'était juste un truc qu'il faisait, comme ça, aussi facilement que moi je pouvais prendre les gens dans mes bras ?

- Merci, ça va aller. En fait, j'ai hâte de goûter à tes lasagnes je crois.

C'est alors que je le sentis passer dans mon dos pour récupérer l'entrée et me resservir en vin. Il était tellement proche, je sentais son souffle dans mon cou et son torse frôlait mon dos. C'est bête, je commençai à me détendre ! J'eus un mouvement de recul, me redressant légèrement, ce qui eut pour effet de coller davantage mon dos à lui. Mais ça ne dura qu'une seconde avant que je ne m'en écarte comme si je m'étais brûlée. Merde, il fallait que j'arrête de déconner. Ca ne voulait rien dire. Quand bien même il était ce qu'il était avec les femmes, il l'avait dit lui-même, avec moi, ce ne serait pas pareil. Je n'avais rien à craindre donc !

- Où est-ce que t'as appris à cuisiner comme ça ? Tu sais que je vais vite m'y habituer si tu continues à faire la cuisine aussi bien !

Changer de sujet pour arrêter d'être parano, ouais, ça pouvait marcher.


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