2076. Côte est des Etats-Unis. Megalopolis est le centre névralgique d'une guerre géo-politique mondiale depuis qu'un attentat biologique en 2026 a divisé l'humanité en deux populations bien distinctes : ceux qui se battent pour le futur, et ceux qui font avec le présent.
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 [CLOS] [Maddie/Abel] Quitte ou double

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Maddison DeLuca
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Mai 2074


J'attendais cette opportunité depuis un moment. Mes faits de service avaient convaincu, j'avais la carrure et les compétences et de par mon expérience, j'avais gagné ma promotion avec brio. Et je n'avais envie de fêter ça qu'avec une seule personne. L'Underground se fichait pas mal de mon évolution personnelle. Maze et Reese voyaient tout juste ça d'un bon oeil. D'un côté, avoir un pied dans la police à l'Underground, ce n'était pas rien et Dean semblait prendre à nouveau le même chemin que moi. Cependant, ma présence au sein de Sliders diminuait. Logan était jeune, Elvis n'était pas fait pour ça... J'allais bientôt devoir trouver quelqu'un pour me seconder en mon absence afin de calmer les foules. J'étais la seule, finalement, sur qui reposait le quartier. Les autres avaient deux paires d'épaules. Et encore une fois, Logan était trop jeune et s'apprêtait à prendre son service. Il me fallait quelqu'un de disponible et de suffisamment impliqué. Mais il était hors de question que je quitte un de mes postes au profit de l'autre.

En sortant de mon annonce de promotion, j'avais envoyé un coursier vers un autre coursier pour déposer un message chez Abel. On était jamais assez prudent. J'aurais pu fêter ça avec mon co-équipier mais je n'en avais pas eu envie. Je voulais fêter ça avec quelqu'un qui comprendrait l'importance de ce que je faisais. Du moins, je l'espérais. C'était aussi une farce, après tout. Je l'avais rencontré alors que je sortais de mes épreuves. J'étais allée le voir lorsque j'avais été engagée officiellement, en uniforme et compagnie. Il me semblait naturel qu'il soit le premier à savoir que j'étais devenue référente et formatrice. Et ce, malgré mon caractère tout feu tout flamme. Je m'étais battue pour ça et j'en étais fière. J'avais le temps de monter les grades. Du moment qu'on me laissait agir dans la rue...

Un simple message "Il faut que je te parle" avec l'adresse d'un hôtel et d'un numéro de chambre en ville haute, lui transmettant le pass pour y accéder. J'étais sûre qu'ici, nous serions tranquilles, que personne ne viendrait nous chercher ici. C'était trop loin et bien éloigné de nos "habitudes". Et puis je voulais que ce soit spécial. Je m'étais donc mise sur mon 31, une belle chambre avec une bonne bouteille au frais. Il fallait m'imaginer dans cette robe noire, pieds nus, à tenter de comprendre ce qui était écrit sur l'étiquette de la bouteille. D'habitude, c'était Reese qui ouvrait ce genre de choses. Lumière tamisée, je m'étais même coiffée et maquillée pour l'occasion ! Il fallait l'avouer : la semaine avait été longue et dure, j'étais fatiguée. Skandar nous avait encore dégotté un chat errant qui faisait tourner Reese en bourrique. Et moi, par la même occasion. A tel point que je n'avais quasiment plus donné signe de vie à l'extérieur de l'Underground, en dehors de mon travail. Nuit et jour, je travaillais ou je m'occupais de notre nouvelle recrue. Aider un pouvoir à se manifester n'était pas de tout repos. Mais j'étais la meilleure dans ce domaine, alors... Néanmoins, meilleure ou pas, je n'avais toujours pas réussi. Sam était amnésique, ce n'était pas comme si je devais lui apprendre à s'en servir, comme je le faisais avec les autres. Mais si je ne trouvais pas une solution dans la semaine suivante, Reese me tomberait dessus avant de la mettre dehors, quoi qu'il arrive.

Des menaces. Mais il ne le ferait pas, bien sûr. Quoi qu'il en soit, j'avais besoin d'une soirée. Une vraie. Pour moi. Et je ne pouvais penser qu'à Abel pour ce genre de choses. Mais encore une fois... C'était sans compter sur le degré de surprise que représentait Abel.



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Abel Henoch
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Abel était sur les dents. La mission d’infiltration était en cours depuis trop longtemps. Eve connaissait le programme aussi bien que si c’avait été elle, la première concernée par cette mission. Elle en avait préparé les détails autant que lui. Ca n’avait été qu’un atroce concours de circonstance que ce soit finalement Eve et non Gen qui avait été laissée sur place. Le souvenir du corps sans vie de sa soeur était encore très vivace dans l’esprit d’Abel, mais il était un agent, il avait une mission. Il avait fait le choix de préserver cette mission, sachant que sa soeur aurait fait de même. Et contrairement à ce que Garin avait braillé, il ne l’avait pas fait de sang-froid. Mais il faisait front, il avait mis l’intérêt des autres avant le sien. Et avoir un blondinet insipide pour l’accuser d’être insensible ne l’aidait pas le moins du monde.

Il pensait cependant que les choses devaient bien se passer. S’il y avait un problème, il pensait qu’il l’aurait su. Maddison lui aurait sauté à la gorge si elle avait pu piéger Eve. Ou elle l’aurait contacté pour parle d’un problème survenu à l’Underground. Elle le faisait tout le temps. Si en plus il y avait eu un mort… Elle aurait appelé. Elle…

Le téléphone vibra dans sa poche. C’était un de ses contacts. Extérieurs à Libération, ils lui servaient d’intermédiaires pour les messages. Ils ne savaient pas qui il était, ne demandaient rien, tant qu’il payait…
Il n’avait guère autre chose à faire pour la journée, il décida donc d’aller récupérer son message. Il prit sa moto et fit la route jusqu’à Megalopolis. Il ne se demandait pas vraiment ce que cela pouvait être. Le coursier était un repère pour plusieurs de ses contacts en ville - approvisionnement, matériel, Richard, Maddison… - aucune raison de s’inquiéter.
Mais une fois le message en main, il fronça les sourcils et mit les gaz pour arriver au plus vite. C’était Eve. Ca ne pouvait être qu’elle. Il n’imaginait aucune autre raison pour que Maddison le convoque de la sorte. Eve s’était découverte ? Elle était prisonniere ?
Il monta à la chambre, sur le qui-vive. Son arme était avec lui, bien qu’il fut dans la ville haute, il avait réussi à ne pas s’en séparer. Et pour affronter Maddison prête à en découdre…

Il fit l’inventaire des issues en remontant le couloir, scrutant l’objectif : la porte de la chambre. A mesure qu’il s’en rapprochait, il se tendait, tel un arc prêt à décocher. Il ouvrit la porte, assez brusquement et entra d’un pas décidé. Mais le décor n’avait rien de ce qu’il avait imaginé. Il fronça les sourcils, pas forcément heureux de ce changement de programme.

« Qu’est-ce que… » Et puis ses yeux tombèrent sur Maddison, sur son 31. Il marqua un temps d’arrêt. La vue était enchanteresse. A dire vrai, elle était même à couper le souffle. Littéralement. Il déglutit et eu un petit mouvement de tête, ce qui était les manifestations les plus massives de son trouble. « Il se passe quoi ? »


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Maddison DeLuca
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J'ai sursauté à son arrivée, le bouchon de la bouteille m'échappant pour viser Abel qui ne manquerait pas de le rattraper dans un de ses réflexes exceptionnels. J'ai écarquillé les yeux à la surprise mais très vite amusée par l'expression sévère d'Abel, j'ai souri. Et j'ai laissé traîner le suspens. J'étais plutôt fière de mon effet. J'ignorais à quel point je me trompais mais j'aimais à penser que s'il m'arrivait quelque chose, Abel accourrait de la même façon. Et je n'avais pas songé qu'employer le rif "Il faut qu'on parle" génèrerait une telle réaction de sa part. De ça... j'étais fière. A tort, mais je l'étais quand même. Inconsciemment, il était possible que je le teste. Je crois bien que c'était ce que je faisais, dans une certaine mesure.

– Il se passe que...

Dans un sourire espiègle, j'ai tiré la langue d'application en versant un peu d'alcool doux festif dans un verre, puis dans un autre pour lui tendre. Cette tenue contrastait très clairement avec qui j'étais, et ce que j'étais. Par conséquent, ma gestuelle conservait sa masculinité sans même que je m'en rende compte. Je me suis retournée vers lui, une main sur une hanche et j'ai dodeliné de la tête, en bonne hispanique d'origine que j'étais, qui plus est. J'ai levé mon verre vers lui, des plus fières.

– Tu as devant toi un officier référant de la police de Megalopolis depuis 17h. En charge des nouvelles recrues. Les officiers de base vont devoir me baiser les pieds s'ils veulent que je passe quelques détails de leurs rapports sous silence comme leurs petites escapades dans les ruelles... - Je me suis rapprochée de lui, plus féline. - Ce qui veut dire que cela fait deux ans que je suis là. Par conséquent, deux ans que... - J'ai joué au petit bonhomme qui monte sur son torse avec une petite voix - Toi et moi... - J'ai fait une moue en roulant des yeux et agité ma main en l'air. - Oui, bon, par intermittence mais qui compte ? - J'ai reporté ma main à sa nuque pour venir l'embrasser tendrement avec un léger sourire avant de reprendre d'une voix basse - On peut en profiter jusqu'à 11h demain matin. Je voulais fêter ça avec toi. Ne t'en fais pas pour les vêtements, ce n'est pas grave si tu n'es pas en costume... Je n'ai pas prévu que tu en aies réellement besoin. Viens voir !

J'ai sursauté, le visage illuminé, en lui prenant la main pour qu'il me suive, posant mon verre sur une table de nuit alors que j'ouvrais la porte de la salle de bain. J'avais mis les moyens. Cette promotion, je l'avais voulue. Evoluer, je le souhaitais plus que tout. Je restais officier en service, sur le terrain, en Ville Basse. Je ne couvrais pas plus de terrains, mais j'avais plus de responsabilités vis à vis des officiers en faction. Une part de moi aimait le pouvoir. Sûrement était-ce cette même part qui affectionnait autant Abel. Le pouvoir. Il le détenait. J'aimais aussi à croire qu'il ne l'exerçait pas sur moi. Devant le spectacle de cette immense salle de bain dont la location pour la nuit m'avait coûté près d'un mois de salaire... J'ai soupiré, posant ma tête contre son épaule. Claire, lumineuse, propre, une véritable salle de bain comme Abel et moi n'en connaissions plus depuis... Sûrement comme nous n'en avions jamais connu.

– J'en rêve depuis que je suis entrée tout à l'heure. Il paraît qu'elle fait des bulles et de la mousse sur commande en fonction du parfum demandé. C'est de l'eau chaude. Sans limite de temps. Pas de ballon d'eau, pas de tuyaux défaillants, personne pour venir frapper en dehors du room service et pour l'instant je n'ai rien commandé. Tu n'as pas idée de al force qu'il m'a été nécessaire pour faire preuve de patience et t'attendre pour plonger là-dedans... Il y aurait même de la place pour trois, là-dedans, tu te rends compte ?! - J'ai soupiré en fermant les yeux. Il était là, j'étais bien et je pouvais enfin commencer à me détendre - La semaine a été des plus éprouvantes. Celle d'avant aussi. Tout le monde s'énerve pour rien, ils me fatiguent à croire que je suis capable de deviner les pouvoirs des gens. Je commence à avoir du mal à concilier ma vie et mon travail. J'avais besoin d'une pause. Je me suis sentie bien injuste de ne pas t'en faire profiter.

J'ai relevé le menton vers lui avec un sourire, resserrant ma main autour de son bras, amoureusement.

– Qu'est-ce que t'en penses ? J'ai bien fait ?



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Abel Henoch
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Il considérait Maddison d’un air sévère, mais ne fut pas le moins du monde surpris par le départ du bouchon qu’il attrapa effectivement au vol. Et puis elle prit son temps pour répondre. Un temps qui lui parut infini. Il était impatient et inquiet - même s’il ne l’avouerait pas - de savoir le motif de sa convocation à l’hôtel. Il voulait savoir ce qui était arrivé à sa soeur. Il était sur que Eve avait pu aller trouver Maddison en cas de besoin et si c’était le cas, Maddison l’aurait appelé. Ce qui était le cas. Et si Maddison avait décidé de le trucidé pour avoir infiltré un des siens dans l’Underground, elle ne se serait sans doute pas mise dans cette tenue… Bon sang, mais elle allait accoucher oui ?!

Et quand elle se décida à ouvrir la bouche, ce fut pour une déconvenue majeure. A mesure que la jeune femme débitait son petit discours, son expression se ferma progressivement et se durcit par la même occasion.

« Donc juste… Tu as eu une promotion… »

Elle le laissa l’entrainer jusqu’à la salle de bains de la chambre, dont la location avait du lui couter un rein. Pourtant, il était dans un tel état qu’il n’était absolument pas à même d’apprécier le soin qu’elle avait mis à lui préparer cette surprise. Et combien cela avait pu lui couter. Il n’avait qu’une seule chose en tête : le motif de leur rencontre aujourd’hui n’était que personnel. Rien a voir avec leurs rôles respectifs dans leurs groupes, rien à voir avec leurs activités clandestines, rien à voir avec Eve…

Il serra les mâchoires, s’efforçant de respirer calmement, de compter jusqu’à 100 pour ne pas exploser d’énervement. Maddison n’était pour rien dans ce qui l’agaçait, mais il n’avait pas la tête à se réjouir pour elle, encore moins à se réjouir pour quoi que soit. Garin lui cassait les pieds avec le fait qu’il avait laissé Eve inconsciente, peut être blessée, sur place. Comme si Abel ne s’inquiétait pas assez lui-même…

Elle finit par lui demander ce qu’il en pensait. Si elle avait pris la bonne décision en lui préparant cette petite surprise. En temps normal, il aurait sans doute adoré ce genre de surprise, et se serait fait un plaisir de lui faire découvrir les joies des baignoires haut de game - et les découvrir lui-même par la même occasion.

Mais pas là.

Il finit par la planter sur le pas de la porte de la salle de bains et retourna dans la chambre, d’un pas mesuré mais clairement mécontent, les mains sur les hanches. Il se passa les mains sur les lèvres et finit par l’écarter dans un geste d’impuissance en lui refaisant face.

« Tu m’as fait venir en catastrophe… pour fêter ta promotion. Juste ca. » Il secoua la tête, comme si elle venait de lui raconter que les poules avaient des dents - jamais réussi par les généticiens, pourtant...


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Maddison DeLuca
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Interloquée par sa froideur, j'ai froncé les sourcils en le laissant faire sa vie, sans réagir. Ma main a glissé de son bras alors qu'il s'éloignait et je l'ai dévisagé sans comprendre. Peut-être avais-je "testé" la réactivité d'Abel mais jamais je n'aurais cru qu'un tel message, somme toute assez banal, l'aurait "fait venir en catastrophe". Alors, j'ai cligné des yeux, interdite avant de hausser les épaules.

– Et bien... Oui, j'avoue, juste pour ça. Je viens te le dire, j'avais envie de le fêter avec quelqu'un et j'avais besoin de me reposer alors je t'ai appelé. Tu croyais que c'était pour quoi ? Tu t'attendais à ce que je te parle de quoi ?

Car, visiblement, il s'était attendu à tout... Sauf à ça. Et s'il avait été soulagé que je ne songe pas à le rayer de ma vie, il en aurait été soulagé. Or, je commençais à le connaître et je savais que cette expression n'était pas du soulagement. Mais de la colère. En réalité, j'ai même cru qu'il allait me sauter à la gorge. Oui, je commençais à le connaître. Et ces deux dernières années n'avaient pas toujours été sous le signe du roucoulement. Il y avait même eu certaines périodes de silences, parfois bien longues. Mais nous nous étions toujours retrouvés, comme au premier jour. A croire que certaines choses ne pouvaient nous atteindre. Alors qu'est-ce que cela pouvait bien être, cette fois-ci ? Je me suis approchée de lui, curieuse.

– Il y a quelque chose que tu voudrais me dire ? Parce que je t'assure que mon message n'avait pas pour but de te faire débarquer en catastrophe. J'ai juste fait concis... C'était une surprise. Je sais que je n'ai pas répondu à ton message la semaine dernière, mais je viens de te le dire, c'est compliqué en ce moment, je n'ai pas eu le temps. Et surtout, je suis surveillée en ce moment. Je suis désolée si tu as cru autre chose.

Je voulais ma voix calme et basse. Il me semblait à cran depuis qu'il était arrivé. Non pas que je m'attendais à ce qu'il me dise pourquoi mais je n'entendais pas être le défouloir de sa mauvaise humeur.

– Qu'est-ce que tu as ?



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Abel Henoch
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Il lui jeta un regard dur en carrant les épaules. Il lui arrivait parfois - souvent - de l’envier. Maddison avait une vraie vie. Elle avait eu une famille, une maison, même si ça n’avait pas été parfait. Elle avait été à l’école. Elle avait pu choisir un métier. Elle s’était fait des amis, des ennemis. Elle avait vécu beaucoup de choses différentes. De fait, elle voyait d’autres choses à faire dans ce monde que de survivre.

Et lui ? Il avait quitté sa famille pour la protéger, obligé de grandir vite pour survire. Il avait appris la rigueur, la solitude. Il avait appris le travail, l’entrainement. La souffrance aussi. Et il avait appris que le monde n’étais qu’une vaste mission. On lui avait imposé une fonction. Il avait eu des alliés et des adversaires. On lui avait enseigné que le danger était omniprésent. D’abord parce qu’il avait été envoyé en terrain hostile. Et maintenant qu’il avait déserté du MSS, c’était encore plus vrai. Pour lui, il n’y avait pas de vacances à proprement parlé. Il était un agent. Il ne savait faire rien d’autre.

« A ton avis ?! On ne vit pas une vie tranquille, peinards au coin du feu. On ne travaille pas dans un bureau paisible où le plus gros problème, c’est quand il n’y a plus de papier dans la photocopieuse ! » Il poussa un soupir énervé.

« Je m’attendais à quoi... » Il secoua la tête. « A ce que tu aies eu des soucis avec ta petite bande, qu’ils se soient approchés de Liberation, qu’il y ait un mort dans l’Underground, que tu te sois blessée au travail, qu’en sais-je ! » L’idée qu’elle ait pu vouloir rompre aussi ne l’avait pas effleuré. Pour lui, le jour où ils ne voudraient plus se voir, ils arrêteraient de s’appeler. Sans autre cérémonie. A quoi cela servirait ?

Il serra les lèvres en écoutant ses explications, simples. Elle n’avait vraiment pensé à rien d’autre que de lui faire une surprise. Douce Maddison et sa part d’innocence. Elle lui ferait sans doute un sort si elle pensait qu’il la voyait ainsi, mais comment pouvait-il en être autrement ? Ils ne vivaient pas exactement dans le même monde, et si celui de Maddison n’était pas un champ de fleurs couvert de papillons, il n’avait pas non plus la noirceur de celui d’Abel.
Et elle voulait savoir pourquoi il réagissait de la sorte… Que sais-je avait-il dit… En fait il savait. Il avait craint - espéré - que ce soit à cause d’Eve. Mais pouvait-il seulement le lui dire ? Dans quelle mesure la mission était-elle déjà compromise qu’il puisse griller la couverture de sa soeur ? Le fait qu’elle ne lui ait encore pas donné de nouvelles était déjà un signe en soi…

Il poussa un nouveau soupir en secouant la tête. Le nez bas, il la regarda par en-dessous. En l’état, il avait tout de l’agent en plein interrogatoire.

« Il ne s’est rien passé de spécial à l’Underground dernièrement, alors ? » demanda-t-il en tachant de contrôler le ton de sa voix pour ne pas être agressif. Il y réussit relativement bien, mais la tension se sentait dans son ton.


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Maddison DeLuca
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Je n'ai pas compris tout de suite pourquoi mon coeur s'est emballé. Je ne souriais plus. En réalité, mon regard ne le quittait plus. Le souffle court, je l'observais en comprenant que quelque chose se passait, en cet instant, mais j'étais incapable de savoir encore quoi. Seul mon instinct me guidait, une nouvelle fois, anticipait d'une certaine façon ce qu'Abel s'apprêtait à me dire ou non.

– Non ! - J'ai froncé les sourcils en répondant, un peu vivement, à ses inquiétudes - Bien sûr que non ! Et qu'est-ce que ça aurait changé ? Et je me blesse tous les jours au travail, je suis dans les rues, je ne suis pas dans les bureaux, tu te souviens ? C'est ma vie d'être blessée mais jamais ça n'a semblé te déranger avant.

Mais son regard, sa façon de se tenir, il se retenait d'exploser. Et puis j'ai repassé les derniers jours à l'Underground dans ma tête, les lèvres pincées, sans le quitter des yeux. Il avait couru jusqu'ici pour quoi exactement ? Mon instinct d'anticipation s'est agité dans ma tête un peu plus et j'ai senti une chaleur m'envahir la poitrine.

– Si...

Ma poitrine s'est soulevée en une hésitation. J'ai ouvert la bouche mais je n'ai rien dit. je n'avais pas la moindre idée de ce que c'était mais tous mes sens étaient en alerte et j'avais horreur de ça. Etait-ce parce que je commençais à le connaître ? Etais-je sensible à lui plus que je ne le pensais ?

– Nous avons une nouvelle recrue. Mais involontaire. Un de nos hommes l'a trouvée dans la rue après qu'elle vienne de se faire tabasser. Il les a fait fuir et a ramené la gamine chez nous pour la protéger contre indication. Tout l'Underground est sur le qui vive depuis parce que personne ne sait qui elle est, d'où elle vient, ni ce que ces hommes lui voulaient. Et surtout qu'il s'avère que c'est une sacrée caractérielle qui en fait baver à tout le monde. Moi y compris depuis plus d'une semaine. - J'ai serré les dents, contrôlant mon timbre de voix autant que lui - Donne-moi une bonne raison de répondre à ta question en toute confiance. - J'ai eu un rire nerveux en m'approchant de lui - Et n'essaye même pas de détourner le sujet, je te connais. Qui est-ce ?



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Abel Henoch
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Sa maitrise de lui en prenait un sacré coup quand elle lui demanda ce que ça aurait pu changer. Si il n’imaginait pas la notion de rupture, il savait par contre ce qu’était de tenir à quelqu’un et de s’en inquiéter. Cela faisait plusieurs jours qu’il se faisait un sang d’encre. Mais sa capacité à cloisonner rigoureusement entrainée faisait que personne n’aurait pu s’en douter. Enfin si… Eve, mais elle n’était évidemment pas là pour le voir - sinon il ne serait pas inquiet. Et dans une certaine mesure, Maddison, peut être. Il n’avait jamais été vraiment proche de quelqu’un d’autre, et pour épisodique qu’était leur relation, elle n’en était pas moins intense. Alors lorsqu’elle remit en cause ce qu’il pouvait ressentir, il y vit inconsciemment un moyen de relâcher une partie de sa tension.

« C’est que tu n’as pas du bien regarder alors ! Tu crois que ce sont des choses que je n’ai jamais envisagées ?! Quelle genre de question a pu me traverser l’esprit quand tu restais silencieuse pendant des semaines ?! » Il serra les lèvres en réalisant qu’il ne s’était jamais dévoilé autant, même avec elle. Surtout avec elle. S’attacher à quelqu’un était exclu quand on faisait ce qu’il faisait. Et quand en plus il s’agissait… de l’ennemi ? Non c’était trop fort… D’un adversaire ? Un opposant ? Ils n’étaient pas du même bord, toujours. Peu importe ce qu’il pouvait ressentir pour elle, ils avaient des points de vue irréconciliables. Et à n’en pas douter, ce jour serait sans doute celui où leur deux mondes se confronteraient pour la première fois.

Le fait de s’être arrêté dans sa diatribe remis un coup de pression. Il se mit à tourner facon fauve en cage, jusqu’à ce que Maddison comprenne. Elle était intelligente, il le savait depuis le début. Il lui coula un regard noir, qui se transforma à mesure qu’elle parlait. La description du caractère était bien celle de sa soeur, mais pourquoi cette comédie ? Et quand bien même elle aurait inventé une amnésie pour sa couverture, ça ne l’aurait pas empêchée de communiquer par les canaux prévus en ville et sur les réseaux par Jericho.
Non, rien ne l’aurait détournée de sa mission, il la connaissait trop bien. L’évidence était donc là : Eve était véritablement amnésique.
Sal colère se dégonfla pour devenir une réelle préoccupation, qu’il ne cacha pas. Il se recula et fit quelques pas en direction de la fenêtre où son regard se perdit sur l’extérieur sans rien voir pendant qu’il réfléchissait. Et puis il réalisa que Maddison lui avait posé une question. Il releva la tête et prit une inspiration avant de lui faire face. Que pouvait-il dire ? Son expression avait repris sa dureté, mais n’était plus teinte de colère. Il était redevenu l’agent froid et déterminé qu’il était.

« Ca ne te concerne pas. » Hem. Si un peu. Mais lui était déjà dans la perspective d’exfiltrer Eve. Peut être que Garin daignerait l’aider, pour cette fois… Et ça, effectivement, Maddison n'avait rien à y faire. Cloisonner. C'était la clé.


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Maddison DeLuca
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Jusque là, tout allait bien. Ou tout du moins, nous avions réussi à éviter le pire. Ce qui était déjà un miracle en soi. Près de deux années entières s'étaient écoulées et il m'avait rarement semblé avoir le leader de Liberation à mes côtés. Un mec un peu timbré, oui. Dur, sévère, pas forcément très drôle, aussi. Mais j'avais été habituée à ces constipés de la communication bien avant lui. A commencer par feu mon père. Et bizarrement, ça m'allait toujours. La réserve, c'était un bon moyen de survie, c'était un garde fou à la destruction des relations, selon moi. Mais quelque chose me disait que ces réserves là étaient en train de s'effondrer.

Il s'est insurgé et j'ai pincé les lèvres. Non, il ne m'avait jamais par évident qu'Abel s'inquiétait. Ni pour moi, ni pour les autres d'ailleurs. Cependant, je le savais extrêmement protecteur envers Liberation, ce que je pouvais totalement comprendre, j'étais pareil avec l'Underground, après tout. C'était même la base de notre opposition, après tout. Mais oui, il m'était arrivé de cesser toute communication avec lui et pendant des mois. J'avais eu besoin de réfléchir et de m'éloigner. Je n'avais juste rien dit, j'avais tout simplement... Arrêté de répondre. Ses "appels" étaient demeurés assez rares et irréguliers, il avait simplement dû chercher à me joindre lorsqu'il en avait eu besoin. Autrement dit : pas parce qu'il s'inquiétait. C'était assez étrange mais la notion même d'inquiétude entre nous ne m'avait encore jamais frappée comme une évidence. Mais il savait que plusieurs mois sans rien dire ne me ressemblait pas, quand bien même notre relation était des plus... "anodines" ? Non, détachée. J'ai pris son inquiétude comme une remontrance, je n'ai pas fait la maligne mais je ne regrettais et je ne m'en serais pas excusée. D'autant que ce qui n'était pas dans ses habitudes à lui, c'était de se dévoiler de la sorte. Alors, forcément, quand il m'a "repoussée", je l'ai pris comme une insulte.

– Ca ne me concerne pas...

J'avais répété ses paroles dans un souffle car je n'y croyais pas. Il me disait que ça ne me concernait pas, en gros, que ce n'étaient pas mes affaires. Cette petite peste courrait à travers tout l'Underground avec un Skandar en bracelet électronique pour accéder à tout, même ce qu'elle n'avait pas le droit, Reese nous pétait une durite tous les jours parce que ceci ou cela ne fonctionnait pas, simplement parce que Sam avait encore fait des siennes et testait sa résistance et sa patience, Echo enchaînait les "mauvaises nouvelles" à chaque analyse et je n'avais rien de mieux à offrir qu'un "même joueur joue encore" chaque soir lorsque, de toute évidence, nous n'avions toujours pas trouvé de quoi elle était capable. Nos pouvoirs, c'était la condition, la première, imparable et inévitable pour rejoindre l'Underground. Nous nous devions de savoir de quoi chacun était capable et comment, nous étions là aussi pour apprendre et pour nous protéger les uns les autres, pour faire valoir nos capacités extraordinaires et les mettre au service du bien. Je vous entends rire au fond de la salle mais je voudrais pouvoir vous imaginer deux secondes à notre place.

Je me sentais à deux doigts d'exploser. Je sentais mon coeur accélérer, la chaleur me monter aux joues, le noir aux yeux, les dents se serrer. Je me fichais pas mal qu'il me "gronde" parce que j'avais pris du recul sur lui, notre relation et ma vie tout entière pendant plus de 4 mois. Parce que ce n'était rien comparé à l'orage que je m'apprêtais à abattre sur lui pour son affront. J'ai fait quelques pas vers lui, contournant le lit, le regard vissé sur lui et le visage sévère.

– Alors commence à envisager ce genre de question dans ton esprit et le fait que je pourrais être bien plus silencieuse encore. - Ma voix est montée d'un ton - Si l'on apprend que j'entretiens une relation amoureuse depuis deux ans avec un membre de Liberation - Un ton de plus - Qui plus est son leader - Encore un décibel, appuyé par un index pointé vers ma poitrine - C'est MA tête sur le billot ! - Et j'ai rebaissé la voix d'un cran, sans desserrer les lèvres - Ces précautions, toutes les supercheries, toutes les pirouettes pour que jamais personne ne sache et ne puisse faire le lien entre toi et moi pour VOUS protéger ! Toi et ta bande de fous furieux prêts à tout pour mettre le feu à Megalopolis ! - J'ai fait un nouveau pas vers lui, à la limite de la menace avec une voix glaciale d'outre tombe - Si c'est un membre de Liberation - Ma voix a éclaté une fraction de seconde en grondant comme le tonnerre... - Et ne me mens PAS, Abel, tu aurais tort de m'insulter un peu plus ! - ...avant de reprendre sur un timbre froid - Si c'est un membre de Liberation qui s'est infiltré chez nous et je ne vois pas ce que ça peut être d'autre à la vue de ton regard, dis-toi que je suis la seule personne grâce à laquelle on ne te rendra pas ton bien avec la tête sur un pic au pied des marches de ton saloon en guise d'avertissement pour les suivants. Le cul entre deux factions, c'est le MIEN ! Tu as une poignée d'hommes à ta garde, c'est TOUTE UNE COMMUNAUTÉ qui compte sur moi ! S'il y a un danger, ça me regarde. S'il y a un de tes loups dans ma bergerie, ÇA ME CONCERNE !

J'étais proche de lui, à présent et jamais je n'avais été aussi sérieuse que la première fois que nous nous étions rencontrés et où nous avions clairement annoncé nos différends pour ne plus jamais en parler. Ma main tremblait et mon regard dans le sien, j'ai un peu plus pincé les lèvres. Techniquement, je me retenais. Je ne pouvais pas m'en prendre à lui si je n'en savais pas plus, c'était inconsidéré. Un des membres de Liberation avait dû apprendre notre relation et m'avait suivie depuis chez lui, avait imaginé un subterfuge et à présent, j'allais simplement attraper Sam et laisser la forme de son corps dans un des murs de l'Underground pour avoir essayé de tous nous rouler. Non, à cet instant, je n'avais pas imaginé une seconde, pas une seule, que Abel avait pu être celui qui avait missionné le dit loup. Alors j'ai repris un timbre plus attentif et patient. Le pire dans ma colère montante était sûrement de ne pas me rendre totalement compte de ce que je disais. Ou du moins, de ne pas avoir le garde fou habituel pour mesurer mes paroles. Elles me venaient... Comme je les pensais et sans retenue. Mais j'avais rarement eu l'occasion de me retrouver en face de Abel Henoch, le Leader de Liberation. Et si je me trompais ? Et s'il s'agissait seulement d'un de ses contacts et ou d'une des cibles de ses missions ? Je n'en savais rien. Mais quelque chose me disait que son inquiétude, mise à nue - ou presque - de la sorte que ce soit pour moi ou pour quelqu'un d'autre, n'avait rien à voir avec une simple mission... Non, il y avait de fortes chances que pour la première fois, nous ne soyons pas dans notre rêve éveillé mais bien dans la réalité de nos deux mondes opposés.

– Me dire la vérité est la seule façon pour moi d'assurer un sauf conduit et d'éviter une guerre civile avec Megalopolis en guise de champs de bataille et Waleman en arbitre. Je répète ma question. Qui est-ce ? Comment est-elle arrivée chez nous ?

Froide et calculatrice, sévère, strict mais juste, je lui rappelais que moi aussi... J'étais une leader entraînée.



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Abel Henoch
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l n’avait pas vraiment imaginé que Maddison en resterait là. Il l’avait espéré, bien sur. Mais il la connaissait assez pour savoir qu’elle ne s’arrêterait pas avant de savoir. Comme elle venait si bien de le dire, elle avait toute une communauté derrière elle. Non pas qui comptait sur elle - nul n’était irremplaçable lorsqu’il s’agissait de faire vivre une société - mais à qui elle devait rendre des comptes. C’était une responsabilité immense qu’elle avait sur le dos, et elle serait tenue responsable s’il se passait quelque chose.
Mais ce n’était pas ça qui le fit ciller. Tout ça, il le savait déjà. Il l’avait déjà anticipé en préparant la mission. Evacué les moindres détails. Prévu la moindre éventualité. Il avait cloisonné. Maddison ne lâchait pas grand chose sur l’Underground, mais il savait qu’ils se pompaient les infos mutuellement. Mais ce n’était pas assez. Pour atteindre le gamin en premier, Liberation avait besoin de savoir exactement où en était l’Underground. Malgré tout ce que sa relation avec Maddison pouvait représenter, il avait une mission. Il fallait cloisonner et avancer outre. La seule chose qu’il n’avait pas anticipée était cette amnésie, qui avait redistribué les cartes de la pire des façons.

Non ce qui le fit ciller, c’était ces deux mots mis ensemble. Relation. Amoureuse. Asséné ensuite par son identité de substitution. Elle ne l’avait jamais appelé par ce nom là du moment où il lui avait dit qui il était. Jamais. Pourquoi maintenant ? Cela érigeait un mur entre eux comme il n’en avait jamais existé. Il savait qu’il y avait des barrières, des obstacles. Infranchissables, certes. Mais ils laissaient assez d’espace pour qu’ils se voient. Le mur que Maddison venait de poser entre eux avait un caractère définitif et implacable.

Il avait l’impression qu’il allait exploser. Le danger n’était pas pour l’Underground. Un groupe où Positifs et Negatifs vivaient ensemble n’était pas une cible. Ils n’allaient pas assez loin, mais ils n’étaient pas une cible.

« Au moins je saurai quand et pourquoi tu auras décidé de disparaitre ! Je survivrai, avec ou sans toi ! Ca me changerait, tiens ! » Il eut une grimace mauvaise. « Je me moque que tu protèges mes hommes, ils sont assez grands pour se débrouiller seuls, ils connaissaient les risques en me rejoignant et comme tu l’as bien dit, on n’est pas nombreux ! Alors épargne moi ton cinéma ! » Il se rapprocha d’elle d’un pas, ça voit montant en volume comme une vague prend de l’ampleur avant de déferler et de broyer tout sur son passage. « Tu crois que je n’ai rien fait pour empêcher qu’on découvre notre relation ?! Tu crois que j’en ai à carrer quelque chose de ce que les autres peuvent me faire s’ils découvrent ce qu’il se passe entre toi et moi ?! » Sa voix monta d’un ton encore lorsqu’il poursuivit, et un grondement sourd se fit entendre dans la salle de bains - une conduite d’eau vibrait. « C’est TOI que je protège en nous protégeant ! » Depuis le premier jour où Libby l’avait trouvé en charmante compagnie, il avait gardé en tête l’image de Maddison, une balle dans le front et Libby de l’autre côté du fusil. Il savait que Maddison était une faille, et il savait que Libby prendrait cette décision. Cette certitude faisait péter les digues de sa colère. Et dans la salle de bains, le grondement continuait, mais n’emplifiait pas : au moins il se contrôlait encore. « Mes hommes n’ont rien à perdre, ils ont tout accepté en venant ! JE n’ai rien à perdre ! Mais si n’importe qui à Liberation découvre ce qu’il y a entre toi et moi, TU es MORTE ! TOI ! Personne d’autre ! » Enfin si, lui aussi, probablement, s’il décidait de se mettre entre Maddison et la balle.

« Ca ne te concerne pas, parce que si je te dis quoi que ce soit, c’est notre relation qui sera en jeu ! Tu ne PEUX PAS t’impliquer là dedans ! JE ne peux pas t’impliquer ! Quant à ce qui arrivera à Eve, elle connait les risques, même si elle ne s’en souvient plus ! » Un claquement se fit entendre dans la salle de bains puis ce fut le silence.
Il réalisa trop tard ce qu’il venait de dire. Il carra les épaules et se redressa de toute sa hauteur, plus agent que jamais. Il regardait Maddison, déterminé. Il ne regrettait aucune de ses décisions. Il savait ce qu’il avait fait, et pourquoi. Il savait depuis deux ans qu’il ne pourrait pas tout avoir. Il n’avait jamais tout eu. Il avait toujours fait ses choix en connaissance de cause. Mais il avait le sentiment qu’ils venaient de passer un point de non retour.


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Maddison DeLuca
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Je n'ai pas reculé. Pas d'un pas. Du moins, pas au début. J'ai écouté son sermon, mes yeux dans les siens, comprenant durement que nous y étions. Nous avions réussi à éviter tout ça pendant deux ans mais cette fois, nous étions au coeur de la tempête. J'avais refusé d'y croire, je nous avais protégés de tout ça, bien plus encore que je nous avais protégés de nos factions. Je me suis rendue compte de ce que j'avais dit mais j'ai soigné ma réaction afin de ne pas le montrer, espérant que quelque chose percuterait alors chez lui. Mais pas à un seul instant je n'ai imaginé, je n'ai pas osé croire une seconde qu'il avait un jour songé à me protéger moi. Je n'avais pourtant pas non plus eu de doute quant aux précautions qu'il prenait pour cacher notre relation. Mais si j'avais expulsé deux mots qui sonnaient étrangement dans ma tête, le fait que "notre relation soit en jeu" m'a fait manquer un battement. J'ai dégluti et entrouvert les lèvres. Il me disait, à mi mots, que mon importance pour lui justifiait qu'il me protège. J'ai bien entendu le grondement dans la salle de bain et j'ai serré les lèvres, le visage tremblant légèrement. Non pas de peur. Mais parce que j'étais suffisamment empathique et que je commençais à le connaître assez bien pour savoir que ce n'était pas la colère qui animait ses paroles, ni même son pouvoir. Si je poussais le vice à la flatterie, j'ai même cru entendre qu'il me protègerait de Liberation, des autres, parce que je comptais pour lui. Je n'étais pas tellement surprise mais... Quelque part en moi, quelque chose montait.

Je ne voulais pas de ça. Je n'en voulais pas, je voulais tout recommencer, qu'il rentre dans la pièce et sourit en me voyant. Qu'il boive un verre avec moi et passe la nuit avec moi. J'aurais voulu qu'il me trouve encore exceptionnelle, je voulais voir son sourire, entendre son rire. Je voulais encore toucher sa peau et sentir sa chaleur dans le creux de mes mains. Je voulais retrouver son ton espiègle et son étreinte. J'avais du mal à respirer et mes yeux brûlaient. Je me sentais idiote. Purement et simplement débile. J'avais fermé les yeux pendant deux ans, j'avais cru pouvoir m'en sortir. J'avais imaginé réussir à vivre une double vie. Ce doute, persistant, maladif, qui me hantait depuis des mois. Celui que Samael avait perçu. J'étais face à lui. Là, en cet instant, c'était ça, mon doute, celui qui résonnait dans mon pouvoir depuis deux ans. Celui qui me faisait trembler lorsque Reese pestait contre les éclats de Liberation. Celui qui me faisait baisser les yeux lorsque Maze leur donnait raison. Avais-je été aveuglée par "notre" relation ou bien étais-je réellement en train de changer ? Il n'avait rien fait pour, malgré tout. Le front légèrement plissé au souvenir de ce doute qui me rongeait depuis si longtemps, je n'ai eu aucun courage pour lui répondre.

Alors quand il a repris, se mettant à nouveau en tête de liste, prononçant ce nom, cette fatalité, mes lèvres ont commencé à trembler. Mais pas parce que j'avais envie de pleurer, pas parce que la colère me donnait envie de pleurer. Mais parce que je sentais que quelque part, d'une manière ou d'une autre, Abel était impliqué. J'ai senti le feu brûler mes tempes, la migraine me monter au visage, mes genoux défaillir, j'ai senti mon coeur se serrer, rendant ma respiration difficile. Petit à petit, j'ai pincé les lèvres, serré les dents. Si Abel s'était servi de moi, s'il m'avait trahie, j'étais quasiment sûre de ne pouvoir m'en remettre. J'avais été stupide de lui faire confiance, j'en avais oublié mes priorités, j'avais mis l'Underground en danger simplement parce que j'avais souhaité cette relation. Je la voulais, j'avais besoin de lui mais si on me demandait pourquoi, j'étais incapable de répondre. Alors apprendre qu'il y en avait une autre - car j'avais oublié qu'il avait une soeur tant nous parlions peu de nous - a sonné le glas dans ma tête.

Le rouge m'est monté aux joues, mes yeux ont scintillé d'une nouvelle couleur plus sombre et j'ai fait un pas en arrière. Même deux et j'ai secoué la tête, les lèvres frémissantes sous la colère qui faisait vibrer le sol sous mes pieds. Je ressentais chaque nerf de chaque membre à travers tout mon corps. Il le savait depuis le début. Il savait que sa petite chérie protégée était là, près de moi à pomper notre énergie et il avait probablement espéré qu'elle pomperait plus que notre énergie ! Il avait joué dans mon dos, il n'avait jamais été démonstratif, il s'était contenté d'entretenir notre relation afin d'en user à bon escient le moment venu. Et moi... Je n'avais rien vu. Parce que j'avais cru qu'il resterait aussi honnête que moi. J'avais cru qu'il protègerait l'Underground comme je protégeais Liberation. Peut-être que je m'emportais, peut-être que je me trompais mais... Après tout... De combien de marge d'erreur disposais-je réellement ? Il ne voulait pas m'impliquer dans quoi ? Dans sa mission ? Je l'étais déjà, J'ETAIS sa mission, n'est-ce pas ? J'ai dégluti à nouveau, ma colère se transformant en rage sourde.

_ Sors d'ici.

Mon visage s'est détendu, suffisamment pour parler mais j'ai fait un pas de plus en arrière. J'aurais protégé cette fille s'il le fallait. Qu'ils connaissent les risques ou qu'ils n'aient rien à perdre. Qu'avais-je à perdre de plus que lui, finalement ? Ma famille ? Il en avait une également, non ? Ma communauté ? Et la sienne ? Alors non... Pas plus que lui je n'avais quoi que ce soit à perdre sinon ma propre vie. Et en deux ans, j'avais senti la sienne, son coeur battre et sa respiration s'accélérer. Il n'y avait pas de compétition entre nous. Il n'y en avait jamais eu. J'ai repassé les deux dernières années dans ma tête, souvenir après souvenir, Reese s'immiscant souvent dans mes pensées, partie intégrante de mon Doute. Celui avec un grand D. Déterminée et décidée à ne plus jamais être aussi stupide, je me suis sentie blessée et peut-être même trahie.

J'ai d'abord senti mes jambes vibrer, puis un espèce de courant d'air tourbillonnant autour de moi. C'était mon pouvoir. Il était là. Au ralenti, il se manifestait, une fine fumée noir m'enveloppant jalousement. Et puis j'ai explosé. J'ai brandi une main vers la porte.

_ SORS DE CETTE CHAMBRE IMMEDIATEMENT !

Sur la fin, ma voix a résonné, comme dans une pièce vide avec cette impression que nous avions été deux à hurler. D'ailleurs, pendant quelques secondes, de façon épileptique et désordonnée, c'était comme si nous étions dans un autre endroit. Tantôt normal, tantôt plus sombre, comme s'il manquait une fenêtre et un mur derrière Abel, le vent sifflant dans les oreilles. Comme si l'immeuble avait été abandonné, la nature ayant repris ses droits sur le béton. Abel a même pu me voir différemment, de façon fugace, un visage plus marqué, des cheveux plus courts, un corps plus svelte et plus mince. Je ne sais pas si Abel l'a perçu mais j'ai senti la présence de Reese non loin de moi. Rassurante et forte. Mais quand je me suis tue, l'hôtel est redevenu ce qu'il était, la chambre était à nouveau totalement plongée dans le silence et la fumée qui me protégeait avait disparu. C'était comme avoir cligné des paupières à plusieurs reprises sans être certain de ce que l'on avait vu. J'en avais assez peu conscience finalement, de la même façon que je n'avais rien vu du pouvoir de Samael la première fois. A présent, il ne restait que moi et une plaie béante causée par le seul être sur cette planète dont je n'avais jamais douté. A tort.



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Abel Henoch
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Il avait balancé le nom de sa soeur - heureusement encore n’était-ce que son pseudo et non son vrai prénom - mettant en jeu sa position à l’Underground. Il n’avait pas imaginé - et ne l’imaginait toujours pas - que Maddison puisse se méprendre sur la réelle identité de celle qu’il avait envoyée. Peu importait qu’il s’agisse de sa soeur ou de Gen, elles étaient sur le même pied lorsqu’il s’agissait de mission. Et de toute facon, il n’y avait jamais eu d’autre femme que Maddison dans la case « relation de couple », même s’il n’appelait pas vraiment cette case comme ca. Ni même n’appelait ses cases. Mais il était évident que Maddison était à part. Tellement évident pour lui qu’il n’avait pas imaginé que Maddison puisse se faire des idées.

Aussi ne comprenait-il pas vraiment qu’elle fusse bouleversée par cela. Ou en tout cas se méprit-il sur les causes. Il pensait qu’elle lui en voulait de ne pas s’en être ouvert à elle avant de lancer la mission. C’était pourtant tellement évident. Il l’avait dit, il ne voulait pas l’impliquer. Les missions qu’il planifiait pour Liberation n’était pas l’affaire de l’Underground. Le temps qu’il passait avec Maddison n’engageait aucun des deux groupes - pas directement. Le cloisonnement, toujours. Et puis Gen, Eve ensuite, étaient totalement aptes à se faire oublier, à s’intégrer sans éveiller le moindre soupçon. Maddison n’aurait pas du être plus impliquée, et il n’y aurait pas du y avoir le moindre problème sans ce malheureux concours de circonstance.
Il ne lui avait jamais menti. Il ne lui avait pas tout dit, mais jamais menti. Encore une raison pour ne pas comprendre pourquoi elle exprimait autant de colère : il n’imaginait pas qu’elle puisse penser cela de lui.

Et puis elle lui demanda de sortir. D’abord d’une rage sourde, puis d’une véritable explosion. Explosion qui se manifesta autours d’eux d’une façon totalement surprenante. Il ignorait ce qu’il se passait mais il ne détourna pas le regard de Maddison ni ne recula. Elle était en colère, et il fallait qu’elle s’exprime. Il n’avait aucune raison d’avoir peur. Est-ce que quelqu’un avait peur d’une femme qui cassait une pile d’assiettes de frustration ? Même s’il ne connaissait pas vraiment cette référence, la situation est la même. Il était intimement convaincu qu’il ne risquait rien. Et quand bien même… Si elle devait s’en prendre à lui, alors soit. C’était son pouvoir, il faisait partie d’elle. Et il ne pouvait pas avoir peur d’elle.

Tellement immobile qu’on aurait pu le croire sculpté dans le marbre, et il regardait Maddison droit dans les yeux, déterminé. Peu importait ce qu’elle déciderait, ce qu’elle pensait, ce qu’elle voulait. Il n’était pas homme à reculer devant la difficulté. Il ne partirait pas, peu importait le prix, tant qu’ils ne seraient pas allés au bout des choses. Ce qui n’était pas le cas.

« Non. » dit-il d’une voix ferme, mais sans hausser le ton. Il était déterminé à ne pas céder. Rien de ce qu’elle ferait ne pourrait le faire changer d’avis.


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Maddison DeLuca
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– Non, quoi ? Tu ne veux pas me trahir en face ? VA-T-EN !

Sa voix avait été comme un courant électrique en moi. L’éclat de la mienne a encore fait vibrer, trembler, et tressauter les murs sans jamais donner de formes précises, laissant tout juste une bourrasque de vent secouer mes cheveux, les rideaux et les draps. Et alors qu’il restait planté là, toutes mes barrières se sont effondrées. J'ai entrouvert les lèvres pour aspirer l'air, manquant d'oxygène tant j'étais tendue. Le fait qu'il refuse de s'en aller a fissuré plus de murs de béton en moi que je ne pensais en posséder. L’air me manquait et les yeux me brûlaient de plus en plus. J'ai dû faire preuve d'un immense contrôle sur moi-même pour ne pas m'effondrer.

– Va-t-en.

Si j'avais pu, je lui aurais craché à la figure. J'ai dégluti. Si j'avais violemment explosé une seconde plus tôt, ma voix était redevenue celle d'un murmure, bloquée au creux de ma gorge. Mais il ne bougeait pas. J'avais l'impression que la fissure dans mon esprit s'agrandissait. J'entendais comme un craquement à l'intérieur de moi. Mes fondations s'effondraient les unes derrière les autres. J’en avais réellement du mal à respirer, mon coeur battait la chamade dans ma poitrine.

– Je ne veux plus te voir.

Mais il ne bougeait toujours pas. Il était là, à me fixer, se gaussant sûrement de mes réactions excessives. Tout ce que je voyais, c'était cette détermination. Il ne regrettait sûrement pas. Il ne s'excuserait pas non plus - et je pouvais le comprendre, je ne l’aurais pas fait non plus. Il n'avait fait que son travail et ne voulait pas m'impliquer plus. Je ne comprenais pas comment il avait pu organiser une mission de la sorte... Et cherché à me protéger en même temps. Ca n'avait pas de sens. Et pour cette raison, mon doute continuait de hurler en moi, se manifestant encore à travers mon pouvoir. Pas d'assiettes, pas de verres, pas d’armes, juste ma voix. J'ai éclaté une nouvelle fois en faisant gronder les murs, quelque chose tombant même dans la salle de bain, sûrement un objet en équilibre.

DEGAGE !

A croire que j'aurais pu me montrer la plus odieuse du monde, rien ne l'aurait déraciné. J'ai songé à m'en aller mais c'était ma chambre. Et je l'avais payée. Oui, penser à quelque chose de rationnel m'aidait en cet instant. Mais je n'avais pas mon arme à portée de main, je n'étais pas habillée de façon "pratique", je n'avais rien à jeter, rien à casser et tout ce que je voulais… J'ai franchi les mètres qui nous séparaient d'un pas décidé et j'ai violemment abattu mes poings sur sa poitrine, comme si ça allait le décider. Le plus détestable je pouvais être, plus facile serait son départ. Et s'il partait maintenant, je préférais être en colère contre lui. Je préférais que ce soit ma décision, plutôt que la sienne.

– Je veux que tu t'en ailles !

Ma voix s'est brisée et j'ai dégluti, les dents serrées et le visage tremblant de colère. Si les murs ont cessé de vibrer et de tressaillir, ma colère, elle, n'a pas diminué. J'ai donné un nouveau coup dans son torse, les yeux sombres rivés sur son coeur. Et j'y mettais toute ma force.

– Tu t’es bien amusé ! Tu t’es bien fichu de moi ! Tu m’as bien trahie, qu’est-ce que tu veux de plus ! - Chaque phrase, je la ponctuais d'un nouveau coup de poing contre son torse ou son épaule. - Elle se souvient même pas de toi ! C'est quoi la suite de ta mission ! Hein ? - J'ai senti ses mains autour de mes poignets, fermes. Le sol a grondé sous mes pieds et j’ai entendu une coupole de verre trembler sur le marbre quand j'ai hurlé à nouveau - Ne me TOUCHE PAS !

Une fois encore, j'ai senti la pièce changer par acoups, j'ai entendu cette double voix qui était la mienne tout en étant celle d'une autre, alors que je me débattais férocement. J'ai d'autant plus senti la présence de Reese que son odeur a envahi mes narines. Et pendant une fraction de seconde, j'ai cru le voir à la place d'Abel, ce qui m'a immobilisée dans l’hésitation une seconde, les yeux écarquillés levés sur Abel, mais qui m'a également terrifiée. Plus je me débattais, plus les larmes montaient. La rage m'avait sûrement faite avoir des hallucinations parce que je n'étais toujours pas totalement consciente de ce qui s'était passé, de la même façon que je n’avais pas vu ce que Samael avait aperçu. Mais ce que je ressentais amplifiait au fil des souvenirs de mes moments avec Abel qui me revenaient. Je me faisais l’effet d’une pauvre gamine, une adolescente à peine pubère qui apprenait la vie. J’avais cru, sincèrement, que jamais nos factions ne pourraient se mettre en nous. J’avais secrètement espéré, idéalisé notre relation en faisant une totale abstraction de qui nous étions réellement, au nom de quoi nous parlions. Je croyais avoir « cloisonné » moi aussi. J’avais nourri l’utopie que cet homme… N’était pas Abel Henoch. Ou bien que je n’étais pas moi mais une femme lambda. Je m’étais fourvoyée. Je m’étais menti à moi-même, je m’étais aveuglée. Volontairement. Tout simplement parce que la gamine en moi avait voulu y croire, et qu’elle avait trop désiré. La voix brisée, criant toujours, je secouais mes bras dans tous les sens pour qu’il daigne enfin me rendre ma liberté, qu’il me laisse encore m’en prendre à lui, le frapper en essayant de lui faire autant de mal que sa trahison et ses mensonges me décevaient.

– Et tu me mens ! Tu ne protèges personne ! Tu t'es servi de moi ! Tu as envoyé ta greluche entre MES murs ! J’avais confiance en toi ! J’ai cru en toi !

Mais les murs ne tremblaient plus. Le sol ne grondait plus. Je venais d’ouvrir les yeux sur une relation que j’avais crue possible et qui s’avérait n’être qu’une illusion, une récréation, un simple jeu d’échec et la partie adverse venait de renverser la reine, exposant ainsi son Roi. Je m’en voulais tellement. Je me sentais si stupide. Je n’étais qu’une idiote naïve. Ce moment, nous avions réussi à l’éviter jusque là. Mais il était l’heure de se réveiller. Et l’éveil était bien douloureux. J’ai durement réalisé, aussi dangereuse qu'était cette relation, que je désirais cet homme encore plus. Et c’est probablement cette pensée qui a terminé d’ébranler les derniers murs en moi.



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Abel Henoch
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Bien évidemment que cette réponse ne la satisferait pas. Elle était furieuse, elle se sentait trahie, mais trahie par quoi ? Dès le premier jour, il lui avait prouvé que rien de ce qui pourrait se passer entre eux ne l’empêcherait de faire ce qu’il avait à faire. Il avait toujours joué carte sur table, finalement. Elle n’avait peut être pas voulu voir. De son côté, il ne doutait pas un seul instant qu’elle ne lui disait pas tout. Mais il était persuadé que comme lui, s’il y avait des choses qu’elle ne lui disait pas, au moins ne lui mentait-elle pas. C’avait été en tout cas toujours sa ligne de conduite.

Alors qu’elle le repousse parce qu’elle avait découvert un de ses blancs le laissait un peu amer. Et faisait gronder aussi sa colère, mais en deca de celle de Maddison. Néanmoins, il avait pris le parti de ne pas reculer, et il n’était pas homme à revenir sur ses décisions à la légère. Sans compter qu’il n’avait pas l’intention de la laisser là dessus. Ce qu’ils partageaient, ce n’était pas ca. Pour lui, ça avait toujours été au dela de leur clivage, même s’il y avait une incompatibilité de base. Non. Pas question de reculer.

« Non. » Dit-il une nouvelle  fois lorsqu’elle lui ordonna de partir d’une voix forte. Son deuxième va-t-en resonna, venimeux. « Non. » Répéta-t-il. Il percevait ce qu’il se passait en elle, sans en connaitre les détails. Mais il sentait qu’il ne devait pas partir. Il n’en avait de toute façon aucune intention. Il était venu pour elle, à cause d’elle. Il n’aurait pas voulu être la cause de ce tumulte. Mais maintenant qu’il l’avait déclenché, il ne comptait pas se dérober à sa responsabilité. Ce qu’ils avaient commencé ensemble, ils le finiraient de même. Mais pas comme ca. Il ne voulait pas d’une telle fin - il ne voulait pas de fin - et il comptait bien que Maddison l’accepte. Qu’ils se parlent, réellement.
La couverture de Eve était compromise, elle l’avait été dès qu’elle s’était réveillée amnésique. Elle était en danger. Peut être pas de la part de Maddison, mais de ses petits camarades, sans doute. Il y avait aussi ce que cette mission semblait vouloir dire aux yeux de Maddison, qu’il ne comprenait pas. La partie « militaire », l’opération organisée dans son dos, oui, il comprenait. Mais cela justifiait il une telle réaction ? Certainement pas. Il était convaincu qu’il y avait autre chose, mais il n’arrivait pas à mettre le doigt dessus.

Je ne veux plus te voir.

« Je ne bougerai pas. » Sans doute pas la bonne réponse, puisque les murs se remirent à vibrer. Pourtant, il tint sa promesse. Il restait immobile, ne cillant même pas à la fixer avec intensité. Il se faisait la réflexion qu’il ne l’avait jamais trouvée aussi belle, alors même que son pouvoir s’exprimait avec une plénitude totale, dangereuse. Il pouvait l’être autant qu’elle, bien que d’une manière différente, et d’autre Positifs aussi. Mais ils avaient tous une part de retenue qui les empêchaient de se donner complètement, de s’abandonner à leur pouvoir. Même lui. Alors de la voir ainsi investie de toute sa puissance, d’une façon qu’il ne comprenait pas, la lui rendait plus belle et désirable que jamais. Non, il ne bougerait pas. Pas question de la laisser lui échapper.

dégage !

« Non. » Aussi surement qu’elle s’entêtait à le repousser, il restait droit et fermement ancré à ses côtés. Elle finit par se jeter sur lui et lui marteler la poitrine de toutes ses forces  - qui étaient grandes. Mais il ne broncha pas plus. Pour furieuse que fut l’attaque de Maddison, il en avait subit au moins autant lorsqu’il était en Sibérie. Il était capable d’encaisser si c’était ce qu’il fallait pour qu’elle l’accepte, pour qu’elle prenne leur relation telle qu’elle était.

Je veux que tu t’en ailles !

« Je reste. » Répondit-il avec la même conviction froide qu’il lui avait opposé depuis le début. Et puis elle finit par l’accuser de s’être joué d’elle, de l’avoir trahie. Lui rappeler que Eve n’avait pas le souvenir de le connaitre. S’il n’avait pas bougé jusque là, c’était cette phrase qui le fit réagir en lui prenant les poignets pour qu’elle arrête de le frapper. Elle lui avait fait bien plus mal avec ces simples mots qu’avec ses coups, bien qu’il n’en montrât rien.
L’amnésie de sa soeur était un point qu’il avait relégué dans une autre de ses cases, mais elle n’en était pas bien réelle, et Maddison avait ramené la question sur le devant de la scène. Certains amnésiques retrouvaient la mémoire. Mais pas tous. Et s’il avait définitivement disparu de sa vie ? Si lui avait définitivement perdu sa soeur ? Il ne pouvait se résoudre à imaginer une vie sans elle - au même titre que Maddison avait pris une place prépondérante pour lui. Eve était sa derniere racine. Ils avaient été un repère l’un pour l’autre tout au long de leur vie. Qu’elle n’en fasse définitivement plus partie serait un pan entier de sa vie qui disparaitrait. Mais ce n’était pas le moment d’envisager cela. Il ne montra d’ailleurs rien de ce qu’il éprouvait, si ce n’est de s’emparer des poignets de Maddison pour lui faire cesser son manège. Déclenchant une nouvelle vague de colère à en modifier leur environnement. Mais qu’importe. Elle marqua une étrange hésitation, mais elle ne dura pas, et elle continua de l’invectiver. De l’insulter : il ne mentait pas. Jamais à elle.

« ARRETE ! » Finit-il par lâcher en imprimant une secousse sur ses poignets qu’il n’avait pas lâchés. « C’est absolument faux et tu le sais ! Comment est-elle arrivée chez vous, tu me le rappelles ? Je ne me suis pas servi de toi pour ça ! Tout ce que tu m’as jamais dit sur l’Underground, je t’en ai dit autant sur nous ! Je ne t’ai JAMAIS menti ! » A son tour, il lui jeta un regard venimeux, passablement agacé qu’elle puisse penser cela de lui. Très agacé même. « Avec tout ce qu’il s’est passé, COMMENT est-ce que tu peux croire ça ? Comment est ce que tu peux croire que j’aurais agit CONTRE toi ?! » Il avait rapproché son visage du sien, si proche, que seuls les yeux de Maddison occupaient son champ de vision. Il ne la touchait pas, mais presque. Il voulait la forcer à le regarder, la forcer à voir, à le voir. Qu’avait-il fait pour que leur relation ne résistât pas à une de ces missions qu’il avait entreprise sans lui en faire part ? Il avait cru qu’elle comprenait, qu’elle acceptait ce fait : il menaient leurs guerres respectives sans l’autre, et cela ne devait pas changer ce qu'il y avait entre eux. Il avait cru qu'elle était avec lui. « C’est peut être moi qui avait tort d’avoir confiance en TOI ! » Il serra les mâchoires et dans la salle de bains, on entendit un violent bruit de robinetterie qui ponctua le « toi » , suivi d’un bruit de jet d’eau. Abel avait fait pété le robinet du lavabo sur ce coup d’agacement - doux euphémisme.


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Maddison DeLuca
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J'ai fermé les yeux en sentant son visage si proche du mien et une de ses mèches frôler mon front. C'était comme si de l'électricité me parcourait des orteils à la pointe des cheveux, j’en frissonnais. Les poings serrés, j’ai cessé de me débattre, prenant une voix aussi basse qu’un murmure.

– Ton nom ne s’est jamais échappé de mes lèvres. J’ai marché sur des flammes pour que jamais l’Underground ne passe à côté de toi. Quand tu m’appelles, je mets trois heures pour te rejoindre quand seules 30 minutes suffiraient, simplement pour m’assurer que nous sommes seuls. J’ai enrayé des canons quand certains ont organisé une croisade contre toi. Je t’ai gardé éloigné du danger, tout le temps. Je t’ai protégé. De l’Underground, de moi, de toi-même… J’ai tout vendu, tout donné, tout perdu pour toi. Je suis née pour toi. Je suis déjà morte pour toi.

J’ai alors senti ses mains sur mes épaules alors qu’il lâchait mes poignets. J’ai frissonné à ses doigts glissant sur ma peau. J’ai rougi à ses lèvres contre mon front. J’ai sursauté lorsque ses mains ont encadré mon visage pour le relever vers le sien et j’ai rouvert les yeux pour le dévisager, mon regard coulant dans le sien. J’ai cru manquer d’air lorsque son pouce a effleuré mes lèvres et que ses doigts se sont mêlés à mes cheveux. Son nez a caressé le mien et j’ai entrouvert les lèvres en cherchant à capter l’air, refermant les yeux. J’ai à mon tour porté mes mains à son visage, sentant son souffle dans le mien. Mon coeur s’est emballé lorsque je l’ai senti soupirer contre mes lèvres, si proches des siennes, brûlantes. Je me suis pressée contre lui sans oser franchir le pas, mes doigts se refermant sur sa nuque.

– Si je ne te protège pas… Qui le fera ?

Son coeur battait la chamade contre le mien et son impatience, toutefois empreinte d’hésitation, a fait vibrer toute la pièce. J’ai entendu les murs gronder, de concert avec les grognements sourds des canalisations. Son visage a poussé le mien mais je lui ai refusé, d’abord une seconde. Puis deux. Je voulais qu’il me transmette son désir, son envie, je voulais encore l’entendre soupirer, sentir ses doigts posséder mon visage, ses épaules se carrer avec force. J’ai emprisonné son corps du mien, son dos contre le mur. L’air me manquait, comme son eau dans mes veines. Ma poitrine s’est soulevée, profondément.

– Je suis là pour toi.

Un râle s’est échappé des canalisations et ses lèvres fondues sur les miennes. J’ai inspiré si profondément que j’ai cru l’étrangler en serrant son col entre mes doigts. J’ai respiré son air, et il a savouré mon soupir de bien-être. Son bras a cambré mon dos, ses doigts ont serré mon visage contre le sien. Un gémissement s’est évadé de mes lèvres lorsqu’il m’a faite tourner avec lui et que mon dos a rencontré le mur à son tour. Les murs ont chanté avec les meilleurs basses, et les cuivres ont menacé de danser avec Béjart, quand il a enfoui ses baisers chauds dans mon cou, enserrant mes reins de ses hanches. Je l’ai appelé, de ce nom étrange que je ne prononçais jamais. Ce n’était si le vrai, ni le faux… C’était juste le sien. C’était tout ce qu’il représentait pour moi. Et quand ses lèvres sont venues retrouver les miennes avec d’autant plus de flammes et d’ardeur, une explosion m’a ramenée à la réalité.

J’ai écarquillé les yeux en entendant le robinet péter et le jet d’eau exploser contre les murs de la salle de bain. J’ai cligné des paupières sous la surprise, le souffle coupé. Non parce que j’avais eu peur de son pouvoir, mais parce que j’atterrissais difficilement, le coeur battant. Ses mains emprisonnaient toujours mes poignets et j’ai senti une larme couler du coin de mon oeil et glisser sur ma joue. Je fixais toujours son torse. J’avais refusé de le regarder, je n’avais pas pu. Quand bien même, il avait tenté de me forcer, j’ai crispé les paupières si fort que j’en avais vu des étoiles. Je refusais aussi de pleurer. Je n’avais pas le droit. Ce n’était pas moi. Je n’étais pas comme ça. Pas alors que je savais que tout ça arriverait un jour. Sa trahison m’affectait plus que je n’avais su m’y préparer. Je restais convaincue que Sam était bien plus qu’une soeur pour Abel. Je savais des choses, j’avais été avec elle pendant une semaine entière. Son amnésie n’était pas feinte. L’inquiétude d’Abel non plus.

– Lâche-moi...

Ma voix n’était pas plus forte que dans ma rêverie. J’ai agité légèrement les poignets mais il me tenait trop fortement. Docile, j’ai abdiqué, d’une certaine manière. Je me résignais. Je n’aurai jamais le dessus sur lui.

– Tu me fais mal.

J’ai lentement relevé les yeux sur lui, les dents serrées, le regard empli de défi. Pourquoi ne me suis-je pas défendue ? Pourquoi ne lui ai-je pas dit ce que je voulais ? Pourquoi ne lui ai-je pas prouvé qu’il avait tort ? J’ai dégluti et donné un violent coup pour me libérer les poignets, les battements de mon coeur cognant dans mes tempes.

– Je la protègerai ta gonzesse. Pas besoin de faire péter la tuyauterie des voisins. On te la rendra entière. - Plus que du défi, je crois que mon regard a exprimé une profonde déception en plissant légèrement mon front et j’ai fait un pas en arrière. Aussi froide que lui, sinon plus, j’ai tourné les talons en lâchant mes derniers mots - Maintenant, va-t-en.



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Abel Henoch
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Maddison avait refusé de le regarder. C’est comme si elle était déjà partie, comme s’il n’avait plus rien d’elle. Tout ça pour quoi ? Pour sa soeur ? Pour une infiltration ? Comment pouvait-elle se sentir aussi trahie ? Elle aurait du savoir qu’il n’hésiterait pas à faire ce genre de chose si la nécessité se présentait ! Elle aurait du le connaitre assez pour savoir qu’il en était capable. Il ne lui avait rien caché de ce qu’il était, de ses objectifs, des moyens qu’il était capable de mettre en oeuvre pour arriver à ses fins. Il n’y aurait eu qu’un pas qu’il se serait refusé à franchir : s’en prendre à elle, directement. C’était de elle qu’il se préoccupait. Sa petite troupe et les moyens qu’elle pouvait avoir ne l’intéressait pas.

Il essayait pourtant de se mettre à la place de Maddison, essayant d’imaginer quelle aurait été sa réaction si les rôles avaient été inversés. Mais il n’arrivait pas à imaginer qu’il puisse s’en prendre à elle de la sorte. Il n’imaginait aucun cas de figure où il lui en aurait voulu. Ils jouaient dans des camps différents, il en avait accepté tous les aléas, même si ça voulait dire qu’ils ne seraient jamais vraiment ensemble, au sens où le commun l’entendait. Ils n’étaient pas le commun. Ils étaient plus que ça, de par leur génétique et leur relation. Il aurait aimé qu’elle le voit de cette façon… Cet échec et sa réaction le mettaient sur les dents, et il voyait venir le moment où il sortirait de sa maitrise habituelle.

Il avait toujours été maitre de lui même et de ce qu’il lui arrivait. Même en Siberie, même en mission pour le MSS, il avait accepté de faire ce qu’il faisait. Il avait compris depuis longtemps que s’il voulait se défaire de leur emprise, il lui suffisait de les laisser le tuer. Et une fois éloigné de leur influence, prendre son destin en main avait été une évidence. Même maintenant, chaque pas de Liberation était dument pesé. Il n’avait jamais eu l’impression qu’il pourrait un jour perdre ce contrôle, pourtant devenu une seconde nature. Jusqu’à ce qu’il rencontre Maddison.
Le premier jour, déjà, elle avait brisé ses remparts, et il avait percu ce qu’elle pourrait provoquer en lui, mais il ne pensait pas que cela arriverait un jour. Eh bien peut être que ce jour était finalement venu. Elle avait voulu quelque chose de lui. Il ne pensait pas lui avoir abandonné tant.

Et elle continuait de s’éloigner.
D’une voix doucereuse, elle lui demanda de la lâcher. Pas question. Sauf qu’il lui faisait mal ? Ok, il relâcha légèrement sa prise. Suffisamment pour qu’elle puisse se dégager d’une violente secousse. Et l’agacement monta d’un cran. D’un deuxième à sa sortie. Et encore un lorsqu’elle lui ordonna de partir à nouveau, en lui tournant le dos.

Une grimace coléreuse lui déchira le visage. Dans le même temps, il l’attrapa violemment par le bras pour l’empêcher de se retourner. Il la repoussa jusqu’au mur sans ménagement, lui attrapant les poignets pour les plaquer au mur. S’il lui faisait mal avant, c’était sans doute pire à présent. Il la bloquait de tout son corps, son bassin la tenant autant que ses mains. Une nouvelle fois, il rapprocha son visage d’elle à la toucher presque. Et son expression n’avait rien d’engageant.
Dans la salle de bains, le grondement avait pris de l’ampleur. Il ne le contrôlait absolument pas, et il était fort à parier que l’hôtel allait bientôt avoir un dégât des eau.

« JE T’AI DIT ! Que je ne partirai pas ! » Elle tentait de se dérober et il donna un coup sur le mur avec ses poignets, s'égratignant les doigts au passage. « Je ne VEUX PAS que tu t’occupes d’elle ! Ce n’est pas à toi de le faire, c’est à moi, tu m’entends ?! Je n’ai pas besoin de toi pour CA ! » Sous entendu, il avait besoin d’elle pour autre chose. Mais il n’était pas certain qu’elle soit à même de le comprendre dans ce sens. Alors pour faire bonne mesure… Il rassembla les poignets de Maddison au-dessus d’elle et prit son visage dans sa main désormais libre pour l’empêcher de se dérober. Un geste qui n’avait rien de doux, mais qu’importe. Il se serra aussi plus fort contre elle pour empêcher toute tentative de fuite. Avec la même violence, il lui pris les lèvres et l’embrassa comme un perdu. Dans la salle de bains, deux claquements annoncèrent qu’il avait pété deux conduites.
Son baiser ne dura pas bien longtemps, et lorsqu’il s’arrêta, il recula aussitôt, ne gardant que ses poignets sans sa main et la fixant d’un regard brulant.


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Maddison DeLuca
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J'ai été sincèrement été surprise par la force de son étreinte. J'en ai écarquillé les yeux alors que mon dos heurtait le mur. Les lèvres entrouvertes, j'ai plongé mes yeux dans les siens, retenant mon souffle. Mon coeur s'est mis à tambouriner si fort dans ma poitrine. Il était si proche de moi. Je sentais sa colère et je n'ai pu cacher mon étonnement, ne faisant pas attention à la douleur qui étreignait mes poignets à nouveau. Elle ne me dérangeait pas, finalement. Abel aurait pu me cogner des millions de fois que je n'aurais jamais mal. Pas comme ce que me faisait subir sa trahison. Il ne démentait toujours pas, comment pouvais-je croire autre chose ? Et son corps contre le mien, je me suis sentie emprisonnée, piégée. Je n'aimais pas ça et en même temps, j'étais incapable de retrouver mon air, pendue au sien, attendant qu'il décide du sort qu'il me réservait. Sort que j'aurais accepté sans rien dire... J'ai légèrement tourné les yeux vers la salle de bain et j'ai commencé à percevoir une chose à laquelle je n'avais jamais pensé. J'ai reporté mon regard sur lui, légèrement inquiète. Abel pouvait être dangereux. Il l'était. Il pouvait même représenter un danger pour moi. Et là aussi... Il l'était. Sa rage, plus que le coup dans mes poignets, m'a fait serrer les dents. Il ne démentait toujours pas, et pour ainsi dire, c'était même pire. C'était comme s'il la défendait. Comme s'il pensait que le danger c'était moi. L'étais-je seulement un peu ? Je l'aurais fait. Pour lui. Je l'aurais protégée s'il me l'avait demandé. Et même s'il n'avait rien dit. J'étais à lui. J'étais sienne, qu'il me maîtrise ou non. Je n'ai même pas tenté de fuir lorsqu'il s'est montré plus violent, encore.

Je l'ai vu s'approcher avant qu'il le fasse. Je l'avais appelé du regard, j'avais hurlé son nom dans ma tête, les battements de mon coeur s'étaient calibrés sur les siens. J'ai reçu ses lèvres comme un appel d'air vital. Cette fois, ce n'était pas qu'une rêverie, c'était réel. Baiser auquel j'ai répondu avec peut-être moins de force, mais la même perdition, ce même cri et ce même besoin. J'en ai laissé s'échapper un léger gémissement contre ses lèvres, mes mains cherchant les siennes. Je voulais le toucher, je voulais le sentir contre moi, je voulais l'emprisonner aussi. Mais tout s'est mélangé dans ma tête. J'étais tellement perdue. Je ne comprenais pas ce qui s'était passé. Il n'y avait eu que lui. Pendant deux ans. Et j'avais cru qu'il n'y avait eu que moi, il m'avait semblé sentir cette exclusivité. Dans ses gestes, dans son regard, dans sa façon de m'embrasser. Son empressement et son désir, à chaque fois, étaient si forts, que je n'avais jamais douté de quoi que ce soit. Quand bien même, pendant longtemps, ça ne m'aurait même rien fait. J'aurais peut-être été déçue. Je me demande si à un moment donné, je n'ai pas voulu qu'il y ait quelqu'un d'autre. Ainsi, l'échec n'incombait ni à lui, ni à moi, ni à nos factions, ni à la situation dans laquelle nous nous mettions. Mais juste à cette tierce personne, commune à tout un tas de couples normaux. J'aurais préféré. J'aurais tellement aimé qu'il y ait quelqu'un d'autre... Parce que dans ce cas-là, j'aurais su comment me relever et m'en remettre et je l'aurais fait.

Mon poing a parlé pour ma colère. Pour tout ce qu'il me trahissait, pour toute la difficulté dans laquelle il me mettait et ses mensonges, du moins ceux que je traduisais comme tels. Et pour tout ce qu'il ignorait. De lui, de moi, d'elle, de notre futur comme de notre passé. Mon poing s'est abattu avec une violence que je n'avais pas maîtrisée sur son visage et je l'ai repoussé de mes mains sur son torse avant de me faufiler en courant jusqu'à mon sac. J'en ai sorti mon arme, mes gestes brusquent faisant chavirer la coupole de verre sur la moquette. J'ai brandi le canon vers lui, les bras tendus avec pour seule musique les jets d'eau de la salle de bain. J'en ai senti des gouttes sur mes chevilles, même. Et l'eau infiltrer la moquette sous mes pieds.

_ ALORS QU'EST-CE QUE TU VEUX ! HEIN ! Vas-y, je t'écoute ! Tu es venu en courant jusqu'ici pour savoir où en était ta petite copine chérie, alors vas-y, Abel, demande le moi ! Finis ce que tu as commencé !

Les murs craquaient, la chanson sourde qui les animait remplaçait celle de l'eau. Parfois, pendant près de deux secondes, c'était une autre chambre décharnée, vide, en ruines et en pleine orage, une autre Maddison, plus sombre, les cheveux plus courts mais toujours bouclés. Une autre réalité où tout aurait été inversé dans un monde plus dépravé encore. Et puis le vent a laissé à nouveau sa place au silence. Le froid a gagné la pièce pendant une fraction de seconde avant de s'échapper. Mes mains tremblaient autour de la crosse, mes jambes manquaient de stabilité et j'avais l'impression que toute la pièce vibrait avec moi. J'ai senti un courant d'air tournoyer autour de moi, faisant voler un morceau de papier posé sur la table de nuit. J'ai cligné des paupières pour chasser les larmes qui me gênaient.

_ Demande-moi de la protéger ! Il y a des CENTAINES de personnes là-dessous, Abel, des CENTAINES de gens dans le besoin ! Et tu y as fait venir le danger ! A travers moi ! Tu m'as impliquée au moment où tu as couru jusqu'ici ! Parce que oui... Tu le sais que tu peux avoir confiance en moi. C'est pour CA que tu es ici ! - J'ai serré les dents et fermé les yeux une seconde. J'ai manqué d'air et mon arme a menacé de se baisser pour quitter sa cible. Je n'arrivais plus à respirer. J'étais épuisée. Fatiguée, éreintée par toute la force qu'il m'avait fallu pour ne pas reconnaître la fatalié. Parce que j'ai refusé d'accepter qu'un jour, Abel et moi serions adversaires. J'ai relevé le canon de l'arme sur  lui, les lèvres tremblantes.

_ Je t'aurais donné tout ce que tu voulais si tu m'avais demandé. Je voudrais que tu ne m'aies jamais touchée. Combien de temps, Abel, avant qu'on réalise toutes les missions que j'ai sabotées pour toi ?

Dans un hoquet, j'ai levé la main pour retourner le canon de l'arme contre ma propre tempe, mon regard dans le sien et j'ai ouvert la bouche pour parler mais aucun mot n'a pu s'en échapper. Juste un soupir. Je l'ai fixé de longues secondes avant de reprendre, des larmes le long des joues. Sous la pression, le robinet de la baignoire a explosé à son tour, le chrome retombant à l'intérieur dans un bruit de choc et le jet d'eau m'aspergeant le visage et le bras. J'ai inspiré profondément, les yeux suppliants et la voix brisée. Il ne restait que le bruit de l'eau. La chambre s'était à nouveau murée dans le silence. Il n'y avait plus de vent, ni de fumée. Il ne restait que moi, celle qu'il connaissait.

_ Pourquoi tu as besoin de moi ? Dis-moi. Après tout ce qui s'est passé, qu'est-ce qui s'est passé... Dis-le moi, j'ai besoin de le savoir. - J'ai reniflé, mon dos rencontrant l'encadrement de la porte et la main tremblante sur mon arme. - Tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour te protéger. - Tout était monté. La difficulté, la pression, tous mes doutes, toutes mes questions, tout ce que j'avais gardé pour moi pendant des semaines, des mois. Tout était là, dans ma gorge, au coin de mes yeux, dans ma main. J'avais tant de choses à dire mais aucun mot ne sortait. Ma voix s'est simplement apaisée et je l'ai fixé, désolée. - Je suis déjà morte. - J'ai lentement laissé ma main retomber et l'arme quitter ma tempe. Je manquais cruellement d'air mais je suis restée là... A attendre avec la fatalité comme seule compagnie. - Tu ne peux pas me protéger de toi.



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Abel Henoch
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Il ne savait pas trop ce qu’il avait espéré comme réaction de la part de Maddison. Avait-il seulement envisagé une quelconque réaction ? Il avait l’impression qu’il aurait été prêt à rester là indéfiniment. Figé face à elle, tirant une satisfaction profonde qu’elle lui ait rendu son baiser. Elle ne l’avait pas rembarré, elle ne l’avait pas repoussé. Ca lui suffisait. Elle était sienne autant qu’il lui appartenait. Il lui avait remis une part de lui, dès le premier jour, discrètement, sans même en être pleinement conscient. Il lui avait confié une part de lui, en sachant pertinemment qu’il aurait besoin d’elle pour être complet désormais. Il l’avait accepté, tout comme il l’avait acceptée, entière, avec ses excès et ses absences. Il s’était contenté de leur relation, parce que quelques heures avec elle valait 2 semaines, 4 mois, 10 ans d’attente. Elle était la première et la derniere. Il était incapable de l’exprimer, de mettre des mots sur ce qu’il éprouvait tant ces sentiments lui étaient étrangers. Il se sentait de toute façon au dela de tout ce que les mots pouvaient exprimer. Et il avait préféré les tenir à distance, pour ne pas altérer ce qu’ils avaient.
Il aurait pu rester là avec elle et s’en contenter. Si seulement ils avaient pu. Si seulement elle les avait laissés.

Au lien de cela, elle l’avait frappé de toute sa force et repoussé afin de pouvoir se faufiler jusqu’à son sac. Si elle ne lui avait pas fait mal auparavant, là, elle lui avait bien éclaté la pommette. Elle n’était peut être pas cassée, mais elle ne l’avait pas loupée.
Il finit par se retourner, cahin-caha pour lui faire face. Elle braquait son arme sur lui. Il retrouva aussitôt ses esprits et son sang froid, étudiant les possibilités. Il ignora une nouvelle fois la manifestation de son pouvoir, pourtant déroutante. Mais cela ne lui faisait pas peur. Il ignorait aussi l’arme braquée face à lui. Les certitudes s’imposaient à lui avec une terrifiante clarté.
Si elle avait choisi de le rejeter totalement, si elle le haïssait désormais au point de pouvoir le tuer, alors autant qu’elle le fasse. Il n’avait plus peur de la mort depuis longtemps. Il était déjà mort, il le lui avait dit, il y avait deux ans déjà. S’il devait passer le pas définitivement, autant que ce soit de sa main. Il l’accepterait d’autant plus qu’il aurait choisi - rapidement - qui, quand et où. Il la regardait droit dans les yeux, déterminé à tout accepter d’elle, même ca. Il ne fit pas un geste pour l’arrêter.
Il était sourd et aveugle à tout ce qui n’était pas eux. Il la fixait, sans ciller, attendant le coup qui ne vint jamais. Au lieu de cela, elle persistait à lui renvoyer qu’il l’avait utilisée pour monter l’infiltration de Gen - initialement. Ce qui était totalement faux.

« Je suis venue parce que je croyais que tu l’avais découverte. Ce qui est faux. Je croyais que tu t’en prendrais à moi, et ça je ne me suis pas trompé ! Mais tu n’as pas à la protéger, ce n’est pas ton devoir ! » Mais il avait parlé si bas qu’il n’était pas sur qu’elle ait entendu. Et effectivement, elle poursuivit ses invectives.
Comment lui faire entendre que Eve n’était pas un danger ? Amnésique peut être, selon comment la mémoire lui revenait. Mais les ordres étaient clairs : ce n’était que de l’information qu’il fallait chercher. Pas d’éclat. Pas de dégradation. Surtout pas de blessés. Que ce soit Gen initialement prévue ou Eve, les deux savaient ce qu’était un ordre. Les deux n’auraient causé aucun dommage. Maddison n’aurait même pas du savoir.
Combien de temps avant qu’on réalise toutes les missions sabotées pour toi… Il serra les mâchoires. Il ne lui avait rien demandé. Il n’avait jamais voulu qu’elle fasse ce genre de chose pour lui. Que ne lui avait-elle parlé de ça avant ? Il l’aurait dissuadé de poursuivre. Il était maitre de ses choix et de leurs conséquences, et il ne craignait pas les représailles de sa bande. Il avait appris depuis bien longtemps comment disparaitre, comment brouiller les pistes. Mais si elle voulait l’abattre à cause ce qu’elle avait fait pour lui, alors il était prêt.

Ce n’est pourtant pas ce qui arriva. Son air déterminé fondit aussitôt pour se changer en regard d’horreur lorsqu’elle retourna son arme contre elle. Ca par contre, il ne pouvait pas l’accepter. Il était prêt à donner sa vie pour elle, certainement pas à continuer de respirer dans un monde où elle n’était plus. Un monde qu’elle aurait quitté à cause de lui, pour lui.
Il fit un geste pour se rapprocher d’elle, mais se ravisa aussitôt. Et si cela l’incitait à passer à l’acte ? Mais s’il ne faisait rien pour l’empêcher, elle tirerait de toute façon. Sa poitrine l’oppressait, et il voulait trouver un moyen de l’arrêter. Pour la première fois de sa vie, il était incapable de décider. Ca ne pouvait pas arriver. Il avait trop besoin d’elle, de savoir qu’elle était là, quelque part, à un metre ou mille kilomètres de lui, peu lui importait la distance. Peu lui importait de la voir. Il avait juste besoin de savoir qu’elle était là, en vie.
Pourquoi demandait-elle. Il n’avait aucun mot pour ça. Ou peut être que si. Peut être que son coeur battait à l’unisson du sien. Parce que si elle s’arrêtait, il avait le sentiment qu’il disparaitrait à son tour. Il s’était confié à elle. Pas des mots, non. Il ne lui avait pas raconté sa vie, son enfance - comment aurait-il pu ? Elle était finalement devenue la gardienne de son être. Parce qu’il lui faisait confiance, parce qu’elle était. Mais comment pourrait-il le lui dire et qu’elle comprenne ? C’était autant de choses qu’il avait gardées pour lui. Autant de choses qu’il n’avait jamais appris à exprimer, et qu’il aurait été en peine de lui dire.



Elle laissa glisser son arme et il réalisa alors qu’il avait cessé de respirer. Le danger écarté, il se précipita sur elle pour lui retirer l’arme des mains et la prendre dans ses bras, la serrant contre lui. Elle avait failli lui retirer sa vie à jamais, il avait soudain le besoin de la garder auprès de lui et ne plus jamais risquer que cela se reproduise. Si elle renonçait, d’autres n’auraient pas le même scrupule. Il n’avait jamais été aussi près de voir son pire cauchemar se réaliser.
Je suis déjà morte. Ce qu’il lui avait déjà dit. Pas pour moi avait elle répondu…
Il se recula légèrement pour la regarder, prenant sa tête entre ses mains, ramenant les mèches en arrière, un coté après l’autre, cherchant les morceaux d’elle qu’elle semblait avoir perdu et qu’il allait recoller.

« Alors on sera mort ensemble… » Lui dit-il à mi-voix avant de l’embrasser avec douceur, mais aussi avec une force qui ne tolèrerait aucune rebuffade. Si elle voulait savoir pourquoi, à défaut de le lui dire, il allait lui montrer.

Sans quitter ses lèvres, il la souleva doucement du sol pour la poser sur le premier meuble venu. Il ne voulait pas l’allonger mais la garder droite, face à lui. Ils étaient égaux, ils n’étaient pas destinés à ce que l’un domine l’autre. Ils étaient sur le même pied, et il voulait qu’elle le comprenne. A la sentir contre lui, elle devait effectivement recevoir une partie du message.
Une fois Maddison assise, il posa les mains sur ses cuisses, repoussant la robe pour trouver le contact de sa peau d’abord. Il la caressa longuement, lentement, mais aussi exigeant que dans son précédent baiser. Il remonta de plus en plus haut, repoussant la robe toujours plus loin. Il sentait sa peau sous ses mains, douce, ferme, chaude. Précieuse.
n’y tenant plus, lui lui retira prestement le vêtement, la retrouvant nue et offerte. Il retira son haut de la même façon et la repris dans ses bras pour la serrer contre lui, l’envelopper de sa chaleur. Ses mains la caressait jusque dans les moindres recoins de son être, redécouvrant le grain de sa peau, comme si c’était la première fois.
Elle était sienne comme il lui appartenait. Il avait mis du temps à le réaliser. C’était venu progressivement, mais il avait fini par reconnaitre que le temps qu’ils passaient ensemble était le plus important. Il avait voulu croire que ce n’était pas incompatible avec leurs combats. L’avoir là, contre lui, lui donnait envie de continuer à y croire. Peu importait le reste. Ensemble, ils pouvaient vivre indépendamment du reste du monde. Plus rien n’avait vraiment d’importance.

Je t’aurais tout donné, si tu me l’avais demandé. Il le lui demandait, maintenant, alors qu’il finissait de les déshabiller. Il le lui demandait, maintenant, alors que ses lèvres se perdait sur les siennes, dans son cou, sur son épaule. Il le lui demandait, maintenant, alors que ses mains parcouraient sa poitrine, ses hanches, son dos. Il le lui demandait, maintenant, alors qu’il l’emmenait au dela du désir, au dela du plaisir, alors qu’il lui remettait son âme. Parce que c’était elle. Parce que c’était eux. Parce qu’elle était la première et la dernière.

Il relâcha finalement son étreinte, son front contre le sien, les yeux mi-clos, le coeur un peu fou, tremblant de tout son être, épuisé comme s’il venait de courir plusieurs kilomètres, alors que jamais il n’avait autant pris son temps pour l’aimer.
Et pour cause. Il lui avait tout donné. Ou presque. Il n’y avait qu’une seule chose qu’il lui avait toujours refusé, bien que Maddison le lui ait demandé. Mais aujourd’hui, il n’avait plus de raison de le lui refuser. Plus aucune.

Il tourna légèrement la tête, caressant sa joue de son nez, et finit par se reculer très légèrement. Juste assez pour pouvoir la regarder. Croiser son regard, lui montrer qu’il était sincère. Il lui avait peut être caché beaucoup de choses. Il ne lui avait jamais menti.

« Je suis né en Islande. » Il laissa passer un silence. « Je m’appelle Harald Freyersson. »


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Maddison DeLuca
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Ses mains ont glissé sur les miennes pour me prendre l'arme et la jeter au loin. Et mes dernières fondations se sont effondrées. J'ai fermé les yeux quand mon nez a rencontré son torse et j'ai fondu en larmes sans pouvoir me retenir. Je réalisais pour la première fois en deux ans. Jusque là, je connaissais l'information. Je la possédais, elle était là, dans un coin de ma tête, en surface, elle planait. Mais je n'avais jamais voulu concevoir, réaliser, que cet homme là était un de mes adversaires, qu'il était en réalité le leader de Liberation. Alors, pendant deux ans, je n'avais pas prononcé son nom, j'en avais dit un autre, dans ma tête, qui n'avait rien à voir avec sa faction. C'était comme s'il n'existait que pour moi et personne d'autre. Il n'était là que pour moi, un songe, un rêve éveillé, un ami imaginaire. J'avais été dans un tel état d'esprit à l'époque que je m'étais confortée dans cette danse silencieuse et c'est probablement pour cette raison que jamais personne n'a soupçonné ma relation. Parce que je n'ai jamais laissé entendre qu'il existait. Pour personne. J'ai posé mes mains sur son torse, rassurée par son étreinte et son odeur. Je prenais conscience du danger dans lequel je m'étais mise en refusant la vérité pendant si longtemps. Ma vie n'était qu'un chaos énorme et interminable. Et chaque fois que je m'en rendais compte, après m'en être cachée pendant des mois, j'avais l'impression que... C'était moi qui n'existait pas. Et je me suis souvent sérieusement posée la question à ce sujet.

J'ai relevé les yeux sur lui, frissonnant sous ses gestes simples qui m'apaisaient et dont je me rendais compte avoir terriblement besoin. Tout était toujours fort et intense avec lui, il n'y avait pas de demie mesure. Même quand nous ne faisions rien, que nous restions l'un à côté de l'autre, même quand nous discutions simplement, ou que nous rions car oui, cela arrivait, son regard était intense. Les gestes qu'il posait sur moi n'étaient jamais innocent. J'ai reçu son baiser, néanmoins hésitante. Si je ne l'ai pas repoussé, c'était parce que je ne savais plus comment faire. Rien ne marchait. Quoi que je fasse, il était là. Alors j'ai fini par répondre et mes mains sont remontées de son torse à son cou. J'ai senti ses bras me soulever mais je n'ai rien dit. J'aurais peut-être aimé qu'il parle au lieu d'agir, pour une fois. C'était à croire que c'était bien là le seul langage qu'il connaissait. Je parlais le même mais j'aurais aimé avoir une certitude. Mes mains sont restées hésitantes et mes lèvres ne l'ont pas quitté. Je sentais la chaleur monter en lui, au creux de ses mains sur la peau de mes cuisses. Le souffle court contre ses lèvres, je l'ai arrêté d'une main, sans rien dire, mais je ne me suis pas écartée. J'ai plissé le front et j'ai dégluti.

Si je ne faisais rien, si je ne disais rien, j'acceptais l'entièreté de cette relation. Ce qui signifiait que je m'avouais être liée à Liberation d'une façon ou d'une autre. Mais un autre détail - plus puéril - me dérangeait. Il n'avait jamais démenti. Cette Eve était plus qu'un simple membre de Liberation et il ne revenait pas là-dessus. Pourtant, ses gestes, ses caresses, je les entendais encore me crier que j'étais la seule. Son souffle me murmurait qu'il n'y avait que moi. Que c'était moi qu'il voulait. Et si je me trompais ? Et si j'avais eu tort de douter de lui ? Comment aurais-je réagi si je n'avais pas cru que Clyde avait infiltré sa Bonnie chez moi ? Je me suis surprise à penser que je me serais proposée de moi-même pour l'aider dans sa quête. Pour éviter toute guerre, tout conflit. Pour conserver ma relation avec lui mais aussi la paix qui demeurait entre nos deux factions. Notre histoire était aussi basée là-dessus : nous gardions un oeil sur l'autre, même inconsciemment. Je ne sais pas si on pouvait parler d'amour pour Abel et moi. De relation particulière, assurément, mais d'amour ? Je n'en suis pas si sûre. Mais la confiance était là. Il ne mentait pas, ce n'était pas son genre de mentir. Et quand bien même il le faisait par omission alors j'avais un sentiment d'autant plus puéril que tout le reste à assouvir : j'allais lui faire oublier cette fille. J'ai repris ma respiration et doucement, j'ai libéré sa main, remontant la mienne le long de son bras jusqu'à sa nuque. J'ai rejoint ses lèvres, répondant enfin totalement à ses baisers. Je l'ai laissé me déshabiller, cherchant sa chaleur en me collant à lui. J'ai resserré mes jambes autour de ses hanches et je l'ai laissé me dire le reste. J'ai profité de sa douceur et de ses gestes plus qu'il ne le fallait. J'ai frissonné et tremblé, j'ai respiré, capté l'air qui nous entourait. Je ne me suis pas contentée de survivre grâce à lui, j'ai vécu avec lui. Et pour lui.

Je n'avais pas bien chaud. Son épaule dans ma main, je reprenais doucement conscience des réalités en regardant la chambre, mes lèvres contre sa peau. En le sentant s'éloigner, je lui ai embrassé l'épaule avant de relever les yeux sur lui. J'ai capté son regard sans rien dire, allant caresser son visage d'une main. Mon pouce a glissé tendrement sur son sourcil, un geste attentif dont j'avais pris l'habitude avec lui. Mais à ses mots, je me suis sentie coupable. Je ne sais pas si c'est parce que l'hôtel avait coupé toutes les arrivées d'eau ou bien parce que Abel avait calmé le jeu, je n'entendais plus rien que sa voix. Non, il ne m'avait jamais menti. Mais ce n'était pas mon cas. Ca m'était arrivé. Une ou deux fois. J'ai baissé les yeux une seconde, une main sur son torse et puis j'ai souri, me souvenant de sa remarque quant à mon tatouage et la langue parlée en Islande.

– Les pertes de mémoires, ça a l'air de famille... - Un rictus espiègle, mais pas entièrement détendu, et puis j'ai acquiescé en le dévorant des yeux. - On fera avec...

Je l'ai resserré contre moi, dans mes bras en me redressant suffisamment pour venir l'embrasser chaudement, l'emprisonnant dans une étreinte pourtant des plus douces. J'ai inspiré contre ses lèvres, mes doigts se mêlant à ses cheveux, ma poitrine contre son torse. Je frissonnais de froid. Je ne sais pas si c'était parce que toute la pression était retombée, mais je ne cherchais que sa chaleur, rassurante, sécuritaire. J'ai coulé mon nez dans son cou et lui ai embrassé la peau, mes doigts parcourant son torse. Dans une voix éloignée, j'ai finalement répondu.

– C'est quand même mieux que Abel.

J'ai froncé les sourcils en m'apercevant d'un détail. Une fissure dans le mur. J'ai redressé la tête avec curiosité. J'étais persuadée qu'elle n'y était pas avant. Une chose pareille, sur un pan de mur vierge comme celui-ci, je l'aurais vu. Avais-je si peu eu conscience de mon pouvoir ?



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Abel Henoch
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Même s’il n’avait pas douté un seul instant qu’elle réponde favorablement à son étreinte, il s’était senti soulagé lorsqu’elle lui avait donné l’accès à son corps, à son âme, s’abandonnant avec la même passion que lui. Elle avait depuis longtemps imprimé sa marque en lui, mais cette fois, il lui semblait que cela avait un gout d’absolu et de définitif qui lui convenait.
Auraient-ils été autant l’un pour l’autre s’ils s’étaient connus dans dans d’autres circonstances ? Auraient-ils été un de ces petits couples bien sous tout rapport ? Ou se seraient-ils lassés l’un de l’autre sans la force qu’ils avaient développé du fait de leurs histoires respectives ? Bon en étant parfaitement honnêtes, à défaut d’une telle évolution du monde, ils ne se seraient jamais rencontrés. Les parents de Maddison peut être même pas, s’ils avaient été tous les deux Positifs. Cette altération génétique avait changé la donne et leurs destins. La notion d’univers parallèles lui étant étrangère malgré les digressions de Maddison un peu plus tôt, il n’imaginait pas qu’il puisse exister d’autres réalités où Maddison et lui étaient différents, où Yu n’existait pas… Cet univers était de toute façon le seul qui importait.
Celui où elle se blottissait frileusement contre lui, ses jambes enlacant encore ses hanches, où son coeur accusait encore le coup de leur étreinte et où sa main le caressait avec une tendresse dont il ne se lassait pas. Il aurait pu se contenter simplement de sa main sur sa joue, son pouce soulignant son arcade. Si c’avait été tout ce qu’il pouvait avoir, il l’aurait accepté. Mais désormais, il savait. Et elle aussi. Peu importait le reste. Il n’imaginait rien qui pourrait se mettre entre eux.

Il jeta un vague coup d’oeil vers la salle de bains et stoppa effectivement l’arrivée d’eau. L’hotel n’apprécierait peut être pas un dégât des eaux plus généralisé. Et puis c’était de sa faute. Il n’avait plus perdu le contrôle de la sorte depuis longtemps, ça lui faisait bizarre. Elle lui faisait cet effet là, et quoi de plus ? Quelle importance, après tout ?

Elle resserra ses bras autours de lui et il ne lui vint meme pas à l’idée de protester. Il ferma les yeux dans un sourire amusé à sa remarque, après avoir fait un effort de mémoire pour comprendre à quelle perte de mémoire elle faisait allusion le concernant. Et puis il s’était souvenu du tatouage. Bien sur… Il avait joué l’innocent. Sans doute ce qui se rapprochait le plus d’un mensonge dans tout ce qu’il lui avait jamais dit.

C’est quand même mieux que Abel

« Si tu le dis ! » Avoir dit son nom à voix haute lui avait semblé étrange. Il se l’était ressassé au long de son instruction, pour ne pas l’oublier. Mais il ne l’avait plus jamais prononcé, ni entendu prononcé depuis plus de 20 ans. Sa dernière bravade en Siberie l’avait laissé à moitié mort tant ses instructeurs avaient mis d’énergie à lui rappeler qu’Harald Freyersson n’existait plus. Alors pouvoir le dire ainsi résonnait étrangement, et il en ressentait une certaine gène. La peur ne s’effaçait jamais totalement, il fallait croire…

Il commençait à avoir froid lui aussi, et il avait retrouvé un semblant de calme et de force après ce morceau de bravoure. Ils allaient choper la mort à rester là, les pieds dans la mare d’eau. Alors, prenant Maddison sous les fesses, le nez toujours dans son cou, il la souleva pour la porter jusqu’au lit où il se laissa tomber avec elle, ramenant la couverture sur eux, et avec un rire de gamin. Comment il pouvait se sentir aussi détendu après avoir été à deux doigts de faire sauter toutes les canalisations du pâté de maison, ça tenait du mystère. Il espérait avoir dissipé une partie de la tension entre eux, histoire qu’ils puissent parler tranquillement - de pourquoi elle l’avait fait venir si ce n’était pas à cause d’Eve, de pourquoi Eve était un problème. Mais il voulait encore profiter de cet instant, le faire durer.

Il passa sa main autours de la taille de Maddison pour la ramener vers lui. Plus que jamais il voulait laisser le moins d’espace possible entre eux. Il cala la tête de la jeune femme sur son épaule, sous son menton, un sourire aux lèvres qui s’entendait dans sa voix, alors qu’il jouait machinalement avec ses mèches de cheveux, appréciant leur texture et leur douceur. L’autre main effleurait la peau de Maddison sans s’interrompre un seul instant.

« Je ne crois pas me souvenir que l’amnésie soit une maladie héréditaire. » Répondit-il à Maddison, se méprenant sur le sens des paroles de sa partenaire. « Cela dit, si tu es prête à encaisser les tares familiales… Pas de soucis. Tu m’avais déjà dans les pattes. Maintenant tu as Eve en prime ! » Il avait parlé littéralement, pensant que Maddison avait fini par comprendre que s’il s’était autant inquiété, c’était parce qu’il s’agissait de sa soeur. Il lui en avait déjà parlé, sans la nommer. Il lui paraissait tellement évident qu’il s’agissait d’elle qu’il n’avait envisagé aucune autre possibilité.

« Je ne sais pas comment résoudre ce problème d’ailleurs... » Qu’Eve soit amnésique n’était pas prévu au programme, et aucune porte de sortie ne pourrait fonctionner dans ces conditions. L’Underground était finalement le seul foyer dont elle avait le souvenir. La sortir de là, même pour la mettre dans un environnement qu’elle était supposée connaitre, n’était peut être pas la meilleure chose à faire. Mais laisser sa soeur, qui avait besoin de lui, ne lui plaisait pas plus que lorsqu’il l’avait laissée au lieu de Gen.


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Maddison DeLuca
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Abel m'a sortie de mes pensées en me soulevant. Je n’ai pas eu à loisir de réfléchir plus à cette nouvelle manifestation étrange de mon pouvoir, sûrement dû à ma rencontre avec Samael. Je me suis souvenue du visage de Reese, remplaçant celui d’Abel. Alors, je me suis d'autant plus serrée contre lui pour chasser toutes ces choses que je ne comprenais pas, embrassant son cou avant de revenir sur son visage pour couvrir ses yeux de baisers. Je l'ai laissé me faire tomber avec lui, mêlant mes jambes aux siennes avant de m'enrouler dans la couverture avec lui pour finir contre son torse. J'ai balancé la tête, ramenant mes cheveux derrière mon oreille. S'il avait ri - ce qui était suffisamment rare pour mentionner les frissons qui me parcouraient jusque dans le bas du dos - je m'étais contentée de sourire. C'était mon tour de conserver mes réserves, peut-être même de garder quelques distantes, d'habitude plutôt joviale. J’aimais être moi-même avec Abel, j’avais ce sentiment, pendant un instant, d’être loin de toute cette guerre. Dans un monde un peu plus… Banal. Bien que rien ne pouvait être normal avec lui. C’était sûrement ce que j’aimais le plus : il savait m’étonner, me surprendre. La vie n’était pas un long fleuve tranquille. Mais j'étais encore tendue, oui, j'avais exprimé des choses que j'aurais préféré garder encore pour moi. Je me posais d'autant plus de questions maintenant qu'avant. Mais mes gestes ne perdaient pas en tendresse ni en délicatesse. Il y avait pourtant toujours ce voile sombre. Cette impression que nous ne pouvions communiquer que... Comme ça. Par l'intensité, le sexe et l'impulsion. Une drogue. Je n'étais pourtant pas pour une petite vie de couple bien rangée. Ce n'était pas moi, ça ne me ressemblait pas. J'avais vu Sean et Ari et en toute honnêteté, ça ne m'intéressait pas. J'avais des choses bien plus importantes à faire. J'étais aussi convaincue que Abel ressentait la même chose à ce sujet. Nous n'avions rien d'un couple, ça... C'était certain. C'est ça, Abel était une drogue. Ma drogue, celle dont j'avais besoin pour recharger mes batteries, continuer d'avancer, gagner des forces et de la confiance. Avouez tout de même que c'était plus sain qu'autre chose. Et ce n'était pas un inconnu - ce qui ne m'intéressait pas non plus - il me voyait, il savait qui j'étais à défaut de ce que j'étais.

J'ai calé ma tête contre lui et j'ai fermé les yeux, savourant la chaleur qui me parcourait enfin le corps. Je traçais des formes invisibles sur sa peau quand il a repris la parole et j'ai froncé les sourcils. J'avais évoqué la famille pour Liberation, de la même façon que l'Underground était la mienne, de coeur. J'ai rouvert les yeux en réfléchissant. "Héréditaire" ? Quoi, Sam était sa fille maintenant ? ... ou sa mère. Non, c'était impossible. Et puis ça m'a frappé. J'ai inspiré profondément en fermant les yeux et j'ai enfoui mon visage dans son cou.

– Ta soeur... Bien sûr. J'avais oublié que tu avais une soeur. - J'ai grogné en me cachant d'autant plus le visage dans mes mains, me sentant profondément stupide. - Je suis désolée...

Je n'étais pas fière et j'avais l'impression de lui avoir servi sur un plateau une scène de jalousie bien extrême. Bien sûr, ce n'était pas le cas, ou du moins, c'était bien plus compliqué que de la simple jalousie. Mais je m'en voulais tellement d'avoir réagi de façon si impulsive alors que j'aurais pu réfléchir deux secondes avant de le condamner. Abel restait une personne fiable sur laquelle je pouvais compter. Du moins, je l'espérais. Le pouvais-je seulement, en fin de compte ? Voilà une bonne question qu'il réveillait en mentionnant Eve. Son inquiétude, marquée d'un questionnement sans choix multiples m'a extirpé un sourire. J'ai inspiré profondément en me redressant, une main soutenant ma tête. Je lui ai pris le menton entre mes doigts, mon pouce glissant de sa lèvre. J'ai ramené une mèche de cheveux derrière mon oreille pour le dévisager et puis je lui ai souri, plus franchement que quelques secondes plus tôt. J'ai caressé son visage en penchant la tête, mon index effleurant ses lèvres.

– Je crois que tu en as assez fait comme ça, je vais prendre le relai à partir d'ici, si tu veux bien. - J'ai plaqué ma main sur sa bouche pour l'empêcher de répondre et j'ai haussé les sourcils en secouant la tête. Je n'ai rien dit pendant quelques secondes, lui signifiant qu'il n'avait pas à m'interrompre. - L'infiltration, c'est décidément pas ton truc. - C'était le mien. J'avais dit ça sur un ton suffisamment enlevé pour faire passer un peu d'humour, tenter de détendre l'atmosphère de la même façon que lui. J'ai retiré ma main doucement avant d'appuyer mes lèvres contre les siennes pour le faire taire. J'ai inspiré profondément et j'ai passé mes bras sous son cou pour venir l'embrasser avant de poser mon front contre le sien en fermant les yeux. J'ai repris d'une voix douce qui n'appelait pas non plus de discussion possible. - Tu ne peux rien faire, de toute façon.

Je l'ai embrassé à nouveau avant de relever la tête. Je crois que je le dévorais du regard. Encore plus maintenant que jamais. Ce goût d'absolu qu'il ressentait me gagnait avec cette conviction que je ne m'étais pas trompée sur lui, j'étais la seule, autant qu'il n'existait que lui pour moi. Mes doigts caressaient son visage et le couvant du regard.

– Sam. C'est comme ça qu'on l'appelle. Enfin... C'est comme ça que Skandar a décidé de l'appeler. Un véritable petit garde du corps ! Personne ne peut l'approcher, il montre les dents dès que quelqu'un fait trop pression sur elle. Il se sent investi d'un devoir envers elle, j'imagine. C'est lui qui l'a trouvée, inconsciente et il l'a ramenée chez nous. Autant te dire qu'une inconnue dans nos murs dont on ne sait rien... Je n'ai pas été la seule à voir ça d’un mauvais oeil. Mais Skandar est intelligent et plutôt malin, je dois reconnaître que j’ai foi en son jugement même si ça n’a pas toujours été le cas à cause de son âge. A son réveil, elle ne se souvenait de rien. Son nom, d'où elle venait... Rien. Un violent coup sur la tête et c'est comme une page blanche, vierge à l'exception de quelques informations comme... La capitale du pays, le cour du dollar américain bien trop élevé pour nous, pauvres pécheurs, ce genre de trucs. Mais notre soigneuse est optimiste. Moi moins. - J’ai gardé le silence quelques secondes en me frottant un oeil et j’ai repris en soupirant, visiblement lasse - Ca fait plus d'une semaine qu'on dort à peine à cause de cette histoire. On ne veut pas qu'elle sorte. Nous avons d’abord pensé qu’elle était recherchée, qu'on avait tenté de la tuer et que Skandar avait réussi à les faire fuir en les voyant. Pendant des jours, nous avons scruté les caméras de surveillance dans tout le quartier, nous assurant que personne ne rôdait mais son amnésie nous a rendus frileux. Ce qui la rend totalement dingue. Elle n'est pas véritablement enfermée, mais il est vrai qu’elle ne voit pas le jour et son caractère est si… Explosif ! - J’ai écarquillé les yeux, aussi excédée que je pouvais l’être - On ne sait rien d'elle et nous avons des précautions à prendre. Tous les jours, je travaille avec elle pour tenter de trouver son pouvoir et on passe les réseaux au crible avec sa photo pour trouver quelque chose, mais rien. Absolument rien. Le néant. Cette fille n'existe pour personne. - J'ai haussé les sourcils en le regardant - De quoi te rassurer au moins là-dessus. - J'ai secoué la tête - Peu importe ce qui s'est passé. Je veux juste éviter une guerre inutile. Et c'est ce qui t'attend si tu viens mettre tes gros sabots de gros tanks chez nous, tu vois ce que je veux dire ? - Le front soucieux, je l’ai dévisagé, l’ordonnant silencieusement de m’écouter attentivement. Après un temps, j’ai pris un risque. Mais après tout, c’était une décision qui ne concernait que moi. Avant même de savoir qui était Samiha, je l’avais déjà prise. J'ai apposé mon index pour barrer ses lèvres, ne parlant que dans un murmure. - Je suis dans une situation... Fragile. Et ça me terrifie quelque peu, je le reconnais. Tu n'aurais jamais dû me le dire. J'aurais préféré ne pas le savoir. Si quelqu'un apprend ce que je sais, ce que tu représentes… Je ne donne pas cher de moi, l’Underground, ce sera fini pour moi. Mais c’est le seul moyen. C’est mon choix, c’est un risque que je prends volontairement, tu ne pourras pas m’en empêcher. C'est le meilleur moyen pour éviter une Croisade, une guerre civile, que sais-je encore… Vous me fatiguez. Vous êtes plus butés les uns que les autres et c'est moi qu'on traite d'impulsive, inconsciente, imprudente, j'en passe.

J'ai glissé ma main sur son visage, mêlant le bout de mes doigts à ses cheveux sans le quitter des yeux. Il pouvait avoir confiance en moi. Et pour le coup, il le devait. Il n'avait pas le choix. Aussi têtu qu'il pouvait être, il devrait reconnaître qu'il n'avait absolument aucun contrôle sur la situation. Peut-être que, quelque part, j'aimais avoir, moi, le contrôle sur cette situation. Pas pour avoir le pouvoir sur Abel. Ou même Liberation... Mais peut-être pour prouver que l'Underground valait mieux que Liberation. Qu'à trop chatouiller le danger, voilà ce qui arrivait. Je nous avais toujours considérés plus prudents, plus aptes à gérer des situations de crise car la tête froide. Abel et Liberation étaient animés par la vengeance, nous l’étions par l’avenir. Je comprenais le sens de leur Vendetta, bien sûr, mais je ne le cautionnais pas. Comment le pouvais-je ? Pourtant, ma mère m’avait élevée au sein d’un groupe semblable à Liberation. Mais mon destin s’était scellé quelque part dans les prémices de l’Underground en 55. C’était mon héritage. Je me devais de l’honorer, après tout, non ? Mon père et Evan étaient morts pour la cause, en voulant défendre des Candidats comme Abel, ou sûrement sa soeur si je pouvais me permettre d’arriver à cette conclusion. J’ai commencé alors à me poser de véritables questions à leur sujet. Pour qui marchaient-ils réellement ? Etaient-ils tous des Candidats, alors ? Mais j'étais réellement désolée. Je comprenais Abel et son engagement. Si une chose pareille devait arriver à mon propre frère... Je n'en dormirais plus. Alors, mon travail, plus que n'importe quel autre en cet instant, était de le rassurer. D'être là pour lui. De faire ce sacrifice pour lui, en un sens. J'ai posé mes lèvres contre les siennes pour l'embrasser tendrement et j'ai gardé mon front contre le sien en fermant les yeux, sans plus hausser le ton que précédemment.

– C'est mieux que tu me laisses gérer maintenant. Il ne lui arrivera rien. Tout se passera bien. Du moment que tu n'essayes pas de jouer les héros. D'accord ? Je ne la quitterai pas des yeux. Je te le promets.

C'était une promesse à voix basse. Plus qu'une promesse, même, un serment. Qu'il le veuille ou non, je le ferai. Parce que j'aurais tout fait pour lui, parce que qui sait ce que j'aurais donné pour lui, qui j'aurais pu trahir. Après tout, n'était-ce pas déjà ce que j'avais fait ? Trahir Reese ? N'était-ce pas de là que mon doute partait ? Je n'avais pas le même rapport de confiance avec Maze. Nous nous entendions mais nos opinions étaient radicalement opposées, un peu comme celles de Liberation. Maze représentait aujourd'hui un danger, à mes yeux. Je n'avais l'impression de devoir rendre des comptes qu'à Reese. Et être avec Abel, en toute connaissance des choses, signifiait lui mentir. Ce que je détestais, mais je doutais qu'il puisse comprendre une chose pareille. De nous tous, aussi étrange que cela paraisse, Reese était celui qui croyait le plus en l'Underground. Plus que Maze, plus que moi, plus que Maze et moi réunis. Je vivais depuis près de deux ans dans ce doute constant, cette décision en suspens. Abel ou Reese. Un jour, je devrai choisir et vous savez ce qui m'anéantissait le plus ? C'est que peu importait mon choix, je savais que c'était la bonne décision. Si seulement je pouvais savoir ce qui arrivait dans les deux cas... Mais Samael m'avait prouvé une chose : mon indécision rendait le futur totalement incertain, imprécis, ce qui, dans mon cas, était des plus angoissants. Je ne supportais pas de ne pas savoir. Je me sentais aveugle.

– Mais je vais avoir besoin de ton aide.

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Abel Henoch
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Une fois installés dans le lit, il savoura cet instant ensemble. Ce n’était pas souvent qu’ils s’adonnaient vraiment à ce genre de pause. Finalement, ils se retrouvaient en général entre deux portes, au Saloon souvent, en ville parfois. Bien sur, jamais à l’Underground… Il avait pu mettre son groupe sur la voie pour cette infiltration par quelques conjectures, mais il n’était sur de rien… Qu’Eve soit au moins arrivée à bon port était déjà une bonne nouvelle.
Maddison contre lui, il se détendit progressivement, se laissant aller à une certaine torpeur. Il sentait qu’elle le caressait, et cela lui tira un sourire. Il n’avait pas souvenir de s’être déjà senti aussi bien. Ils avaient eu des bons moment, Maddison et lui. Mais de cette façon ? Il n’en était pas sur que cela lui soit jamais arrivé.

Un blanc passa, et Maddison sembla se rappeler qu’il avait une soeur. Elle avait oublié ? En la sentant plonger le nez dans son cou, il se mit à rire.
« Tu n’as pas être désolée, ce n’est pas de ta faute… Mais… » Il essaya de se mettre à sa place, sur ce qui avait pu la faire réagir de la sorte. Il n’arrivait pas à trouver d’explication logique. Il ne voyait personne d’autre pour qui il aurait pu se montrer aussi inquiet que Eve, à part Maddison. Et cette dernière se portait comme un charme. « … qui pensais tu que ça pouvait être ? Je veux dire… A part ma soeur ? Je sais qu’on n’en a pas parlé souvent - heureusement, elle prend assez de place comme ca… Mais tout de même… j’aimerais comprendre ? » Rien en tout cas dans sa vie et son « éducation » ne pouvait lui faire penser à une quelconque jalousie. Il n’était tout simplement pas équipé pour. Pourtant… Collez un jour Maddison à un autre homme, la réaction ne se ferait sans doute pas attendre…

Mais peu importait. Elle lui fit tourner la tête, effleurant ses lèvres, et lui-même repoussait machinalement les cheveux de la jeune femme, caressant son front de son pouce, quand elle se mit à parler. Elle avait bien anticipé, la bougresse, en lui mettant la main devant la bouche. Bien sur qu’il comptait protester ! Il continuait à penser que ce n’était pas le rôle de Maddison d’intervenir. Qui plus est, il trouvait particulièrement ironique qu’elle le trouve mauvais en infiltration… Vu le soin pris à sa formation, le MSS apprécierait surement. Et puis il avait quand même passé un temps conséquent sur le territoire américain sans être repéré… Cela dit, c’était sans doute une partie de sa vie qu’il n’allait peut être pas détailler avec elle. Elle ne le lui avait jamais demandé, qui plus est, contrairement à son nom.
Plus intéressant était qu’elle l’embrasse. Baiser qu’il lui rendit avec un sourire et un soupir amusé. Elle avait raison, il ne pouvait pas faire grand chose lui-même. Il ne pouvait décemment pas entrer dans l’Underground - d’abord parce qu’il n’en connaissait pas les entrées précisément, ensuite parce que ce serait trop violent, effectivement. Il n’était pas question de foncer dans le tas sans réfléchir. Mais quelle autre porte avait-il ? Il n’avait aucun moyen d’atteindre Eve. Il était dans tous les cas obligé de faire confiance à Maddison. Non que ça le dérangeât outre mesure. Ce n’était pas d’elle qu’il se méfiait. Plutôt des autres… De ceux avec qui elle traitait, de ceux avec qui elle travaillait. Il ne les connaissait pas, et certains étaient des Négatifs. Pleins de bonnes intentions. Mais que pouvaient-ils cacher ? Avait-il le choix ?

Contre lui, Maddison commenca à lui expliquer ce qui était arrivé à Eve - Sam. Ce changement de prénom le fit grimacer. Il ne goutait pas ce genre de changement. Surtout si c’était un mec qui l’avait baptisée. Parce que oui, c’était bien un mec. Aussitôt, Abel l’imagina petit à tête de fouine. Une sorte de copie de Garin. Parce que bien sur, Eve ne risquait pas de s’intéresser ou attirer l’intérêt d’un garçon bien sous tout rapport. Elle avait eu Jason sous la main, voire même Jericho - quoiqu’un peu trop désinvolte à son gout - mais non, elle avait porté son affection sur Garin…

« Je comprends que vous ne vouliez pas la laisser se promener seule… Sans connaitre l’étendue de ses troubles de la mémoire, il existe un risque qu’elle disparaisse et ne retrouve pas son chemin. Et puis vous ne pouvez pas savoir à qui elle parlera… Mais... » il se mit à rire. « La connaissant, oui, j’imagine qu’elle doit vous faire la vie dure ! » Ca au moins, elle ne l’avait pas perdu. Qu’elle ait oublié des choses, il arriverait à l’accepter. Mais qu’elle ait changé dans ce qui la caractérisait, c’aurait été difficile à avaler.

« Eve… Sam si tu préfères… Est capable de bloquer les pouvoirs, de désactiver les mutations. Je n’ai jamais bien compris comment elle fonctionne. Je sais par contre qu’elle trouve - ou trouvait très drole - d’embêter tout le monde avec ca. Jamais en mission bien sur. Mais en général au meilleur moment pour nous rendre chèvres. Mais c’est normal que vous ne trouviez rien. Du tout. Quand on l’a affectée à la mission, on s’est assuré que rien ne la trahisse. Je me doutais bien que vous seriez méfiants. Avec raison, je n’en aurais pas fait moins. » Jericho avait bien bossé.

Il passa la main dans les cheveux de Maddison et déposa un baiser sur le sommet de son crâne.

« Ce n’était pas prévu. Je ne t’en ai parlé que parce que je pensais que tu avais tout découvert, pour une raison ou une autre. Sinon, je n’aurais rien dit. Sa couverture est trop importante d’une part. Et je ne voulais surtout pas que tu sois impliquée… C’est trop tard, maintenant... »

Il tourna la tête pour la regarder.

« Tu as besoin d’aide pour quoi ? »


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Maddison DeLuca
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Je n'ai pas répondu à ses questions. S'il ne saisissait pas ma jalousie, ce n'était pas moi qui lui ferais alors remarquer. Je voulais profiter de notre moment rien qu'à nous. Si nous avions plus de temps que d'habitude, le timer sonnerait tout de même le lendemain matin au moment de rendre la chambre. En attendant, ici, nous étions tranquilles. Personne ne viendrait nous chercher, nous étions seuls et je m'accordais autant une pause de l'Underground que de ma vie tout entière. Alors si Abel ne percutait pas, c’était tant mieux, et je m’en félicitais. Quoiqu’il en soit, j’avais tout de même besoin de lui dans cette histoire.

– Faire en sorte que tout se passe bien.

J’ai relevé les yeux sur lui et lui ai offert un sourire. Je lui étais déjà reconnaissant de m’aider sur le pouvoir de sa soeur. Nous pourrions au moins avancer de ce côté-là. Je ne savais pour combien de temps mais j’espérais être là lorsqu’elle se souviendrait de qui elle était. Selon moi, il valait mieux pour conservait cette paix fragile entre nos deux groupes. J’ai pris la main d’Abel dans la mienne et lui ait embrassé les doigts en le dévisageant. Je me posais un tas de questions mais n’osais pas en formuler une seule à voix haute. Pas que j’avais peur de sa réaction. J’avais peur de cet instant extrêmement fragile que je ressentais. Il était là, je l’étais aussi, mais j’avais exprimé quelque chose qui sommeillait en moi depuis des mois et dont je n’avais pu parler à qui que ce soit. Personne ne connaissait l’existence de Abel et je n’étais pas du genre à parler de ma vie privée. C’est à dire : celle en dehors de la police et de l’Underground, ce qui laissait très peu d’heures, finalement. J’ai gardé la main d’Abel dans la mienne, mes lèvres toujours pressées contre ses doigts. Mais à demi mots, il avait également exprimé des choses que je ne pouvais négliger. Parler de Liberation ou de l’Underground dans un moment pareil revenait à jouer un quitte ou double. Soit notre relation s’en révélait plus forte, plus solide encore, basée sur une confiance à toute épreuve. Soit elle s’effritait, creusant un gouffre d’autant plus profond et large que celui qui nous séparait déjà initialement. Etais-je prête à prendre ce risque ?

Il fallait croire que je manquais de courage. Ou bien que je faisais preuve de lâcheté lorsque Abel était concerné. Finalement, le moment venu, celui qui douterait de la décision à prendre, nous savions tous de qui il s’agissait. J’ai souri un peu plus, décidant de préserver ce que nous avions, que je jugeais bien précieux. Nous avions fait avec nos secrets respectifs jusque là, pourquoi cela n’aurait-il pu continuer ainsi ? Et s’il se posait des questions sur les raisons de mon observation silencieuse, je me suis serrée contre lui, lâchant sa main pour encadrer son visage et caresser doucement son sourcil.

– J’adore ce visage. Je t’ai déjà dit combien j’aimais ce visage ? - J’ai souri un peu plus en lui embrassant la paupière. Puis son nez, j’ai parcouru sa peau de mes lèvres jusque dans le creux de son cou - Ton visage et tout ce qui s’y rattache…

Oui, j’étais faible. Je laissais couler. Du moins, pour l’instant. Je préférais profiter d’Abel plutôt que de penser à l’Underground, ma maison. Je ne posais pas de questions, je ne cherchais pas à comprendre quand bien même je me demandais ce qu’il pouvait chercher à l’Underground pour avoir pris le risque d’y envoyer sa soeur. Non, je faisais l’autruche. Je n’en étais pas fière mais je refusais de perdre encore du temps. Un temps qui m’apparaissait précieux. Je poserai mes questions… Plus tard.

Pour l’heure, je me suis lovée contre lui, embrassant son torse avant de reposer ma tête contre lui, l’enfermant dans un bras. J’ai joué du bout de l’index sur son épaule en suivant mon geste du regard. Mais maintenant qu’il m’avait dit d’où il venait… J’avais envie d’en savoir plus, chose qui ne m’était jamais venue l’esprit. Mais il avait pris tellement de soin à ne pas vouloir me dire son simple prénom… Combien de temps mettrait-il à me parler de lui si je lui demandais maintenant ? Tout ce que je savais c’est que je ne m’étais jamais sentie aussi proche de lui et en même temps aussi lointaine.



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Abel Henoch
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Elle avait ignoré ses questions. Qu’y avait-il à cacher pour qu’elle ne prenne pas le temps de lui expliquer tout simplement ce qui avait pu lui passer par la tête ? Peut être qu’il lui demanderait plus tard. Sinon… Il avait toujours Jason sous la main, peut être pourrait-il lui expliquer quelle subtilité lui avait échappée. Il n’avait guère envie de relancer une quelconque polémique vu comment avait tourné la derniere, de toute façon. Il faudrait qu’il dissipe l’humidité avant qu’ils ne quittent la chambre, au minimum. Pour le reste… Il ne pouvait guère faire mieux.

Faire en sorte que ça se passe bien

Rien de bien compliqué en soi. Il était désormais le seul à savoir ce qui était exactement arrivé à Eve. Il pourrait simplement rassurer les autres - Garin en particulier, meme si ça lui faisait mal de le reconnaitre - et leur donner des informations sur le fait qu’elle allait bien et faisait correctement son travail. Il pourrait toujours arguer qu’ils n’avaient pas besoin de connaitre les détails pour l’instant. Ou qu’elle n’avait rien communiqué de concluant, pour l’instant. Il supputait que Garin ne se contenterait pas de ça. Mais Abel se faisait fort de le remettre au pas, comme il l’avait toujours fait depuis que le blondinet imprévisible les avait rejoints. Abel regrettait encore le jour où il avait dit oui à son intégration. Encore aujourd’hui, il doutait de sa loyauté. Il doutait de sa capacité à faire le choix qui s’imposait - peut être parce qu’il avait hésité à abattre Stenton au moment critique.

Au lieu de ça, il se contenta de la regarder et de lui rendre son sourire. Il avait toujours été surpris de la propension qu’avait Maddison à lui faire oublier un peu la folie qui les entouraient. Il lui semblait parfois qu’ils s’étaient construit un monde bien à eux où, pendant quelques minutes ou quelques heures - jamais plus - le reste du monde disparaissait. Il ne se demandait pas pourquoi ni comment. C’était simplement un fait. Ensemble, ils avaient ce pouvoir là. C’était peut être le seul, mais il pouvait se révéler précieux, surtout lorsque les événements autours d’eux leur échappaient.

Il la regarda embrasser le bout de ses doigts avec l’ombre d’un sourire. Elle était tellement surprenante. Prête à tout détruire sur son passage un instant, elle devenait d’une adorable douceur celui d’après. De sa main libre, il parcourait doucement sa peau, le creux de sa taille, effleurant son ventre avant de parcourir son dos. Etait-ce ainsi que se sentaient les autres ? Ceux qui avaient eu une vie … normale ? Ou était-ce plus fade que ce qu’ils vivaient parce que dénué des flammes opposées qui les animaient tous les deux ? Pouvait-on apprécier la paix quand on ne connaissait pas la guerre ? La majorité des gens ne savaient rien des combats qu’ils menaient, tout en se plaignant que la vie était difficile. Mais même si l’attaque avait changé la donne, combien se donnaient la peine de se battre pour changer les choses ? Non ils ne pouvaient pas avoir seulement la notion de ce qu’il pouvait connaitre avec Maddison, même s’il ne pouvait pas mettre de mots dessus.

Lorsqu’elle commença à lui parler tout en le caressant et en l’embrassant, il sourit plus largement et partit même d’un petit rire.

« Qu’est ce que tu veux que je réponde à ça ?! »

Il passa la main sous la hanche de Maddison et la souleva pour qu’elle se retrouve à califourchon sur lui. Il posa ses mains au dessus de ses fesses et la regarda d’un air faussement sérieux, pendant que ses pouces la caressaient.


« Tu ne l’as jamais dit. Mais je l’avais présumé. Traite moi de prétentieux,  mais que tu me reviennes aussi souvent aurait été étrange, sinon… »

Il remonta le long de ses côtes, effleura sa poitrine et pris son visage entre ses mains pour l’embrasser avec force et douceur à la fois.

« Maintenant dis moi... » Il eut un petit froncement de sourcils - roulement de tambour - avant de poursuivre « Si je ne suis pas là parce que tu as capturé et fait parlé ma soeur et décidé de m’émasculer en représailles, pourquoi cet appel urgent alors ? » Back to basics…


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Maddison DeLuca
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Je ne me lasserai jamais de son rire. Il était si rare qu’il m’arrivait d’en oublier le son. Alors à chaque fois, il résonnait en moi d’une étrange façon. S’il se pensait et se voyait comme quelqu’un de mécanique, de bien entraîné, ce n’était bizarrement pas mon cas. Mais je ne connaissais pas sa vie, ni de quoi il était fait. Je ne savais que ce qu’il était aujourd’hui et c’était tout ce qui m’importait. Le reste n’appelait que de la curiosité, peut-être même un peu déplacée. Mais j’ai ri avec lui, me laissant entraîner avant de m’accouder de part et d’autre de sa tête pour mêler mes doigts à ses cheveux. J’ai enfermé son torse entre mes genoux avant de me serrer contre lui. J’en ai même rajouté une couche en haussant les sourcils, amusée.

– Oh, je te reviens, c’est ça ? Je te reviens aussi souvent, bien sûr. Je n’ai pas besoin de te traiter de prétentieux. Comme si toi, tu ne me revenais jamais. Tu es prétentieux. Tu pourrais répondre à ça que je suis pas mal non plus à ton goût ! Tu sais, j’aurais pu très bien me contenter de ton intellect en me disant « peu importe si le reste n’est pas tout à fait à la hauteur ! ». Et je suis persuadée de l’avoir déjà dit. Je dis toujours ce que je pense.

J’ai secoué la tête pour rejeter des cheveux en arrière sur mon épaule pour recevoir son baiser, riant contre ses lèvres. J’ai fait durer l’étreinte, l’embrassant même plusieurs fois avant qu’il ne reprenne son sérieux. Je m’étais attendue à tout. Qu’il revienne sur les raisons de ma colère - et de mon pouvoir-, sur le fait que j’avais prononcé les deux mots fatidiques « relation amoureuse » sans m’en rendre compte, sur mon long silence en début d’année, sur ce que nous aurions pu éventuellement prévoir pour sa soeur et puis… Non, il a choisi un tout autre sujet. J’en suis restée interdite. D’une part parce que je ne m’en souvenais plus mais d’autre part parce que j’ai réalisé que nous n’avions jamais été dans un tel quiproquo jusqu’à présent, même en dissimulant des informations l’un à l’autre.

– Euh… Ah oui ! Une promotion. Enfin, - J’ai arqué mes doigts en guillemets et roulé des yeux - pas une vraie promotion, comme dit mon co-équipier. Juste un peu plus de responsabilités. Mais ce n’était pas un appel urgent. - Mon sourire amusé toujours sur mes lèvres, j’ai doucement secoué la tête, les sourcils froncés à mon tour. Je ne savais plus comment l’appeler. Abel ? Non, ce n’était pas son vrai nom. Et en même temps, le vrai était secret, je ne pouvais pas m’y habituer, je voulais qu’il ait confiance en moi, je ne l’aurais répété à personne. Je l’aurais même effacé de ma mémoire. Alors j’ai continué comme avant… Je ne l’ai pas nommé, sauf dans ma tête. - J’ai juste dit que je voulais te parler. Ca n’avait rien d’urgent. Tu as couru jusqu’ici pour ça ? - J’ai pouffé de rire - C’était juste une surprise. J’avoue peut-être que j’ai voulu faire une blague. Tu sais, la phrase que les nanas disent d’un ton grave - J’ai froncé un peu plus les sourcils en prenant une voix profonde, celle de Reese, j’adorais l’imiter pour me moquer - « Il faut qu’on parle ». Quand elles veulent mettre un terme à leur relation.

J’ai à nouveau secoué la tête en souriant avant de retourner l’embrasser, mes mains glissant langoureusement le long de ses bras. J’ai repoussé son visage pour lui embrasser la mâchoire et le cou, ramenant lentement ses bras avec les miens. J’ai caressé sa cicatrice dans son poignet au passage et mêler nos doigts avant de les serrer au creux des oreillers, promenant des baisers sur sa peau.

– Et maintenant, si on parlait de ton caractère urgent…



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Abel Henoch
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Evidemment qu’elle n’allait pas accepter cela comme ça et renchérir aussitôt. Voire réclamer sa part. Il partit d’un autre rire.

« Oh je vois ! Ce n’est pas moi qui ai disparu pendant des mois… Je ne suis jamais parti, je n’avais pas besoin de revenir… » Il la regardait avec intensité en disant cela, mais sa animosité ni vraiment de question. Ils ne posaient pas de question sur ce qu’ils faisaient lorsqu’ils n’étaient pas ensemble. Elle n’avait pas à se justifier, il n’avait aucun droit sur elle que ce qu’elle voulait bien lui laisser. Il n’avait jamais été dans son intention de lui demander plus que ce qu’elle était prête à donner. Cela lui donnait un côté indomptable. On aurait pu croire que par sa nature d’agent rebelle qui naviguait sous les radars, Abel était le plus sauvage des deux. Mais ce n’était pas le cas. Il s’était toujours figuré la brunette comme un de ces oiseaux qu’on voyait au Sanctuaire, qui apparaissaient parfois et repartaient comme ils étaient venus. Insaisissables, superbes parce que fragiles et éphémères. Le genre qu’on ne pouvait pas mettre dans une cage sous peine d’en perdre la magie. Pour couteux que ça lui soit, il ne voulait pas se l’attacher, de peur de la perdre. Même s’il n’en savait rien, il sentait inconsciemment que les sentiments ne s’encombraient pas de contraintes.

« Et puis je pensais que tu savais combien j’avais en haute estime ton physique de princesse viking… Je peux recommencer, si tu veux ! » Dit-il en lui passant la main dans les cheveux, l’autre se perdant autours de sa taille, remontant le long de son dos. C’était un peu une bravade au vu de leur derniere étreinte. Malgré tout ce qu’elle lui inspirait, il ne se voyait pas remettre le couvert aussi tôt. Il n’avait jamais imaginé que quelqu’un puisse lui demander autant. Non qu’il n’y voit un inconvénient, bien au contraire. Mais ça voulait dire aussi qu’il atteignait ses limites - et ce n’était pas quelque chose dont il avait l’habitude.

Elle lui expliqua finalement la raison de sa « convocation » ici. Il haussa les sourcils l’air de dire « aaaaaah c’est donc ça » avec un sourire amusé.

« C’est une excellente nouvelle dis moi… Cela dit, oui. Ca avait un coté urgent. Je n’avais aucune raison de penser que ça pouvait attendre un jour ou deux. » Il regarda autours d’eux. « Imagine que je t’ai laissé attendre dans cette chambre hors de prix pendant deux jours… Dans ta jolie robe… j’imagine que la bouteille que tu avais en main aurait été vide depuis longtemps… Elle est passée où, cette bouteille, d’ailleurs ? » Il releva vaguement la tête en se demandant ce qu’il avait bien pu en advenir. Mais il revint vite à elle. « Et tu aurais été encore plus énervée que tout à l’heure... »

Elle finit sa phrase en remettant le couvert sur une « relation ». Sans le deuxième mot qui l’avait tant déstabilisé plus tôt. Mais ce n’en était pas moins la même chose. Car pour qu’elle imagine faire ce genre de blague, ça voulait tout de même dire qu’elle mettait ce qualificatif derrière.

Il ferma les yeux pendant qu’elle l’embrassait, le caressait. Il appréciait à sa juste valeur le contact de ses lèvres sur sa peau. Il frémit en sentant sa main effleurant son poignet tant la peau était fine et sensible à cet endroit. Etrangement, il n’avait pas souvenir que retirer la puce lui ait causé le moindre problème. Mais le simple contact de ses doigts à cet endroit réveillait en lui des sensations qu’il ne soupçonnait pas possible pour ce simple geste.
Il sourit lentement en entendant sa proposition.

« Et si on parlait plutôt... » Il l’attrapa par les hanches et la fit pivoter pour la mettre sur le dos. Il emmêla leurs jambes pour l’empêcher de s’en échapper. Une de ses mains se perdit dans ses cheveux, l’autre effleurait son cou, la peau de sa gorge, sa poitrine, son ventre. Il suivait ses gestes des yeux avant de la regarder à nouveau avec un sourire en coin et un petit air de défi. « … de comment tu caractérises notre relation ? »


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Maddison DeLuca
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Un voile a traversé mon visage. J’ai baissé les yeux. C’était la troisième fois qu’Abel faisait allusion à mes mois de silence. Mon sourire s’est assombri. La première était quand j’avais daigné refaire surface. La première, elle avait eu du mal à croire qu’il ait pu s’inquiéter et l’avait laissée sans voix, quand il était entré dans la chambre un peu plus tôt. Et maintenant ça. Je ne mentais pas. Je ne relevais juste pas. Mais Abel savait que quand je ne le regardais pas… C’était que je mentais. Et s’il ne relevait pas lui-même, alors je recommençais à me demander quand viendrait la prochaine allusion, et combien de temps j’arriverai à le « berner ».

J’ai éclaté de rire à sa mention viking. - Viking ? Pourquoi viking ? Ma mère était mexicaine. C’est plutôt Conquistador, tu vois ? - Malicieuse, je me suis faite un peu plus féline à sa proposition. Que je n’ai pas comprise, de plus. - Recommencer quoi, dis moi ? - Je l’ai embrassé, pour la forme, sans réellement m’attarder. J’étais suffisamment bien en cet instant et j’en ‘avais pas besoin de plus. Pour dire la vérité, j’étais même assez épuisée. La journée avait été longue et Abel avait puisé dans des forces que je ne pensais pas avoir. Alors à aucun moment il ne m’est venu à l’esprit de briser ce moment de paix que nous partagions. Nous avions plusieurs heures devant nous, une chose assez rare et j’entendais bien en profiter. De plus, Abel semblait aller dans la discussion. Et j’avais aussi besoin de parler, de lui parler. D’établir une autre connexion avec lui que celle de d’habitude. Il calmait mon corps, mais je lui avais demandé de me rejoindre pour qu’il apaise mon esprit, avant tout. Et jusque là, s’il l’avait mal mené en entrant, il se rattrapait bien.

– Imagine que je t’ai laissé attendre dans cette chambre hors de prix pendant deux jours… - Tu te rends compte ce que tu aurais raté ? - Dans ta jolie robe… - Tu ne l’as même pas regardée. - J’imagine que la bouteille que tu avais en main aurait été vide depuis longtemps… - Je n’aime pas le champagne, j’ai juste voulu faire comme tout le monde. - Elle est passée où, cette bouteille, d’ailleurs ? - J’ai redressé la tête en même temps que lui pour scruter la chambre. Je l’ai montrée à l’autre bout, sur la commode. Elle avait résisté à nos pouvoirs, là où certains objets avaient valsé. Sa dernière remarque m’a ramenée à lui. Et j’ai à nouveau baissé les yeux dans un faible sourire. Je n’étais pas énervée. J’étais au-delà de ça. Je ne m’étais jamais sentie dans une telle colère. Celle que j’avais éprouvée contre Stenton était si sourde, si silencieuse, elle avait duré tant d’années que je n’avais jamais pu l’exprimer. Est-ce que Abel m’avait trahie ? J’aimais penser que non. Sa voix, ses gestes, tout me disait qu’il était dans la même situation que moi, celle-ci même qui lui échappait un peu. Mais ni lui ni moi ne l’aurions avoué. Abel demeurait la seule et unique personne à ne m’avoir jamais tourné le dos. Même lorsque je l’ai eu mal traité, que je l’ai un peu abandonné, peut-être ? Il était toujours resté là. Même quand je n’avais pas besoin de lui. Il était toujours là, quelque part. Pas une seconde je n’ai imaginé une vie sans son contact. Je me demandais s’il en existait une mais si c’était le cas, c’était sûrement une erreur de ma part.

J’ai poussé un petit cri de surprise quand il m’a faite tourner avec lui. J’ai à nouveau éclaté de rire en cherchant à me défaire de lui - juste pour la forme - mais une de mes jambes est doucement remontée contre sa cuisse. Je me suis mordue la lèvre, malicieuse au possible. J’ai fermé les yeux sous ses caresses, tournant légèrement la tête pour en apprécier d’autant plus sa main. Mais j’ai eu comme l’impression que Abel n’avait pas tout à fait envie de parler de la même chose que moi. Ou du moins… Qu’il en avait moins peur. Mon sang s’est glacée à sa question et je me suis figée sous ses caresses. S’il avait tenté de faire de l’humour, le rouge qui m’est monté aux joues n’étaient pas quelque chose d’extrêmement drôle à mes yeux. Il m’avait déjà vue nue… Nue sous l’eau… En colère, un peu triste, fatiguée, électrique, furieuse, passionnée, dévouée, hors de moi, tendre, aussi et même affamée. D’une certaine définition. Mais je ne supportais pas qu’il me piège. Je ne supportais pas de me sentir ainsi mise au pied du mur pour définir quelque chose pour laquelle je n’avais toujours pas trouvé de mots. J’ai dégluti, mon sourire ayant disparu et mes propres caresses sur ses reins s’étant arrêtées. Je ne supportais pas d’avoir honte face à lui, c’était une faiblesse que je ne tolérais pas qu’il voit. Alors, c’est peut-être avec un peu de vengeance que je lui ai répondu. J’ai d’abord cherché mes mots, comme on cherche à terminer un puzzle plus vite que prévu pour satisfaire un enfant. J’ai baissé les yeux - encore - et me suis humecté les lèvres. C’était ce qu’il faisait de mieux : m’emprisonner contre lui. En était-il seulement conscient ? Je ne pouvais croire que sa question était totalement innocente. Ca ne me semblait pas possible. Il aurait pu parler de tout mais c’est ça qu’il avait choisi.

– Je crois que… - J’ai dégluti à nouveau. Je ne savais absolument pas quoi dire. Alors, j’ai pensé en moi-même :  « dis simplement ce que tu ressens, comme tu le ressens. » Et advienne que pourra, pas vrai ? J’ai ouvert la bouche mais les sons ne semblaient pas vouloir sortir. Je repensais à Samael, à Reese, à cette vision de ce dernier que j’avais eue un peu plus tôt lorsqu’il avait remplacé Abel une fraction de seconde dans mon champs de vision. J’étais à nouveau devant un choix. Si je lui disais, alors tout pouvait changer. Restait à savoir si j’étais prête à prendre ce risque alors que les battements de mon coeur refusaient de se calmer dans ma poitrine. On aurait dit les tamtam pour appeler la guerre. J’ai relevé les yeux sur lui, mes doigts effleurant son visage. J’aurais voulu sourire mais je n’étais pas sûre que la situation s’y prête. Mon doigt a glissé de son sourcil amoureusement jusqu’à sa lèvre. - Si tu me demandais de te rejoindre à Liberation, il est probable que je dise oui.



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Abel Henoch
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Elle n’avait pas relevé, bien sur. C’était son droit. Elle lui parlerait de ses raison en temps voulu. Ou non. Cela ne l’empêcherait pas de vouloir la voir. Le secret, les non dits faisaient partie de leur relation. Il y avait sans doute beaucoup de choses qu’ils voulaient savoir l’un sur l’autre. Mais comme le reste, il lui fallait accepter qu’elle refuse de répondre, tout comme lui-même ne lui avait pas tout dit. En tout cas, pas quand elle lui a demandé. La moindre des choses était d’accepter la même chose dans l’autre sens.

La référence à la princesse viking la fit rire, ce qui le fit sourire largement. Il aurait pensé qu’elle saisirait l’allusion. Il secoua la tête à la négative.
« D’abord, les Espagnols sont petits. Et ils ont eu beau faire les malins avec la conquête du Sud du continent, ce sont des petits joueurs. Misogynes, en prime. Aucune femme n’aurait mis les pieds sur une de leurs caravelles… Non, toi, je te vois plutôt ceinte de fer et de cuir à la proue de ton drakkar, avec vingt guerriers à ta suite, prête à conquérir le monde. Je te rappelle que je viens d’Islande, en prime ! »

Il n’enchaina pas sur ce qu’il lui proposait de recommencer, par contre. Si elle n’avait pas saisi l’allusion, il était assez conscient de sa fatigue pour ne pas insister. Là encore, ils étaient sur la même longueur d’ondes, profitant tout les deux d’un instant de félicité, satisfaits tout simplement par la présence de l’autre.
C’était assez rare pour que Abel n’ait pas envie de rompre ce moment aussi vite en se donnant de telle sorte qu’ils n’auraient d’autre solution que le sommeil. Ils étaient encore assez alertes pour discuter paisiblement, et pas de sujets qui fachent. Même s’ils avaient rarement des sujets de dispute, il fallait l’avouer. Leurs rencontres tournaient le plus souvent autours de sujets triviaux, de terrains neutres. Ils ne parlaient jamais de leurs divergences d’opinion, sachant tous les deux très bien que cela les mèneraient dans une impasse. Ils avaient toujours été parfaitement conscients de ce gouffre entre eux, et connaissaient parfaitement l’endroit où il commençait. Ni l’un ni l’autre n’avait envie d’y tomber : ils savaient trop qu’ils n’en reviendraient pas.

Lorsqu’elle lui suggéra qu’il n’avait pas regardé sa robe, il lui lança un regard en coin. Rien ne lui échappait, ou rarement. Qu’elle puisse croire qu’il n’ait pas remarqué sa robe - suffisamment rare pour qu’il le relève, qui plus est - était limite insultant. Il n’aurait sans doute pas été élu au rang du meilleur… meilleur quoi, d’ailleurs ? Amant ? Compagnon ? Encore quelque chose sur lequel il ne pourrait pas mettre de mots… Toujours est-il que sa formation lu avait appris à faire attention aux détails. Maddison en robe n’était pas un détail.

Il avait rit avec elle lorsqu’elle avait lutté pour la forme pour lui échapper. Mais sa question déclencha une réaction qui alla au dela de ce qu’il s’était attendu. Prendre Maddison de court n’était certainement pas quelque chose de facile et il n’avait pas pensé toucher aussi juste. Visiblement, il y avait quelque chose à explorer derrière ces quelques mots.
Il savait qu’il n’était pas très juste avec elle, par ailleurs. Somme toute, il aurait été encore plus en peine qu’elle de répondre à cette question. Il n’avait pas les mots, pas les clés ni l’éducation pour pouvoir en parler. C’était la raison pour laquelle il ne pouvait d’habitude lui répondre que par le physique pour lui faire comprendre ce qu’il ressentait pour elle - ce qu’il ressentait tout court. Mais d’un autre côté, ces carences dans son éducation sentimentale faisait aussi qu’il n’éprouvait aucune pudeur induite par des comportements de males en rut dans les cours de récréation, voyant toute sensibilité comme un manque de virilité. Il n’avait pas connu ça non plus. Du coup, il n’avait aucun scrupule à évoquer ce genre de sujet. Il n’avait simplement ni l’expérience, ni les mots pour.

Qu’elle rougisse n’était pas forcément une surprise, mais qu’elle fige de la sorte par contre, le surprenait. Il n’avait pas pensé toucher un point aussi sensible avec une question certes aussi directe. Il n’avait pas cherché à faire d’humour, c’était une vraie question. Mais sa réaction commencait à lui faire craindre la réponse. Et lorsqu’elle vint, il en eu confirmation, même si ce n’était pas ce à quoi il s’était attendu.

Il fronça les sourcils et eut l’air d’un coup plus sérieux - et il l’était - en la scrutant dans les yeux, cherchant la faille, le trait d’humour, un manque de sincérité qui aurait donné un indice sur l’état d’esprit de Maddison. Mais, plongé dans son regard, son doigt glissant le long de son visage, il comprit qu’elle était on ne pouvait plus sérieuse. Il réfléchit donc à ce que ça impliquait. A ce que ça pouvait vouloir dire pour elle, couplé à tout ce qu’ils avaient pu partager. Il repensait à ce qu’elle lui avait dit, leurs corps enlacés, la réponse de leurs sens. Il repensa aussi à la façon dont elle l’avait regardé, l’arme sur sa tempe. Il réalisa qu’elle n’avait pas eu besoin de le dire. Et il se sentait surpris de le constater.

« Je sais… Mais… Je ne te le demanderai pas, Maddison. » Il l’embrassa doucement, son pouce caressant sa joue. Lorsqu’il se recula, il plongea dans ses yeux un regard où se reflétait toute l’intensité des sentiments qu’il avait pour elle, plus qu’il ne l’avait jamais fait, plus qu’il ne le ferait sans doute jamais. Il continuait de lui caresser doucement le front, la joue, avant de se perdre dans sa nuque. Il continua à voix basse, presque un murmure. Tellement basse que sa voix se fit rauque. « Pas parce que tu n’en es pas capable. Je sais que tu pourrais être des notres. Seulement… Ce n’est pas ce que tu es. Ce n’est pas ce en quoi tu crois. Tu ferais peut être semblant au départ. Et peut être que ça marcherait. Mais tu finirais par te perdre. Ca te détruirait, Maddison, parce que ce n’est pas toi. Ou pire, tu changerais. Dans un cas comme dans l’autre, je te perdrais. » Il marqua un silence, appréciant chacun de ses traits. La forme de sa bouche, la courbe de ses joues, la couleur de ses yeux. Il avait parfois envie de condenser un peu d’eau pour les faire changer de couleur, pour voir d’elle toute sa beauté. Mais il s’abstenait : c’était tricher en quelque sorte, et rendre cette magnificence commune en aurait fait perdre la saveur.
Sa main glissa le long de son bras pour se saisir de la main de Maddison, et il joua avec ses doigts un instant, admirant leur forme. Des doigts capables de faire mal, mais aussi capables de caresses.
« Je ne veux pas te perdre... » Finit-il par dire en plaçant la main de Maddison sur sa nuque et en déposant un tendre baiser sur ses lèvres.


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Maddison DeLuca
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Le sentiment de soulagement qui m’a gagnée m’a semblé si bizarre. J’avais prononcé ces mots sans vraiment y croire, finalement. Il m’a semblé avoir même cessé de respirer jusqu’à ce qu’il réponde qu’il ne me demanderai jamais de le rejoindre. J’ai fermé les yeux de soulagement et reçu son baiser sans m’y opposer, frissonnant au contact de sa main sur ma joue. Non, je n’avais aucune envie de rejoindre de Liberation. Absolument aucune. Je n’avais jamais été pour leur mouvement. Ca ne changeait pas. Mais je me devais de reconnaître que j’étais attirée. Non par Liberation, mais par l’idée d’être à ses côtés, au grand jour, je voulais me battre à ses côtés parce que oui, j’étais fière de ce que j’étais et c’était bien là le seul argument que nous avions en commun. Mais je n’étais pas comme eux. Je n’avais rien de cette machine qu’Abel se sentait être.

Et sa voix m’a hypnotisée. Et je ne sais pas ce qui m’a pris. Mais j’ai senti ma gorge se serrer. Il avait déjà essayé de me dire des choses, à plusieurs reprises. J’avais souvent fermé les yeux, baissé la tête, soit pour apprécier ses paroles, la profondeur de sa voix ou parce que je m’isolait, tout simplement, pour ne pas avoir à prendre une décision quant à ses dires. J’avais souvent fait l’autruche. Mais pas cette fois.

«  Pas parce que tu n’en es pas capable. - J’ai secoué vivement la tête en pinçant les lèvres. Je ne l’étais pas. - Je sais que tu pourrais être des nôtres. - J’ai acquiescé parce qu’après tout, si je n’étais pas d’accord avec eux, nous étions toutefois assez similaire. - Seulement… Ce n’est pas ce que tu es. - J’ai à nouveau secoué la tête en fermant les yeux brièvement. - Ce n’est pas ce en quoi tu crois. - J’y croyais mais je n’étais pas d’accord avec leurs méthodes, encore une fois. - Tu ferais peut être semblant au départ. Et peut-être que ça marcherait. Mais tu finirais par te perdre. Ca te détruirait, Maddison, parce que ce n’est pas toi. - Encore là, j’ai secoué la tête de toutes mes forces. Non, ce n’était pas moi. J’avais toujours appartenu à Lux Aeterna. Même quand j’avais traversé les Omega. - Ou pire, tu changerais. - C’était une forte probabilité, oui. - Dans un cas comme dans l’autre, je te perdrais. » - J’ai pincé les lèvres d’autant plus en secouant doucement la tête. S’il avait hésité à faire jouer un peu d’eau dans mes yeux, il n’avait pas eu à demander pour que je lui offre ce qu’il désirait. Je me suis sentie soulagée. D’abord parce qu’il disait tout ce que je voulais entendre, même sous couvert, que j’aurais été anéantie si j’avais perçu une seule seconde que oui, il m’avait trahie. Mais il ne mentait pas. Cette erreur avec sa soeur, ce n’était pas contre moi. Ce n’était qu’une convergence d’échecs. Finalement, ils avaient eu de la chance de nous trouver, qui sait ? Je crois que je n’ai jamais compris d’où me venait ces émotions que je ressentais pour lui. Il n’avait pourtant rien fait d’extraordinaire. Mais j’avais besoin de lui comme de boire de l’eau, comme de respirer. Il était la seule chose véritable qui perdure dans ma vie, il était la seule chose qui ne changeait pas. Il était la seule personne pour laquelle je n’avais pas besoin… qu’il ait besoin de moi.

Mes doigts dans les siens devaient trembler quelque peu, ou au moins dégager une forte chaleur. Mais je ne le quittais plus des yeux. Il n’était pas véritablement question de larmes, j’étais simplement submergée par quelque chose que je n’avais jusque là ressenti que pour mon frère ou ma mère. Quelque chose d’indéfinissable. Abel était juste important. Ni plus ni moins. Je me suis longtemps demandée s’il n’était que ça pour moi ou pour le reste du monde. Je ne pensais même plus à mon doute, il était là, dans ma vie et c’était un fait. Rien d’autre ne comptait. Et ses derniers mots ont résonné en moi comme une métaphore pour dire ce qu’il ressentait à son tour. Je ne disais jamais aux gens que je les aimais. Je ne l’avais jamais dit à ma mère, n’avait pas eu le temps de le dire à mon père, ne trouvais pas le courage de le dire à mon frère… Ce n’était pas pour l’avouer à Abel, quand bien même c’était ce que je ressentais réellement. Mais non, ce n’était pas ça non plus. Ce n’était pas la même. C’était… Encore autre chose. Il était juste cette personne. Celle pour qui j’étais capable de tout. Et je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai jamais songé une seconde que cela puisse être de bonne augure. Mais c’est bien la seule chose contre laquelle je ne luttais pas.

J’ai secoué énergiquement la tête - c’était tout ce que je pouvais répondre - mais je souriais. J’en avais les yeux humides mais j’ai répondu à son baiser en serrant sa nuque dans ma main. J’ai même eu un rire contre ses lèvres, ce qui a pu lui sembler étrange mais pourtant j’ai légèrement relevé une jambe pour caresser la sienne. J’ai glissé une main dans son dos et j’ai quitté ses lèvres pour lui embrasser la mâchoire puis son cou et le creux de son épaule. Je l’ai entouré d’un bras pour le serrer d’autant plus contre moi, mêlant mes doigts à ses cheveux.

– Tu ne me perdras pas. Je veillerai toujours sur toi.

J’ai enfermé son épaule dans le creux de ma paume. Je l’ai serré fort en embrassant sa peau. J’ai un instant fermé les yeux, savourant la vague de soulagement qui me traversait. Puis, j’ai reniflé. Que voulez-vous, quand une vanne était ouverte, elle ne se refermait pas si facilement. J’ai porté une main à mon nez avant de me reculer pour le regarder.

– Je suis désolée. Il n’y a pas de pandas en Espagne.

J’ai reniflé à nouveau et j’ai même ri légèrement en me passant une main sous les yeux pour faire disparaître les traces de pandas.

– En Islande non plus, du reste. - J'ai reniflé à nouveau en regardant la paume de ma main. - Quand je te dis que ta soeur nous épuise… Et bah voilà !

Il était plus facile pour moi de faire passer mon comportement sous le coup de la fatigue plutôt que d’avouer que oui… Abel avait avait juste.



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Abel Henoch
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Il ne s’était pas posé de question de savoir si elle comprendrait ou non ce qu’il voulait lui expliquer. Il n’y avait pour lui aucune raison de s’y méprendre. Il allait normalement à l’essentiel, sans se perdre en digressions inutiles. Ses propos ne pouvaient donc pas être mal interprétés. Pas appréciés, oui. Il était possible qu’elle n’aime pas ce qu’il lui avait dit, et au vu de sa réaction, il crut un instant qu’elle allait s’énerver. Et qu’elle était en train de le faire, surtout en sentant sa main trembler dans la sienne et ses yeux se teintèrent d’or. Ce n’était pas de son fait, quelque chose l’avait faite réagir.
Pourtant, elle n’avait fait qu’approuver tout ce qu’il avait dit. Alors quoi ?

Il fronca un peu les sourcils, mais du moins souriait-elle. Malgré les larmes dans ses yeux. Non vraiment il avait du mal à comprendre cette convergence d’émotions. La seule chose dont il était sur était qu’elle lui rendait son baiser et qu’elle le serrait contre elle. Bon, c’était assez clair comme message : elle n’allait pas l’agresser tout de suite.

Il poussa un court soupir à la promesse qu’elle lui fit, mais il ne répondit pas tout de suite. Il profitait de l’avoir contre elle. Et puis il fallait dire que la voir aussi émue était assez amusant, même s’il ne connaissait pas le fond de sa pensée. Surtout d’ailleurs parce qu’il n’en savait pas la cause.
Il commença par froncer les sourcils lorsqu’elle parla de panda, avant de sourire. De quoi parlait-elle donc ? Et puis elle se frotta les paupières, ce qui le fit rire.

« Non, surtout depuis que la Chine a rappelé à la maison tout les pandas qu’ils avaient prêtés un peu partout dans le monde… Et je ne crois pas qu’il y en ai jamais eu en Islande, en effet. Cela dit, tu pourrais peut être le premier ? » Dit il avec une grimace amusée.

Il se laissa aller sur le côté, à côté d’elle. A moitié enfoncé dans l’oreiller, il la regardait avec un sourire en coin et sa main resta sur le ventre de la jeune femme, la caressant doucement, l’autre sous sa nuque. Qu’elle évoque Eve le fit sourire plus largement. Il se remémora toutes les situations dans lesquelles il avait eu envie d’écharper sa soeur. Elle avait beau être sa soeur, ils avaient beau avoir tout traversé ensemble, il avait eu plusieurs fois envie de la passer par la fenêtre.

« Bienvenue dans ma vie. Eve fait ce genre d’effet aux gens. A moi en tout cas. » A Garin aussi sans doute, mais il n’avait rien à faire dans la discussion. « Elle a une énergie qui peut avoir un côté fatiguant… Elle a tendance à en faire à sa tête - et elle a une forte tete - et rien de ce qui a pu lui arriver n’a pu changer ce trait. » Son regard s’assombrit quelque peu. Il savait parfaitement ce qui était arrivé à Eve. Le MSS n’était pas le meilleur endroit pour qu’un esprit fort s’épanouisse. Ils avaient souffert ensemble. Mais là où les traitements subits en Sibérie avaient transformé Abel en monstre de froideur et de détermination, Eve, elle n’avait rien perdu de son innocence. Il avait parfois l’impression qu’elle n’avait aussi aucun sens des responsabilités. Peut être avait il eu trop pris les décisions pour eux… Peut être l’avait-il trop protégée… Cela dit, il ne le regrettait pas. Eve était tout ce qu’il lui restait, sa seule famille. Il avait souvent été tenté de rechercher leurs parents, mais s’en était toujours abstenu. D’abord parce qu’une part de son conditionnement lui soufflait que c’était une faiblesse. Ensuite parce que cela aurait laissé une trace bien trop voyante. Le MSS n’était pas sur qu’Eve et lui étaient encore en vie, ils y avaient veillé. Mais qu’ils fassent des recherches sur leurs parents et ils n’auraient plus de doute : la chasse se ferait beaucoup beaucoup plus intense. D’autant qu’ils auraient sans doute un point de départ tout désigné.

Néanmoins, la promesse de Maddison le travaillait. Plus il y pensait, plus cela lui paraissait insensé.
« Tu ne devais pas faire de promesse que tu ne peux pas tenir... » Il remonta pour lui caresser la joue. « Tu ne peux pas - tu ne dois pas - veiller sur moi. Tu ne le peux pas parce que tu ne sais pas tout ce que je fais. Et tu ne le dois pas parce que ce n’est pas à toi de le faire. Et puis... » Il eut un sourire sans joie, hésitant pour une fois à poursuivre. « … On est différents, Maddison. On ne sera jamais d’accord. On a juste eu de la chance pour l’instant de n’avoir jamais été vraiment opposés. »

Il savait pourtant, et Maddison ne pouvait pas l’ignorer, qu’il suffirait qu’ils se retrouvent sur une même affaire pour que tout ce qui les opposaient se dévoilent au grand jour. Avec des conséquences dont ils ne pouvaient imaginer la portée. Il était simplement à peu prêt certain que ça sonnerait le glas de leur histoire.


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Maddison DeLuca
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J’aimais son humour. Non parce qu’il avait sensiblement le même que le mien, mais parce qu’il était si rare de le voir rire naturellement que chaque fois que cela arrivait, j’avais l’impression que tout ne pouvait que bien aller. J’ai pouffé de rire en même temps que sa grimace amusée et je l’ai laissé s’installer à côté de moi. A contrecoeur car pour le coup, j’avais froid. J’ignorais pourquoi, d’ailleurs. Moi qui avais chaud si vite, en général. Je n’avais pour ainsi dire jamais froid. Sa main sur mon ventre, en tout cas, m’a réchauffée mais pas de la chaleur qu’il dégageait. Plutôt parce que cela me dérangeait. Je n’ai rien dit. Je me trouvais déjà suffisamment puérile depuis qu’il était arrivée, je n’avais pas envie d’en rajouter à cause d’un simple contact. Néanmoins, je me suis tournée pour lui faire face, pliant un bras sous ma tête en me calant dans un oreiller. Je me suis même rapprochée de lui pour récupérer un peu de sa chaleur en souriant.

– Elle est tombée dans un nid de fortes têtes. Elle n’est pas sous ma responsabilité. Pas dans mon quartier, je veux dire. Mais le type avec qui elle est te ressemble pas mal. Je dois avouer. Elle est entre de bonnes mains. Il vire au rouge et elle lui a même déjà remis les juniors en place une fois, mais… - J’ai ri en secouant la tête - elle finira bien par se calmer et comprendre qu’on ne veut que son bien. En tout cas, en terme de patience, elle a un adversaire de taille. Je crois même qu’elle le teste. Je dois reconnaître que je trouve ça très drôle à regarder. Lui d’habitude si grand, si froid, si imperturbable… - J’ai haussé une épaule. - Ca met un peu d’animation de les entendre courir dans les couloirs. On ne peut pas dire qu’elle ait la langue dans sa poche, mais il a un sacré répondant aussi. Certains d’entre nous ont commencé à prendre les paris. Combien de temps va-t-il tenir ce rythme et lequel des deux finira par avoir raison de l’autre. Quand j’y repense…

J’ai secoué la tête et baissé les yeux en suivant sa clavicule du bout d’un doigt.

– Si j’étais dans sa situation, je crois que je deviendrais folle. Le souci est que si elle continue comme ça à se montrer aussi agressive, si elle ne se calme pas ou qu’elle n’accepte pas d’être un peu docile, il va s’énerver. Je le connais depuis suffisamment longtemps pour savoir qu’on a encore du temps devant nous mais elle l’épuise plus vite que n’importe qui alors je me dis que si au moins je peux l’aider à se souvenir de son pouvoir, on aura gagné ce laps de temps. Qui sait si ça ne l’aide pas à se souvenir d’autre chose.

J’ai relevé les yeux vers lui quand il a repris. J’aurais pu ne pas apprécier son ton. J’aurais presque même pu lui en vouloir de changer de ton. Mais bien que je comprenais son point de vue et bien que j’aie refusé jusque là de m’en apercevoir moi-même, je possédais maintenant des certitudes. Je lui ai souri, avec plus de joie que lui. J’ai caressé sa joue jusqu’à poser un doigt sur ses lèvres pour le faire taire en me rapprochant un peu plus de lui, confiante. Je l’ai dévisagé un long moment avant de lui répondre.

– Ce serait mal me connaître. Il n’y a aucune promesse que je n’ai jamais tenue.

J’ai soulevé ma tête dans une main, le coude enfoncé dans les oreillers.

– Tu sais… Ces histoires de différences, ça ne me fait pas peur. Les hommes que j’ai connus dans ma vie ont tous été très différents de moi. Mon père, mon frère, mes supérieurs, mon co-équipier… Même mon second au sein de l’Underground - j’aime l’appeler comme ça - bref, je ne suis quasiment jamais d’accord avec eux. Nos opinions sont différentes, c’est comme ça. Et je le respecte. Je comprends ce que tu veux dire mais… Je ne t’ai jamais parlé de mes parents, je crois. Je ne crois pas t’avoir parlé de quoi que ce soit, de toute façon.

J’ai baissé les yeux mais sans perdre mon sourire. On ne s’était jamais véritablement parlé de nous. De temps en temps, il m’arrivait d’en faire mention. Je mentionnais souvent ma mère. Beaucoup moins mon père. Je ne donnais jamais le nom de Reese, il était trop facile à trouver, nous avions servi ensemble. Le lien était trop facile à faire. Et en tant que Candidat, je ne donnais pas plus celui de Maze. En réalité, nous protégions les nôtres l’un comme l’autre. J’ai pris une profonde inspiration et j’ai levé les yeux au ciel.

– Ma mère… Tu vas comprendre pourquoi je te parle de ça. Ma mère, donc, était une Elémentaire. Dans son sang, il y avait de la chlorophylle, ce qui lui faisait les yeux verts, d’où le fait que les miens aient cette couleur particulière. Elle est née blonde comme les blés, comme moi après elle. Elle n’était pas obligée de se cacher mais disons qu’elle ne passait pas beaucoup inaperçue non plus. Ma mère était une plante. Pour résumé. Malade à manger de la viande, déshydratée en une journée, il lui fallait toujours de l’eau. Beaucoup d’eau. Ce qui explique aussi pas mal de choses en ce qui me concerne.

J’ai souri un peu plus aux souvenirs qui me revenaient. Me souvenir de mes parents, retourner parfois les voir en cachette, c’était ma façon de les honorer, de ne jamais les oublier.

– Mon père, quant à lui était Canadien. Du genre… Canadien du grand froid. Un Elémentaire, lui aussi qui contrôlait la glace. Il me faisait des patinoires en plein été. Et quand il dormait, parfois, ma mère hurlait parce qu’il ne respirait plus. Il était tellement froid que son coeur s’arrêtait parfois de battre quand il dormait. Le réveiller relevait autant du challenge que moi. L’un comme l’autre ne s’énervaient jamais, c’est bien la seule chose dont je n’ai pas hérité. Ma mère ne supportait pas le froid et mon père était malade à la chaleur, comme moi. Les mêmes crises comme tu m’as déjà vue en avoir une. Je ressemble à ma mère. Mon frère à mon père. Mais j’ai le caractère de mon père et lui de ma mère. Ne me demande pas pourquoi mon frère et moi avons hérité de nos pouvoirs respectifs, si loin des Elémentaires. Bref…

J’ai ramené une mèche de cheveux derrière mon oreille et j’ai penché la tête pour le regarder avec un léger sourire, caressant sa joue.

– Mes parents étaient on ne peut plus différents. Ils se sont séparés des millions de fois, disputés presque autant. Mais je ne crois pas avoir connu deux personnes plus complémentaires, plus complices qu’eux. Ils étaient juste… faits pour être ensemble, j’imagine. Ce qui les rassemblait, c’est qu’ils étaient pacifistes, l’un comme l’autre. Ils n’ont jamais voulu se battre. Ils ont longtemps refusé la guerre, mais ils ont quand même participé à celle de 55. ma mère a cru que c’était exceptionnel. Mais mon père ne s’est pas arrêté là. Il s’est lancé dans une série de croisades à travers le pays. Ma mère était enceinte de mon frère, j’avais à peu près 8 ans et il ne souhaitait qu’une chose : protéger sa famille malgré l’univers dans lequel nous vivions et ce, même si nous n’avions rien d’une famille normale comme on aurait pu l’entendre.

Mon sourire s’assombrissant légèrement, j’ai pris sa main dans la mienne pour lui embrasser la paume, relevant les yeux dans les siens. J’ai doucement caressé son poignet de mes doigts

– Mon père est mort en démantelant tout un réseau de trafic de Candidats dans le centre du pays. Il a été touché et n’a réussi à survivre quelques heures de plus que la normale parce que son pouvoir lui a évité de se vider de son sang. Mais c’est une fièvre qui a eu raison de lui. Ma mère… Ne l’a pas supporté. Elle est tombée malade une fois… deux fois, trois fois, je ne sais plus, elle ne mangeait presque plus, c’était comme s’il lui manquait quelque chose et avec les Elémentaires, on ne peut jamais savoir. Elle a tout juste eu le temps de mettre mon frère au monde et puis elle est partie un ou deux jours après.

J’ai embrassé le poignet d’Abel avant de mêler mes doigts aux siens entre nous, la tête légèrement penchée pour l’observer quelques secondes.

– Je ne fais jamais de promesse en l’air. Jamais. J’ai promis à ma mère de veiller sur mon frère. J’ai promis à mes supérieurs d’être un bon soldat. J’ai promis aux Positifs, Négatifs et Candidats qui vivent avec moi de les protéger quoi qu’il arrive. Qu’on soit d’accord ou non ne change rien. Et si un jour nous sommes opposés, alors advienne que pourra. Mais nous savons tous les deux que le plus solide de nous, c’est toi. Et que s’il y en a un qui doit faire ce qui doit être fait, ce ne sera pas moi. Je le sais. Et je l’accepte. Mais je suis au moins aussi têtue que mon père. Tant pis si je me brûle les ailes, tant pis si… Je me trompe, j’en sais rien, je sais que ça ne te plaît pas. Mais tu me demandes de mettre une définition à cette fichue relation qu’on entretient, et je suis incapable de le faire. C’est juste comme ça, c’est tout. Je me fiche que tu sois le leader de Liberation, de la Waleman ou de la Chine ou encore du trou du cul du monde, je ne suis pas une sainte non plus… Et tu ne sais pas plus ce que je fais de mes jours de repos. Je…

J’ai soupiré en me frottant un oeil. J’étais fatiguée et je crois même que j’étais en train de m’énerver.

– J’ai pas envie de m’encombrer l’esprit avec ce genre de choses. Je sais que ça n’ira jamais loin et je n’ai aucune envie d’y penser, je m’en fiche.

J’ai relevé les yeux sur lui, à nouveau sérieuse, mon sourire évanoui.

– Je suis assez bien placée pour savoir que les choses arrivent. Et que pour certaines, il n’y a pas le choix, c’est comme ça et pas autrement. J’ai appris, au court de ma vie, qu’on ne peut pas tout changer, qu’on ne doit pas tout changer. Et tu n’es pas… Quelque chose que je veux changer. Je ne veux rien changer. Et ce soir, encore moins que d’ordinaire, je ne veux pas penser à ça ! Traite moi d’autruche si tu le souhaite mais j’avais dans l’idée de me reposer un peu parce que je suis fatiguée, éprouvée tous les jours entre l’Underground et le travail, ta soeur et tout le reste. Je n’ai pas besoin de ça maintenant. Je ne t’ai pas appelé pour ça.

C’était bien ça, j’étais en train de m’énerver. J’ai levé une main.

– Tu... Tu m’as énervée, tu m’as rendue dingue, tu m’as fatiguée et tu me poses des questions auxquelles je ne veux pas répondre ! Et j’ai faim ! Je le fais quand même parce que si tu les poses, c’est que tu veux une réponse alors je te la donne parce que je suis aussi incapable de te dire non ! Mais ce n’est pas pour ça que je t’ai appelé !

Les murs allaient-ils vibrer à chaque fois que je commençais à m’énerver à présent ? Mon pouvoir avait-il pris une nouvelle évolution au contact d’Abel ?



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Abel Henoch
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Elle se tourna pour se lover face lui, et Abel lui passa une main dans le dos, la caressant doucement. Pendant ce temps, elle lui expliquait ce qui arrivait à Eve. Ou plutôt ce qui arrivait à ceux qui la subissait. Ces explications l’amusaient. Sa soeur avait beau être amnésique, elle n’avait apparemment pas changée. Il y avait apparemment une chance qu’il la retrouve telle qu’elle était.

« Elle est forte, il en faudrait plus pour lui faire perdre les pédales. Mais pour la calmer… Il faut lui laisser un peu de mou. S’il y va frontalement en permanence… Ca ne peut pas bien se passer… » diagnostiqua-t-il. Gérer Eve n’était pas une mince affaire, il pouvait comprendre que l’Underground y perde son latin, surtout si sa soeur n’avait plus aucun repère auquel s’accrocher.

Il sourit doucement, intéressé lorsqu’elle commença à parler de ses parents pour lui expliquer comment elle voyait les choses vis à vis de sa promesse.
Il en oublia vite son premier propos, tant il trouvait ses explications fascinantes. D’abord parce que c’était les facettes de positifs qu’il ne connaissait pas. Il aimait en connaitre plus sur ce qui caractérisait les mutations et leurs expressions.
Ensuite parce qu’il en apprenait plus sur Maddison. Elle était libre de parler des siens, de sa vie, de sa jeunesse, de son parcours. Pas lui. Il devait protéger ses parents, et Maddison même. Il ne pouvait pas lui parler de son passé sans risquer de l’exposer d’une manière ou d’une autre. Parler du MSS, parler de ce qu’ils avaient vécu était de toute façon compliqué. Quant à parler de ses parents… Les connaissait-il seulement comme elle connaissait ses propres parents ? Il aurait même été incapable de lui dire s’ils étaient encore en vie.

Ce qu’il n’avait pas anticipé par contre, c’est qu’elle recommence à s’énerver. Il commença par froncer les sourcils lorsque les murs se mirent à vibrer. Etait-ce vraiment lié à sa colère ? Etait-ce une dimension normale de son pouvoir ? Il n’avait pas souvenir qu’elle ait fait vibrer quoi que ce soit lors de leurs précédents accrochages, le premier jour notamment. Alors d’où venait cette nouvelle réaction ?
Cependant il n’avait pas spécialement envie qu’ils recommencent à détruire le bâtiment, et il n’était pas sur que de poser la question directement améliorerait les choses.

« Sssh calme toi. On n’a pas les moyens de réparer les dégats de l’hôtel. Déjà là, je ne sais pas comment on va s’en sortir... » Il savait qu’il jouait avec le feu et risquait tout autant de relancer la machine. Mais qui sait, un peu d’humour pouvait désamorcer la situation. « On peut appeler le room service et commander à manger, si tu veux. » Il se retourna pour attraper le menu et le tendre à Maddison.

« Je n’ai pas parlé de promesse en l’air Maddison, mais de promesse qu’on ne peut pas tenir. Je sais que si tu le fais, c’est avec l’intention de tenir cette promesse. Mais tu n’as aucun moyen de contrôler tout ce qui peut arriver. » Il repoussa une mèche de cheveux derrière son oreille, lui caressant la joue au passage. « Je sais aussi que tu fais des choses que je ne sais pas, et que je ne pourrai pas te protéger de tout. Je crois par contre que tu es assez forte pour faire les choix qui te semblent juste. Et du coup, je n’ai pas à te protéger de ces choix. Parce que tu en assumes toutes les conséquences. » Il lui sourit doucement. « J’assume mes choix et leurs conséquences, Maddison. »

Il marqua un silence avant de poursuivre. « A quelle question ne veux-tu pas répondre ? » C’était encore une question, réalisa-t-il, et ce serait sans doute aussi une question à laquelle elle n’avait pas envie de répondre. Mais il aurait aimé en savoir plus sur ce qui la troublait.


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Maddison DeLuca
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J’ai fermé les yeux pour me concentrer sur sa voix et me calmer à nouveau. J’ai inspiré profondément en pinçant les lèvres. Et je n’ai écouté que sa voix. Son timbre était paisible et profond et m’avait toujours aidée à m’apaiser et ce, depuis le premier jour. Il avait cette froideur, ce calme olympien que j’admirais. Même Reese n’avait pas la tête aussi froide. J’étais toujours incapable de savoir ce que Abel pensait. Au mieux, je pouvais anticiper ses réactions mais il était un des rares pour lequel je me trompais régulièrement. J’ai rouvert les yeux en sentant sa main sur ma joue et ses doigts jouer dans mes cheveux. J’ai machinalement pris le menu d’une main en le dévisageant sans rien dire. Je ne voyais pas de différence entre lui et moi. Nous agissions dans les mêmes intérêts, nous réagissions aux mêmes choses, avec la même passion. Quand bien même nous n’avions pas les mêmes méthodes ni le même caractère, nous étions finalement, en un sens, complémentaires. Et c’était bien de là que partait mon doute, mon hésitation. Reese faisait ce qu’il fallait, quand il le fallait mais il manquait de flamme, il était bien trop réfléchi, beaucoup trop. Je le trouvais lent et les choses ne bougeaient pas assez. Et d’ailleurs, quand nous nous disputions, c’était toujours parce que nous n’étions pas d’accord. Avec Abel, c’était différent. Nous étions toujours d’accord. Nous n’avions juste pas les mêmes façons de faire et nos accrochages partaient principalement de là.

Aussi, il m’était très difficile de percevoir Liberation comme un véritable ennemi. Pour moi, ils étaient des alliés précieux mais je détestais les conflits. Même avec les pires monstres, j’engageais toujours la conversation en espérant trouver un terrain d’entente afin de limiter la casse. C’était pour cette raison que Abel et moi nous entendions si bien, j’imagine. Parce que j’étais une bonne autruche. A sa dernière question, j’ai soupiré en lui prenant la main et j’ai roulé des yeux ronds avant de le regarder en haussant les sourcils.

– Toutes ! - Je me suis redressée en lui rendant sa main et me suis penchée en dehors du lit pour récupérer les affaires, tendant parfois le bras assez loin en tirant la couette avec moi. - En deux ans, tu n’as jamais posé autant de questions que depuis que tu es entré dans cette pièce ! - Je me suis rassise au fond des coussins en posant les vêtements en boule devant moi. - Et j’ai froid. Je n’ai jamais eu froid de toute ma vie. A croire qu’il y a une fenêtre ouverte… C’est vrai, quoi ! Maintenant, tu veux savoir ce que je pense ! - J’ai plié son pantalon avant d’enfiler son t-shirt - Tu permets ? J’ai pas mal grossi ces derniers temps et j’ai l’impression d’être serrée comme dans une vieille capote dans cette robe. - Je n’ai même pas attendu sa réponse que ma peau a frissonné de la chaleur produite par le tissu sur ma poitrine et mes bras. J’ai ouvert le menu pour le suivre d’un oeil distrait - Et comment je perçois cette relation. Et pourquoi il m’arrive de ne pas répondre… Tu t’inquiètes ! Tu t’en fichais avant ! Et là d’un coup, tu te poses des questions parce qu’il peut m’arriver quelque chose pendant le travail ?! - J’ai grimacé légèrement en secouant la tête - Pourquoi tu crois que je ne te demande jamais rien ? - J’ai tourné la tête vers lui pour le regarder - Pourquoi ta soeur est chez nous, qu’est-ce que tu cherchais ? Pourquoi tu ne m’as pas demandé avant ? D’où tu viens, ce que tu as fait pour arriver ici, ce que tu as vécu ! Des questions, j’en ai un tas. Des tonnes. Et je me les pose tout le temps, je n'ai même pas besoin de toi pour avoir des questions. En revanche, je ne te les pose jamais et je ne les poserai pas. D’une part parce que je sais que tu ne me répondras pas et d’autre part parce que… - J’ai haussé les épaules en m’humectant les lèvres et j’ai secoué la tête - Enfin, tu vois.

J’ai relevé les genoux pour y poser mes coudes, détaillant un peu mieux le menu en me frictionnant un bras. J’avais vraiment froid, ce qui ne m’était jamais arrivé. Mais je me sentais bizarre depuis plusieurs jours maintenant. Et ça n’était pas du fait de la soeur d’Abel.

– Ils se gênent pas sur les prix, quand même, c'est vraiment la Ville Haute… Ce que je veux dire, c’est… - J’ai lâché le menu pour me tourner à moitié vers lui, ramenant mes cheveux derrière mes oreilles - Ca fonctionne très bien comme ça et j’ai pas envie que ça change. Enfin si ! - J’ai levé les yeux au ciel en me frottant le bout du nez - J’aimerais bien, oui, bien sûr, j’aimerais en savoir plus sur toi mais que tu me dises enfin ton prénom, le vrai j'entends, c’est pire qu’une promesse. C’est un très lourd secret que tu me livres avec la pression que ça implique. D’un côté, tu dis que tu ne veux pas me mêler à tout ça, de l’autre, tu… Tu me rapproches de toi encore plus ! Ca veut juste dire que je n’ai pas droit à l’erreur, tu me confies ça à moi et j’ignore combien de personnes sur cette terre sont au courant mais j’imagine pas beaucoup. N’hésite pas à me faire taire si tu en as marre de m’entendre parler. Mais tu ne peux pas ensuite dire que je ne dois pas faire de promesse que je ne tiendrai pas, quand toi-même tu places une immense confiance en moi. Qui te sort de je ne sais où après que j’ai braqué mon arme sur toi. - J’ai ouvert les mains, gardant le silence quelques secondes en le dévisageant. J’ai secoué la tête doucement avant de prendre ma robe pour la plier à son tour. Et puis, j’ai haussé les épaules. - Ce n’est pas tant que je ne veuille pas répondre, au contraire. C’est juste que… Je n’ai pas envie de te mentir parce qu’il y a des choses que je ne peux pas te dire. D’autres que je ne veux pas que tu saches. Je n’ai pas non plus envie de tout gâcher. Ca marche très bien comme ça, je mentirai si je disais que je ne craignais pas que ça change.

J’ai à nouveau laissé passer un temps en me tordant les lèvres, jouant avec les coutures de ma robe.

– Tu as déjà tellement de personnes à prendre en compte et sur qui veiller. Mais pendant ce temps, qui prend soin de toi ? Tu m'as confié ta vie. - J'ai relevé mon regard dans le sien pour lui sourire tendrement. - Et c'est cette vie que j'ai promis de protéger.

Pour moi ce n'était pas une promesse faite à lui. Ni à moi. C'était mon but dans la vie. C'était ce que je faisais depuis toujours. Mon frère, l'Underground, Lux Aeterna, toutes ces personnes, j'en faisais ma mission. J'étais policier, et même si la vie d'Abel était parmi les plus importantes à mes yeux, je n'oubliais pas les autres. Mais son nom était précieux, sa valeur inestimable. Il ne s'agissait pas tant de veiller sur lui en tant que personne mais surtout en tant que symbole. Je n'entendais pas vraiment le protéger de ces actes ou de ses missions mais plutôt de l'Underground. Et aussi peut-être un peu de lui-même.



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Abel Henoch
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Il ne s’était pas vraiment attendu à une réponse facile, mais il ne s’était certainement pas plus attendu à ouvrir une sorte de vanne de paroles, un brin sans queue ni tête. Elle se dégagea de lui et entreprit de ramasser leurs affaires. Pour quelle raison ? Ca échappait à Abel. Et elle ne se contenta pas de les ramasser, voila qu’elle pliait son pantalon en prime ! Il se remit sur le dos et la regarda faire, se sentant passablement impuissant à endiguer le flot. Il leva vaguement une main pour lui signifier de faire comme elle l’entendait avec son t-shirt - qu’il n’avait pas l’intention de remettre tout de suite. Il n’avait pas l’impression qu’elle ait pris du poids, mais il ne put retenir une remarque, grimaçant.

« Tu n’as jamais du enfiler une vieille capote, c’est pour ça… » marmonna-t-il dans sa barbe.

Il la laissa terminer. Elle s’était assise à côté de lui, entourant ses jambes de ses bras. Il comprenait ses inquiétudes, mais il ne savait pas vraiment par quel bout il devait commencer ni même quoi répondre. On l’a dit, ce n’était pas son fort qui plus est. Il n’avait quasiment pas bougé pendant qu’elle parlait, se contentant de la regarder en silence. Et silencieux, il le resta un instant lorsqu’elle eut terminée.

« Tu as tort de croire que j’ai pu m’en moquer un jour. J’ai été formé à me poser des questions. Sur ce qu’il se passe pour moi, autour de moi, sur ce qui arrive aux gens qui m’entourent. Tout peut avoir une influence sur les projets en cours. Tout peut avoir une influence sur ma façon de gérer les différentes situations. » Une explication très pragmatique de sa façon de voir le monde. Cependant, avec son histoire, comment pouvait il faire autrement ? Cela dit, il sentait que ce n’était pas la bonne façon de présenter son ressenti. Agacé, il poussa un soupir. « Ce n’est pas parce que je ne te dis pas tout, que je ne t’ai effectivement jamais rien demandé, que je ne pense rien. Simplement, je ne t’ai jamais posé ces questions. Je suis toujours parti du principe que tu me dirais ce que j’avais à savoir. Pour le reste… Que ça n’avait pas d’importance. Pour nous. Qui plus est… C’est toi qui a commencé à mettre des mots là dessus. »

Il se redressa pour passer un bras autours des épaules de la jeune femme et l’attirer contre lui.

« Viens là... »

Il la cala contre lui et ramena la couette sur eux. Il ignorait ce qui lui causait ce froid, mais il n’avait pas l’intention de ne rien faire pour tenter de résoudre le problème. Après un temps de réflexion, il se concentra sur l’humidité de la couette et commença à en agiter les molécules façon micro-ondes. Progressivement, une douce chaleur les enveloppa.
Il caressait doucement la tête de Maddison lovée contre lui, son autre main effleurant ses hanches.

« C’est vrai, je ne veux pas que tu te mêles de ce que je fais avec Liberation. Ce n’est pas ton combat, c’est le mien. Ca ne veut pas dire que je ne veux pas que tu me connaisses. Que tu braques une arme sur moi n’y change rien. Pas comme ça en tout cas. Je n’ai pas peur de ca. » Il se retrouvait encore une fois avec un manque de vocabulaire adéquat pour exprimer ce qu’il ressentait, au fond. Ce n’était pas tant les blessures physiques qu’il craignait d’elle - ou de qui que ce soit d’ailleurs - mais ce qu’il sentait possible de ressentir à cause d’elle, à cause d’eux. Quelque chose qu’il n’avait jamais expérimenté et donc incapable de définir.
« Seulement, je ne peux pas tout te dire de moi, parce que ça n’engage pas que ma sécurité. Il y a celle d’Eve. Il y a la tienne aussi. Les gens à cause desquels je cache mon identité sont dangereux. » Doux euphémisme.


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Maddison DeLuca
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Dans un soupir, je me suis lovée contre lui, posant ma tête contre son torse et entourant sa taille d'un bras. Ma peau s'est mise à frissonner en sentant la chaleur couvrir doucement mon corps. J'ai alors fermé les yeux pour l'écouter, sans rien dire. Une fois encore, je me suis concentrée sur sa voix. Il était paisible et j'entendais les battements de son coeur dans sa poitrine, un rythme que j'aimais. Un son et des vibrations que j'avais toujours apprécié chez lui. Le sentir vivant, battant contre moi, était une chose rassurante. Si je n'avais jamais ressenti le besoin de lui poser des questions, l'ambiance faisait que quelque chose avait changé. Nous discutions, passablement à coeur ouvert et j'avais envie d'en profiter pour en savoir plus. Cependant, j'hésitais toujours. Quelque chose avait attiré mon attention, ou du moins mon intérêt. J'ai rouvert les yeux quand il a eu fini de parler et j'ai réfléchi quelques secondes, le regard dans le vide. Je me suis demandée de quoi pouvait-il avoir bien peur. Il ne m'apparaissait pas comme quelqu'un de facilement impressionnable. Jouant de mes doigts sur sa hanche, j'ai repris d'une voix basse.

– Ceux dont tu te caches. Ceux qui sont dangereux... C'est d'eux dont tu as peur ?

J'ai relevé les yeux sur lui pour le dévisager quelques secondes. Je n'avais peur, pour ainsi dire, de rien ou presque. Ce qui m'effrayait le plus était de perdre le contrôle. Et ceci pouvait se décliner de plusieurs façons. Comme récemment, aux prises avec l'électricité, j'ai perdu tous mes moyens. Je n'avais jamais eu aussi peur de ma vie, de mémoire. Est-ce que Abel était comme moi ? Je n’avais pas peur de lui, ni de ce qu’il pourrait me faire. J’avais même confiance en lui, sachant qu’il ne tenterait pas d’atteindre l’Underground sans raison. Etait-il aussi infaillible que moi ? Capable de tout au point d'être considéré comme un imprudent ? Avait-on peur de ses réactions comme on se méfiait des miennes ? Tout ce que je savais de lui, c’était ce qu’il était avec moi. Juste un homme, finalement. Il ne connaissait pas l’Underground n moi et je n’avais jamais eu à faire face au leader de Liberation. Peut-être que c’était ça qui nous manquait pour véritablement ouvrir les yeux sur nous. Du bout des doigts, je parcourais sa hanche, mon regard dans le sien et j’ai même fini par lui sourire. Si je ne pouvais rien lui demander sur lui, alors je le ferais pour moi. Je me suis resserrée contre lui, calant ma tête contre son épaule.

– Qu'est-ce que tu cherches à l'Underground ? Nous n'avons rien pouvant intéresser Liberation.

Je parlais d’une voix basse comme si on pouvait nous entendre. Je voulais entretenir cette intimité dont nous ne profitions jamais. En fait, je voulais faire tout ce que nous ne faisions jamais : ne pas faire semblant. Quoique nous disions, nous faisions toujours attention à ne rien divulguer, à ne rien laisser sous entendre, à ne rien partager sur notre autre vie, celle que nous avions en dehors de nous deux. C’était toujours comme ça, il y avait nous… Et puis les autres. Mais je ne voulais pas qu’il prenne ma question comme une attaque. J’étais vraiment curieuse et je voulais communiquer avec lui. Finalement… J’aurais presque osé nous comparer à Romeo et Juliette mais je n’en ai pas eu la prétention. Plutôt un Bonnie and Clyde. Je voulais refaire le monde avec lui. J’étais persuadée qu’il le pouvait et qu’à tous les deux nous formions une bonne équipe.



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Abel Henoch
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Maddison se lovait contre lui, ce qui n’était pas pour lui déplaire. Comme à chacune de leurs rencontres, le sentiment qu’ils étaient enveloppés d’une bulle qui les isolait de leur vies respectives. Sauf qu’il ne s’était pas rendu compte qu’ils avaient quelque peu viré sur le ton de la confidence. Il réalisait qu’il s’était confié plus que d’ordinaire. En même temps, c’était lui qui avait ouvert les vannes lui répondant à la question qu’elle lui avait posée deux ans plus tôt. Allait-il mettre deux années de plus à répondre à ses autres questions ? Auraient-ils seulement deux années de plus ? Et surtout voulait-il attendre aussi longtemps ?
Ne pas se confier à elle dès leur premiere rencontre avait du sens. Malgré toute l’attraction qu’il avait pu avoir pour elle, dès le début, il ne pouvait pas se permettre de mettre les siens en danger, ni lui-même. Par la suite, rien n’avait vraiment remis en cause le fait qu’il ne se livrait quasiment pas sur ce qui constituait le fond de sa pensée. Le temps qu’ils passaient ensemble était par ailleurs souvent consacré à autre chose qu’à discuter.

Mais là, c’était autre chose. C’était sans doute la premiere - et la derniere ? - fois qu’il était question de sentiments entre eux. Non qu’ils soient absents, mais ils n’en avaient jamais parlé. Pour ce qui concernait Abel, c’était une question d’éducation - ou d’absence d’éducation - mais il n’avait jamais envisagé que Maddison puisse avoir un attachement plus profond pour lui. Lui-même ayant livré une part de lui importante, voire essentielle, force était de constater que leur relation avait atteint un tout autre niveau.

Cependant, sur tout les sujets qu’ils auraient pu aborder, il aurait préféré que ce ne soit pas un qui effleure le MSS de trop près. Il commença par serrer les lèvres lorsqu’elle parla d’avoir peur d’eux. La peur faisait partie de ces choses qu’ils leur apprenaient à oublier l’existence. L’admettre revenait à s’avouer faible, et le MSS n’aimait pas trop ca. Alors même s’il les avait quitté, le réflexe de ne pas reconnaitre ses faiblesses était toujours là.

« Ce n’est pas une question de peur. Ils ont les moyens de faire beaucoup de mal et beaucoup de dégats. Ils seraient bien trop heureux de me mettre la main dessus, et sur Eve aussi. Ce qu’ils nous réservent si ça arrive… » Il marqua un silence éloquent. Il ne l’avouerait pas, mais aux tréfonds de son être, oui, il avait peur de ce que le MSS lui ferait s’ils le retrouvaient. Ils feraient le nécessaire pour le briser, savoir comment il avait pu leur échapper… Avant de l’éliminer, sans doute. Mais ce qui lui broyait d’autant plus le ventre, c’était de savoir qu’ils feraient sans doute pareil avec Eve. Ou pire, pour avoir prise sur lui. Ca, il ne pouvait pas le laisser arriver.
Il finit par secouer vaguement la tête.
« Il ne vaut mieux pas que tu les rencontres un jour… »

Et non contente de poser une question piège, elle lui en offrait une autre. Pourquoi avait-il organisé cette mission d’infiltration à l’Underground. Il poussa un soupir tout en la serrant un peu plus contre lui et en baissant les yeux sur elle.

« Qu’est-ce que tu sais de ce que qui peut m’intéresser ? Des buts qu’on s’est fixés et des moyens qu’on doit mettre en oeuvre ? » Il laissa sa main glisser dans le dos avant de poursuivre. « Il y a beaucoup de choses que j’ignore sur le fonctionnement de l’Underground, sur les gens qui y sont. Ce n’est pas parce que je te connais qu’ils sont tous comme toi, là bas. Savoir quels sont leurs objectifs… Ce genre de choses. Des choses que je ne voulais pas te demander parce que je ne veux pas que tu aies à choisir entre tes amis et moi. » Et aussi parce que cela faisait partie du cloisonnement qu’il maintenait : Maddison ne faisait pas partie de sa mission avec Liberation. Ce qu’il faisait dans ce cadre se faisait indépendamment d’elle. Elle appartenait à un pan de sa vie qu’il voulait, consciemment ou non, séparé de Liberation. Combien de temps pourrait-il continuer de la sorte, il l’ignorait. Mais pour l’instant, il ne voulait rien changer.


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Maddison DeLuca
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J'ignore si c'était parce que je faisais preuve d'empathie, parce que je le connaissais bien ou simplement parce que j'avais perçu son rythme cardiaque dans sa poitrine, mais j'ai resserré mon étreinte autour de sa taille au fur et à mesure de ses paroles. Abel pouvait se targuer d'avoir joué d'un panel incroyable d'émotions et de sentiments à mon encontre ce soir-là, inconsciemment ou non. J'ignorais de qui il parlait, ce qu'il avait vécu, d'où il venait, ce qu'il avait traversé, lui comme Sam. Mais je savais que si je croisais ces fumiers, je leur ferais payer. Des Abel et des Eve, il devait y en avoir des tas. L'Underground avait aussi été fondé pour protéger ceux-là, comme mon père avant nous avait tenté de le faire. Je me suis serrée un peu plus contre lui mais sans rien dire, toujours, les lèvres aussi pincées que les siennes. Si seulement j'avais pu connaître une vie normale, ou même juste voulu une vie banale. Je la basais tant sur les autres qu'il m'arrivait d'avoir des réactions et des ressentiments que personne ne comprenait. J'aurais pu lui dire que je n'avais pas peur d'eux. Mais il aurait soit ri en me trouvant bien naïve, soit il se serait énervé parce que je jouais les Superman. Les hommes n'aimaient que très peu se sentir protégés. Aussi, je n'ai rien dit et tenté de ne rien laisser paraître.

Je n'ai néanmoins pas détourné le regard du sien. Il aurait pu croire que tout ce qu'il me disait rentrait par une oreille et ressortait par l'autre... Il aurait eu raison. Mais cela faisait partie de mon charme, non ? C'était pour ça qu'il m'aimait, pas vrai ? J'étais aussi têtue que lui, sinon plus. Je ne laissais personne me dire quoi faire et quoi qu'il en dise, son petit laïus précédent était une façon détournée de me dire de ne plus chercher dans ce sens. Mais je savais comment retourner la chose à mon avantage. Comme lui faire comprendre, comment lui faire entendre raison. Je ne me suis pas emportée, je ne me suis pas énervée, mon visage n'a même rien exprimé. J'entendais ce qu'il me disait. Je voulais qu'il fasse de même.

– Non, tu as raison, ils ne sont pas tous comme moi. - J'ai légèrement penché la tête, et j'ai fini par sourire, allant presqu'au rire pour souligner l'ironie - Ils sont un peu plus comme toi. J'en connais deux en particulier. Dont un qui, à mon sens, - J'ai grimacé en rentrant la tête dans les épaules et j'ai plissé le nez - te ressemble peut-être un peu trop à mon goût, si tu veux mon avis. Celui-là, je le déteste. C'est un gros con prétentieux. - J'ai soupiré en reprenant mon sérieux et je me suis frottée le nez en baissant les yeux pour regarder mon index slalomer sur son torse dans une légère caresse. Au bout d'un moment, j'ai fini par lui embrasser l'épaule et je me suis redressée, d'un coude dans l'oreiller. J'ai ramené une nouvelle mèche derrière mon oreille et j'ai penché la tête en lui souriant légèrement. - C'est marrant que tu parles de choix... - J'ai baissé les yeux et plissé le nez en rougissant légèrement. J'ai longuement hésité à poursuivre en jouant avec mes lèvres. - Il y a quelques jours, il m'est arrivé un truc un peu bizarre. Je me suis faite attaquer à coup de tazer en Ville Haute. Des abrutis qui avaient une dent contre moi, j'en ai beaucoup dans le travail, rien de bien inhabituel en somme. Et je sais pas, il y avait un gars dans les parages qui est venu m'aider. Et euh... - Je me suis grattée la joue, un peu gênée d'avoir à lui révéler tout ça, omettant bien évidemment tout l'épisode de faiblesse. - Bref, il a un pouvoir qui répond au mien, je sais pas comment ça marche, mais il a figé sur chaque moment décisif de ma vie. A l'armée, j'ai grandi avec un homme. - Je me suis raclée la gorge - Avec lequel j'ai connu une relation plus ou moins longue, dirons-nous. Qui est aujourd'hui mon meilleur ami tout en restant mon supérieur. Que j'admire. Et respecte, bla bla bla. C'est aussi avec lui que j'ai fondé l'Underground. - J'ai relevé les yeux sur Abel en me demandant si je n'avais pas omis ce détail. - Enfin, fonder est un bien grand mot si j'ose dire. Nous en avons eu l'idée ensemble. Et puis quand je t'ai rencontré, les choses ont changé là-bas. Liberation a beaucoup plus de pouvoir et d'emprise sur nous que tu ne peux le soupçonner. Vous nous avez déjà divisés. Sans le savoir. Sans nous infiltrer, sans même vous être approchés de nous. Il m'arrive souvent de regarder certains membres et de me poser cette question à leur sujet... "A quel moment vas-tu changer de camp ?". Ce n'est pas de la mauvaise volonté, ce n'est même pas du jugement, c'est une constatation. A l'Underground, nous jaugeons les valeurs de la ville... Tout en reconnaissant les vôtres. Nous avons le cul entre deux chaises et c'est ce qui m'amène à, régulièrement, me foutre sur la tronche avec l'un de mes co-leaders parce qu'il m'apparaît parfois un peu trop proche de Liberation qu'il ne le devrait. - Et moi, je me confiais bien plus que je ne le devais. - De ce fait... - J'ai levé une main en soupirant, fataliste - Le choix, je n'ai pas besoin de toi pour avoir à le faire. Je n'ai pas eu besoin que tu me le mettes sous le nez. Je suis une grande fille, Abel. Ce type m'a montré, de mes yeux vus et en images, ce que je craignais et quoi que tu fasses, c'est là. C'est en moi ! Ce choix, c'est à moi de le faire et il est déjà en cours. Est-il décisif ? Je n'en sais rien. Va-t-il mettre un terme à quelque chose ? Va-t-il changer la face du monde ? Comment je pourrais le savoir ? Je n'ai pas pris ma décision ! - J'ai inspiré profondément en le regardant et en me tordant les lèvres, j'ai simplement haussé les épaules. J'ai secoué les tête à nouveau. - Pour moi, tu es Liberation. Tes hommes sont Liberation, différents de toi ou non. C'est pareil pour l'Underground. J'ai envie de croire qu'un jour... - J'ai baissé les yeux sur son bras pour lui caresser d'une main, suivant du pouce une de ses veines saillantes. - ...L'Underground aura besoin de faire appel à Liberation pour contrer un ennemi commun. Ou bien l'inverse. Je suis contre vos méthodes, c'est un fait, je viens d'une éducation, je porte un héritage, qui ne prônent pas vos idéaux mais je partage néanmoins vos valeurs, ou en tout cas, une partie. Beaucoup d'entre nous sont dans ce cas. Et un jour, si nous avons besoin l'un de l'autre, j'aimerais qu'il y ait une réponse positive. De l'un comme de l'autre. - J'ai relevé mon regard dans le sien, plus sérieuse. - Je veux me souvenir de qui est notre véritable ennemi. Et je sais que ce n'est pas toi. Ou ta soeur. Ni Liberation. Ni tes hommes. Mais ceux aux yeux de qui vous vous cachez aujourd'hui avec tant de précautions. Ne crois pas que nous n'avons aucun Candidat entre nos murs, nous savons...

J'ai levé ma main pour la poser sur son visage et l'admirer alors que mon pouce glissait le long de son sourcil. C'était une façon de garder son attention focalisée sur moi. Oui, j'étais dingue de cet homme mais je crois que je n'osais pas le dire à voix haute parce que j'avais peur de l'être uniquement à cause de qui il était. Parce que j'aimais l'interdit, le danger qu'il représentait et que j'avais besoin d'être là pour lui plus que je n'en avais envie. Je n'étais pas persuadée que ce que je ressentais était entièrement pour lui ou parce qu'il me donnait de l'importance. J'étais en train de le découvrir. J'ai couvert son oreille de mes doigts, les mêlant légèrement à ses cheveux, alors que mon pouce soulignait maintenant sa pommette. Si j'ai gardé le silence, ce n'était pas parce que j'avais fini de parler. Mon sourire devait en dire long à ce sujet en plus de la chaleur qui me remontait dans la poitrine, comme à chaque fois que je croisais ses yeux ou que je sentais son souffle contre ma peau, une preuve qu'il était vivant et donc bien réel.

– Je veux que tu me parles. Que tu me dises quand tu cherches quelque chose. Si je le peux, alors je te le répondrais. - J'ai doucement secoué la tête. - Mais je ne veux plus que tu joues à ces petits jeux. Je sais ce que tu penses et... C'est pour ça que je te le demande directement. Ce qui concerne l'Underground me concerne. Que tu le veuilles ou non, que tu essayes de me protéger ou de m'écarter... ou pas. - Mon pouce a lentement glissé sur ses lèvres - Il n'y a pas d'ennemis, Abel. Seulement de futurs alliés.

Cela me faisait étrange de dire son nom à voix haute. Il m'était venu tout seul. Je ne voulais pas prononcer le vrai pour plusieurs raisons mais aussi parce que je ne m'adressais pas à l'homme. Je m'adressais avant tout au leader qui, je ne m'en rendais compte qu'à présent, faisait partie intégrante de ce que j'aimais et admirais, alors que, pendant des années, j'avais cru que c'était l'homme que je détestais le plus et que j'avais farouchement rejeté.



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Abel Henoch
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A son tour il écouta Maddison en silence. Elle aussi était plus d’humeur à se confier que d’habitude. Beaucoup plus, à en juger par la quantité d’informations qu’elle lui donnait. Il faudrait sans doute du temps à Abel pour tout analyser en profondeur. Néanmoins, ça ne l’empêchait pas de réagir. Il s’était tourné à moitié pour la regarder pendant qu’elle parlait, sa main libre la caressant doucement, sans interruption, se montrant attentif à tout et se demandant où elle voulait en venir avec son anecdote.

Il trouvait curieux qu’elle considère avoir grandit à l’armée alors que contrairement à lui elle avait surement du signer - certes aussi volontairement que lui, d’une certaine manière - mais adulte, pour ce qui la concernait. Elle aurait donc déjà du être « grande ». Mais apparemment, celui dont elle parlait tenait une part importante dans sa vie, s’ils avaient choisi de fonder l’Underground ensemble - voila une dimension intéressante de sa belle… Il avait toujours eu l’intuition qu’elle était plus importante qu’elle ne voulait bien l’admettre. Elle avait fini par prendre la tête de son propre groupe à l’Underground, mais en fait elle y avait toujours été… Qu’elle essaie à nouveau de minimiser son implication lui tira un sourire. La suite, beaucoup moins.

Qu’elle s’attende à une « trahison » de la part des siens lui semblait inconcevable. Il avait confiance en chacun de ceux qu’il avait choisi pour Liberation - même en Garin, au moins au début. Il n’aurait pas pu agir s’il n’avait pas eu confiance en chacun d’eux. Comment pouvait-elle avancer en pensant que l’un ou l’autre pouvait changer de camp à tout instant ?

Et puis finalement, elle en vint au fait. Bien sur, il savait qu’elle faisait ses propres choix. Mais il ne voulait pas être celui qui lui en posait. Et puis elle prit son visage dans sa main, comme elle en avait l’habitude avant de lui demander de lui parler de ce qu’il faisait. Ce qu’il avait du mal à concevoir. Et surtout, il tiqua lorsqu’elle l’appela par son alias. Elle ne l’avait jamais fait en deux ans, et l’entendre dans sa bouche avait quelque chose de déroutant. A dire vrai, il n’aimait pas ca. Du tout. Il lui avait donné sa véritable identité pour qu’il n’y ait plus cette distance entre eux, parce qu’il ne voulait plus - n’avait jamais voulu - être Abel Henoch pour elle. Leur premier matin ensemble, il avait d’ailleurs retardé - avec le concours de Maddison - le moment de lui donner son pseudonyme de guerre. Ca ne l’avait pas rempli de joie, mais il n’avait rien eu de mieux à lui offrir. Et comme en accord avec lui, elle ne l’avait jamais appelé par ce nom, ce dont il lui était gréé. Jusqu’à maintenant. Qu’elle change cette règle du jeu lui déplaisait passablement.

« Donc… Je suis un gros con prétentieux, c’est ça ? » Lacha-t-il avec une grimace ironique, suivi d’un soupir teinté d’agacement.

« On n’a pas les mêmes moyens, non. Mais on poursuit les mêmes buts, pour l’essentiel. Vous n’avez peut être pas la même histoire, même si vous avez des Candidats parmi vous, vous avez effectivement d’autres valeurs, à cause de ce que vous êtes. Tu as eu une famille, des gens pour t’élever, pour t’aimer. Ce n’est pas le cas de tout le monde. » Il était bien placé pour le savoir, même si ce n’était pas seulement ça le problème. Tous les orphelins ne voulaient pas changer le monde. « Quoi qu’il en soit, soit sure que si nous avons des intérêts communs, je n’hésiterai pas une minute à faire cause commune avec tes petits camarades de jeu. Ce n’est pas parce que Liberation est une entité indépendante qu’on ne peut pas choisir de rejoindre ceux qui mènent les mêmes combats que nous. » C’était même son but, d’une certaine manière : que tous s’unissent sous la même bannière et luttent ensemble pour obtenir les droits qu’ils revendiquaient, la place qu’ils méritaient, qui leur revenait de droit.

« Je sais que tu fais tes choix sans moi, et certainement sans que j’ai à m’en mêler. Mais ça ne changera rien au fait que je ne veux pas être celui qui te met face à ces choix. C’est pour ça que je ne peux pas te parler de ce qu’on fait. Parce que... » Il regarda partout dans la pièce, cherchant un secours qui ne viendrait bien sur pas, histoire qu’il n’ait pas à franchir un pas qu’il n’avait pas l’habitude de franchir - celui des sentiments. Il finit par revenir à Maddison, avec une certaine réticence et finit par lâcher le morceau, très vite et à voix basse, comme un gamin pris en faute. « … Je sais pas comment je réagirais si ce n’est pas moi que tu choisis... » Nouveau court soupir agacé et il détourna légèrement le regard, gêné de cet étalage de sentiment inhabituel chez lui.


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Maddison DeLuca
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J'ai pouffé de rire en hochant la tête. Oui, Abel s'avérait parfois être un gros con prétentieux. Mais j'aimais ça, ça faisait partie de son charme. Je me suis mordue la lèvre, malicieuse. Je n’en pensais pas grand chose. A dire vrai, il lui arrivait d’être agaçant mais je n’éprouvais rien pour Maze. Maze faisait tout contre moi. Peut-être que, si Abel avait été à sa place, nous ne nous serions jamais entendus. Et pourtant, quand je le regardais, je me demandais comment cela pouvait être autrement.

Mais je n’étais pas d’accord avec lui. En fermant les yeux, j’ai secoué la tête. Non, nous ne poursuivions pas les mêmes buts. Nous n’étions pas là pour les mêmes raisons, nous ne venions pas du même monde pour les mêmes raisons. Quant à ma famille, j’ai baissé la tête pour me frotter la tempe. Je n’avais pas envie de rentrer dans son jeu. pas ce soir, pas maintenant. J’étais fatiguée, déjà bien assez éprouvée et je n’avais aucune envie de jouer à celui qui méritait le plus de faire mordre la poussière aux bonhommes en blouse blanche avec lui. J’avais peut-être eu plus de chances que lui mais il me semblait qu’il oubliait vite ce que je lui avais raconté quelques minutes plus tôt à peine. J’ai relevé la tête pour regarder ailleurs. Quoiqu’il en soit, ce n’était ni le moment ni l’endroit pour une nouvelle prise de bec. Je n’en voulais pas. Alors j’ai gardé le silence, à nouveau. Et puis il y avait cette curiosité. Jusqu’à présent, il ne m’avait pas quittée des yeux, il était resté concentré sur moi. Même quand tout bougeait autour de moi, quand tout craquait et se transformait, il ne me quittait pas des yeux. Alors quoi ?

J’ai froncé les sourcils quand il a hésité, mes yeux à présent portés dans les siens. Mais je ne m’attendais pas à ça. Surprise, j’ai sursauté, imperceptiblement. J’avais l’impression qu’il venait de hurler, ce qui n’était pourtant pas le cas. Les sourcils hauts, j’ai cligné des paupières. Je ne comprenais pas la cause à effet entre me cacher ce qu’il cherchait à l’Underground et cette histoire de choix. Mais je savais une chose : Ce n’était pas un nouveau niveau de notre relation dans lequel nous venions d’entrer. C’était… Le niveau d’une relation. Tout court. Comme si, jusque là, nous avions été coincés dans les bouchons pour prendre la bretelle de l’autoroute. A force de virages, nous nous étions enivrés. Et maintenant que nous étions enfin sur l’autoroute, nous pouvions nous lâcher et appuyer sur l’accélérateur ? Ou alors était-ce l’inverse ? Nous avions toujours été sur l’autoroute et nous arrivions enfin en ville ? Cela dépend de quel point de vue vous vous placez. Les relations qui démarrent dans l’intensité ne tiennent pas la route.

J’ai doucement caressé sa joue et passé mon pouce sur son menton pour tourner son visage face au mien. Mes yeux cherchaient les siens et je me suis rapprochée de lui, attirant ses lèvres contre les miennes, non sans avoir hésité quelques secondes. Quelque part, j’étais timide, même après tout ce que nous avions vécu. C’était quelque chose de nouveau. Il se confiait, d’une manière assez vague, sur ce qu’il ressentait. Il n’avait pas besoin de dire les mots magiques pour que je comprenne. J’espérais aussi ne pas avoir besoin de mots pour lui faire comprendre. Et d’une certaine façon, un peu bâtarde, nous restions à l’abris l’un de l’autre. Tant que nous ne prononcions pas ces mots, nous restions en sécurité face à ce qui nous submergeait. J’ai fermé les yeux, entrouvrant les lèvres pour capter mon oxygène et j’ai posé mon front contre le sien, me rapprochant encore un peu plus de lui avec une main remontant à la base de sa nuque. Je l’ai à nouveau embrassé, toujours aussi timide et mon coeur s’est emballé, une sensation familière depuis que je le fréquentais. J’ai fermé les yeux en effleurant son nez du mien.

Abel m’intimidait, ce n’était pas la première fois et sûrement pas la dernière. Pour ainsi dire, j’avais failli le repousser un peu plus tôt, simplement parce que je sentais que quelque chose avait changé. Que ses baisers eux-mêmes ne signifiaient pas la même chose. Et j’avais à présent la désagréable impression qu’il me voyait nue pour la première fois. Comme à la manifestation de l’héritage de ma mère, sous l’eau. D’ailleurs, cet aspect avait eu un tel effet sur lui que j’y repensais régulièrement. Je me demandais si j’étais aussi désirable sous ma forme « normale ». Et plus je ressassais tous les souvenirs que je partageais avec lui, les fous rires comme les tensions, les ballades comme les longs mois de silence, plus mon coeur s’emballait. Non, je n’éprouvais pas tous ces sentiments pour lui simplement parce que je voulais être là pour lui ou parce que je voulais être importante pour quelqu’un. Pendant que mon bras enlaçait son cou pour le presser contre moi, le pouce de ma main libre a effleuré ses lèvres avant de glisser sur son menton. Quand j’ai finalement manqué d’air, j’ai relevé son nez du mien pour un baiser pressant. J’ai profondément inspiré contre ses lèvres, mes doigts remontant sur sa mâchoire jusqu’à son oreille. Je l’ai serré si fort contre moi pour l’embrasser, à l’en étouffer.

Si Abel faisait cas d’une égalité entre lui et moi, ce n’était pas mon opinion. Tout simplement parce que je ne m’étais jamais imaginée supérieure. Ni même inférieure, à lui. Mais peut-être était-ce la position que j’acceptais depuis des années, celle du Second. Dans une autre vie, Abel aurait été mon supérieur. Et je l’aurais respecté pour ça. Je n’avais pas de pouvoir sur lui. Mais il en avait sur moi. Je m’étais toujours considérée comme le soutien de mes aînés. Mais jamais comme une leader. Abel s’était toujours montré plus fort que moi. Plus imposant. C’était ce que j’aimais. Avec lui, je me sentais moi-même et pas l’ombre de celle que l’on s’attendait à ce que je sois. Alors, je l’ai attiré à moi, dans une étreinte passionnée, mon dos retrouvant les coussins. Ma main en a profité pour aller à la découverte de son dos, glissant jusqu’à la base de ses reins. Je n’ai quitté ses lèvres que pour retrouver mon air, lui offrant ma gorge quelques secondes, pendant que mes doigts s’aventuraient sur sa nuque. Mais ses lèvres me manquaient déjà. Je les ai rejointes pour un baiser enflammé qui ne souffrait pourtant d’aucun empressement. Contrairement à ce que Abel pourrait croire, je n’avais pas besoin de le sentir en moi pour le ressentir contre moi. Je m’accommodais parfaitement de cette proximité aussi simple qu’indécente. Et la musique dans sa poitrine s’accordait parfaitement à la mienne. J’ai encadré son visage de mes doigts, ses lèvres à portée des miennes et j’ai caressé son nez du mien. J’ai dégluti brièvement avant de prendre un risque, à mon tour, en me dévoilant un peu plus.

– Tu peux tout me dire. Toutes les décisions que je prends, c’est pour toi. Ca a toujours été toi.

Je détestais avoir des secrets pour lui. Et je détestais qu’il puisse en avoir pour moi. Je voulais tant savoir ce qu’il cherchait chez nous et pourquoi il ne pouvait pas me demander. Pourquoi il se cachait derrière l’excuse de me protéger. Il avait également vite oublié ma définition un peu particulière que je lui avais donnée quelques minutes plus tôt, au regard de notre relation. Il y avait fort à parier, en effet, que je ne choisisse pas Libération pour les bonnes raisons. Et il me l’avait rappelé. Il m’avait remise à ma place.

– Dis-moi… Parle-moi.



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Abel Henoch
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Il grimaça lorsqu’elle se mit à pouffer. Abel se doutait que tout le monde ne l’appréciait pas vraiment - et ce n’était pas sa principale préoccupation, de loin pas. Mais il pensait tout de même faire une autre impression que celle d’un « con prétentieux ». Il était prêt à se reconnaitre entêté, intransigeant… Mais prétentieux ? Il trouvait ça dur…

Mais il avait surtout d’autres préoccupations. Il n’était pas certain d’avoir été clair sur le fond de sa pensée, il n’était déjà pas sûr du fond de sa pensée. L’exprimer clairement devenait donc une gageure. De fait, il s’interrogeait sur la réaction de Maddison. Que comprendrait-elle ? Et comment l’accepterait-elle ? Pour le commun des mortels, ils n’avaient fait après tout qu’entretenir une relation de sex friends. Jamais les sentiments ne sont rentrés en ligne de compte ou en tout cas n’ont été exprimés. Chose qui convenait fort bien à Abel, peu à l’aise avec cette dimension de l’humain. Ca ne l’empêchait pas de s’attacher, de tisser des liens, en général profond. Il ne connaissait pas vraiment les demies mesures, y compris lorsqu’il s’agissait de ses relations avec les autres. Et comme la majorité des aspects de sa vie, il pouvait avoir des réactions excessives, voire violentes. Sa relation avec Maddison ne faisait pas exception, même s’il avait toujours canalisé ses émotions brutes. Seulement maintenant qu’il avait ouvert les vannes, il sentait qu’il tolèrerait mal toute forme de rejet.

Sa réticence à s’impliquer envers les autres, à partager ses sentiments, venait en ligne droite de l’éducation particulière qu’il avait recue. Outre la formation rigoureuse pour faire de lui un soldat, il avait appris dès son enlèvement que trop montrer son attachement pouvait constituer une faille majeure. Il aimait ses parents, et le MSS les avait utilisé contre lui et Eve pour les enrôler de force. Et même pendant son entrainement, ses formateurs avaient souvent utilisé le levier de sa soeur pour le soumettre. Il s’était donc constitué une armure aussi froide que les camps de Sibérie où il avait grandit et cachait ses affections. Une machine de guerre, capable de tous les sacrifices, même s’il y en avait certains qu’il rechignait à faire.

Néanmoins, il réalisa rapidement qu’il avait eu tort de s’inquiéter. Il la sentit lui caresser la joue et le forcer à tourner la tête, jusqu’à finalement croiser son regard. Il plongea les yeux dans les siens, et constata qu’elle avait très bien compris, sans doute au dela de ce que lui-même comprenait de leur relation, du lien qui les unissait. Elle marqua une hésitation, mais lorsqu’elle l’embrassa finalement, il se sentit soulagé. Il lui rendit son baiser sans retenue. Lorsqu’elle s’arrêta pour reprendre son souffle, il fit de même, s’enivrant de son odeur. Et alors qu’elle se serrait contre lui, il l’enlaça, passant son bras autours de sa taille pour mieux la serrer contre lui, sa main se portant entre ses omoplates tout en la caressant. Contrairement aux quelques instants précédents - peut être pour la premiere fois depuis qu’ils se connaissaient - il n’éprouvait aucune hate.
Alors qu’elle le caressait, ses lèvres, son menton, son visage en somme, lui lui passa la jambe autours des siennes, mais il n’eut pas le loisir de faire autre chose. Elle l’embrassa à nouveau en se serrant contre lui comme si sa vie en dépendait - et il n’était pas loin d’avoir la même impression. Et puis elle roula sur le dos, l’entrainant avec lui. Il sentait ses mains lui caressant la nuque, le dos, les reins. Elle interrompit leur baiser, lui permettant de se perdre dans sa gorge, ce qu’il ne se priva pas de faire. Ses lèvres se perdirent le long de son cou, doucement, comme s’il la découvrait pour la premiere fois. Il n’était pas sur d’ailleurs d’avoir profité d’elle de la sorte, la premiere fois. Pour intéressante qu’il l’avait trouvée, il n’avait pas en tete autre chose qu’un peu de plaisir, une parenthèse dans sa vie. A présent que ce qui les unissait était au dela de tout ce qu’il connaissait, et qu’il avait accepté de le reconnaitre, au moins un peu, il avait l’impression qu’il ne l’avait jamais vraiment connue.
Maddison ne le laissa pas se perdre ailleurs que sur ses lèvres plus longtemps. Leur baiser mêlait tendresse et passion à parts égales, et il sentait qu’il aurait pu continuer de la sorte encore longtemps, sans rien exiger d’autre d’elle, mais elle les interrompit pour lui parler. Seulement quelques mots, mais il ne répondit pas tout de suite. Il la regardait droit dans les yeux, caressant, jouant avec ses cheveux. Il se laissa aller pour une fois à jouer avec la couleur de ses yeux, juste pour le plaisir, ce qui lui tira d’ailleurs un léger sourire. Et il lui sembla évident que tout ce qui les unissait trouvait des racines profondes et réciproques dans leur premiere rencontre. Il ne voyait pas vraiment comment les choses auraient pu être différentes.

Son doigt effleura sa joue, et il finit par lui répondre à mi-voix.

« Je sais. Je ne dirais pas que chaque décision que j’ai prise l’a été pour toi… » Il fronça les sourcils fugitivement avant de poursuivre. « Mais je n’imagine personne d’autre… A ta place... » Il eut un nouveau soupçon de sourire en lui caressant le front d’une main, l’autre repoussant ses cheveux dans une autre caresse. Il ne voulait pas gâcher ce moment, lui qui n’avait pas l’habitude de s’exprimer par des mots. Il sentait cependant que des actes ne seraient pas la meilleure des réponses. Et ce n’était pas ce qu’il voulait.

« Ce que Liberation peut vouloir de l’Underground… N’a pas vraiment d’importance, si ? Ce que je veux savoir d’eux, de tes amis… Si je ne veux pas que tu aies à choisir pour ne pas être celui auquel tu renonceras, je ne veux pas non plus que tu trahisses les tiens, tu comprends ? Même pour moi. Ce ne sont pas tes forces ou tes faiblesses que je veux connaitre. Ca, je peux te le demander, oui. Mais si j’avais besoin d’atteindre quelqu’un des tiens, pour une raison ou une autre… Comment pourrais-tu faire ce choix ? » Il secoua légèrement la tête. « Non, je ne veux pas être celui qui te pose un choix. Parce que je ne veux pas que tu ne me choisisses pas… Mais aussi parce que je ne veux pas que tu trahisses ceux en qui tu crois, ce en quoi tu crois. Pour moi. Pour Liberation. Nous ne sommes pas ton camp. Nous ne sommes pas ta famille. » Encore un soupçon de sourire avant de poursuivre. « Je ne crois pas qu’on se soit rencontrés par hasard. Toi et moi… On ne devrait pas faire… ce qu’on fait. Mais nous sommes un lien entre nos deux groupes. Nous ne sommes pas ennemis non… nous ne sommes pas alliés pour autant. Mais toi et moi, nous sommes le lien qui pourra faire que les choses pourront aller plus loin. Seulement si tu dois choisir entre moi ou les tiens… Ca détruirait cet équilibre. Et plus rien ne serait possible. Et ça aussi, ça te changerait. » Il posa doucement ses lèvres sur les siennes, l’embrassant d’abord doucement, puis en y mettant plus d’ardeur, la serrant contre lui pour mieux sentir sa chaleur. Il savait qu’elle changerait, qu’elle évoluerait, tôt ou tard. Mais il ne voulait pas que ce soit du fait de leur relation ou de leur situation. Il voulait qu’elle arrive à ce qu’elle devait devenir par elle-même, par son propre chemin. Pas à cause de lui, et encore moins à cause de ce qu’il faisait de sa propre vie.


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Maddison DeLuca
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Ce que j'aimais chez lui, c'était l'impossibilité de mal interpréter ses gestes. Il était fougueux et bien plus expressif qu'il ne le pensait. Si je parlais de façon impulsive et spontanée, c'était le cas pour ses gestes. Et en règle générale, j'y cédais. En réalité, je cédais toujours. On ne disait pas "non" à Abel. Il n'y avait que lui qui pouvait. Preuve en était encore ce soir. Mais au fur et à mesure qu'il parlait, je n'aurais su dire d'où me venait cette impression de froideur qui me donnait la chair de poule. Je le voyais sourire et j'en étais heureuse mais il y avait une fausse note.

Je l'ai fixé, pendant qu'il parlait et je l'ai écouté. Il ne voulait personne d'autre à ma place ? Mais c'était quoi ma place ? A l'entendre, je ne savais plus. Pas que je doutais de ce que je représentais pour lui, pour le coup, mais je prenais conscience qu'il manquait de réflexion, ou du moins de visibilité, sur autre chose. Ce qui m'étonnait. C'est pour cette raison que je n'ai rien dit. Les sourcils légèrement froncés, j'ai même encaissé les diverses façons qu'il avait de me rejeter. Ou du moins était-ce l'impression qu'il me donnait s'il n'en avait pas conscience. Pourtant, je savais bien que ce n'était pas le cas, et qu'il avait raison en prime. Il n'était pas de ma famille. Ce qu'il me restait de famille, ce n'était que des particules de poussière. J'ai senti une boule dans ma gorge et une furieuse envie de vomir à faire blanchir mon visage au mot "famille" sortant de la bouche d'Abel. J'ai serré les dents le plus possible afin qu'il ne se doute de rien et j'ai caressé son visage d'une main en souriant. Quoiqu'il en pense, il avait failli faire partie de ma famille. Etait-ce ça, ce sentiment étrange de maternité ? Où l'on serait prêt à tout pour défendre les siens ? Sa chair comme son sang, son corps et son âme ? Abel se posait en ennemi… Mais si l'Underground était son véritable ennemi ? Quel sort lui réserverait-on ? Aucun, j'ai pensé, après tout, nous n'avions pas les mêmes méthodes. Nous n'en viendrions pas à des cas extrêmes. J'ai brièvement fermé les yeux mais il me donnait des sueurs froides. Et s'il cherchait à atteindre Reese ? Mon coeur a raté un battement à cette éventualité et j'ai dégluti. Etait-ce ça, alors ? Ce rôle quelque peu supérieur qu'une mère détenait. Ou une grande soeur. Je savais… Mais pas lui. Et j'ai accepté mon sort, mes choix sans rien dire, sans mêler qui que ce soit à mon sacrifice, si l'on pouvait appeler ça comme ça. C'était mon fardeau et je ne voulais pas que qui que ce soit le porte à ma place ni me plaigne pour les décisions que j'avais prises, en toute conscience et lucidité. Mais si Abel n'avait pas cherché à me faire peur, il était pourtant bien parti. Il ne semblait pas s'en rendre compte et j'ai tout mis en oeuvre pour qu'il n'en fasse pas état : sourire, même faible, une caresse dans son dos, même lasse, un regard attentif, même un peu vide.

Nous n'étions pas ennemis mais pas alliés pour autant ? Alors qu'étions-nous ? Ma respiration a commencé à s'accélérer et la chaleur à me monter à la tête. Il reconnaissait, ouvertement, que notre relation n'avait pas lieu d'être. Quand bien même j'étais d'accord, l'amoureuse en moi, si j'ose dire, supportait mal ces paroles. C'était une tornade de doutes et de sentiments qui s'agitait à l'intérieur de moi. Mes mains étaient posées sur ses bras et Abel avait acquis toute mon attention. Tout était si confus. Comment Reese avait-il pu supporter d'être fiancé à une femme qui travaillait pour notre ennemi ? Je lui aurais volontiers posé la question si je n'avais pas eu peur qu'il me demande avec qui je passais des moments "privilégiés". J'avais moi-même hurlé quand il nous avait dit ce qu'il avait découvert sur elle. Mais que ferait-il face à moi ? Avait-il connu les mêmes doutes que moi ? Et surtout… A quel instant avait-il pris sa propre décision ? Avait-il fait son propre choix ? Je comprenais les paroles d'Abel. J'aurais pu les prononcer. Mais qu'il m'ait devancée me frustrait et je n'avais aucune idée de pourquoi. Peut-être parce que la gamine en moi, disons la femme banale, aurait aimé vivre dans un conte de fée et entendre des mots plus simples comme "marions nous et vivons heureux dans la forêt canadienne avec les ours les bûcherons." Riez mais c'est pourtant vrai.

Mais cette femme-la, pas plus que moi, ne pouvait résister à Abel. Aussi, quand il m'a à nouveau embrassée, j'ai répondu. D'abord avec la même tendresse, essayant de me raisonner et passer outre ces doutes qui me donnaient la migraine et profiter encore de ces moments privilégiés qui me ramenaient à la vie. Et je n'ai pas brisé son rythme en glissant une jambe contre la sienne, emprisonnant son visage dans une main et mon dos se voutant légèrement pour épouser son propre corps. Mais tous ses mots me revenaient comme des gifles à répétition. Des termes que je ne supportais pas dans sa bouche. Trahison, camp, groupe, changement, Libération… Ennemi. Le tout emprunt de négation, à la limite du regret anticipé. Mon coeur s'est emballé à nouveau et je me suis raccrochée à ses lèvres pour lui voler son oxygène. J'ai d'abord pensé qu'il ne s'agissait là que d'une brûlante vague de désir qui me réchauffait et j'ai retenu son visage contre le mien avec force, soupirant contre ses lèvres. J'ai refermé mes jambes autour de lui, mon genou venant caresser son dos. On dit toujours "oui" à Abel. Mais pas moi.

"Et plus rien ne serait possible." J'ai subitement relevé le menton pour me séparer de lui et j'ai inspiré profondément avant de tourner la tête dans le coussin. J'ai porté mon poing à ma bouche en regardant la salle de bain, dans le vague. Et je me suis immobilisée. Je ne me suis pas éloignée de lui, mon bras a juste glissé du sien, raccompagné par ma jambe. J'ai pincé les lèvres en réfléchissant, la mâchoire serrée. Ma poitrine se soulevait contre la sienne au rythme de ma respiration saccadée. Il pouvait m'appeler, je ne répondais pas. Et s'il tentait de se rapprocher, je posais une simple main sur son épaule pour l'arrêter. Mais jamais pour le repousser. Je me suis mordue un ongle et j'ai dû rester comme ça un long moment. Enfin, je crois. J'avais froid aux bras, je sentais le bout de mes pieds gelés et pourtant, dans ma poitrine, ça tambourinait dans un rituel du feu à faire cramer l'Antarctique. J'ai dégluti et je me suis décidée enfin à parler, avec difficulté, mon regard toujours fixé dans le vague de la salle de bain.

– Si Libération devait s'intéresser de près - ou de loin - à l'Underground, à moi, aux deux hommes avec qui je partage mes responsabilités ou à plusieurs centaines d'innocents que j'ai juré de protéger, Positifs comme Candidats ou Négatifs… Je crois que je préfèrerais l'entendre de ta bouche, avant, plutôt qu'être mise devant le fait accompli. – Ma voix était basse et je faisais en sorte qu'elle ne paraisse pas inquisitrice, le plus calme possible. J'essayais simplement de m'exprimer. Je pesais chacun de mes mots, serrant parfois les lèvres pour garder mon aplomb, ce qui n'était pas toujours aisé. – Cette question, ce doute, je l'ai depuis des mois, maintenant. C'est comme un disque rayé. Je ne veux pas choisir et même si je le devais, je crois que je ne le choisirais ni lui ni toi. Ni lui parce que je préfèrerais mourir que le laisser apprendre combien je l'ai trahi après tout ce qu'il a fait pour moi et tout ce que nous avons traversé ces dix dernières années. Ni toi parce que je ne te survivrai pas. Je ne pourrai jamais te tourner le dos contre ma volonté, peu importe la situation, je le sais, je me connais. Ca me hante… Depuis des mois. Je ne pense qu'à ça. Tout le temps. Mais je me dis que j'ai déjà connu tellement pire, qu'en comparaison, tout ça… J'ai vu tellement de personnes mourir sous mes yeux, à commencer par mes parents. Et toutes ces personnes, ces… – J'ai porté mes mains à mon visage pour couvrir mes yeux et soupirer afin de retrouver un semblant de souffle, à l'abris derrière mes paumes. – Ces souffrances, toutes ces années à ne pouvoir voir que ça, à n'entendre que ça. Conflit après conflit, guerre après guerre.

Je me suis raclée la gorge. J'ai libéré mes yeux en ramenant mes cheveux en arrière à l'aide de mes mains et je me suis humectée les lèvres, les sourcils hauts, en regardant toujours de l'autre côté. Je me suis pincée le nez en reniflant.

– Je pense être assez grande et assez responsable pour faire face à ce genre de choses en toute quiétude et objectivité, que cela te concerne ou non. Même si je manque de discernement quand il s'agit de toi. C'est vrai, je le reconnais et l'admets sans honte et sans gêne. Mais je préfère… Que tu me dises, que tu me demandes à moi, ce dont tu as besoin pour éviter d'envoyer mon propre frère dans vos rangs et te faire comprendre, à toi, les enjeux fragiles de ce que tu appelles un lien entre deux factions. Je préfère avoir à encaisser tes décisions et garder un contrôle sur ce qui est possible de faire ou non, avoir le choix d'anticiper, avoir le choix… De choisir. Je préfère être le tampon entre nous, que devoir subir tes propres décisions sur mes choix. Je préfère avoir confiance en toi. Et réciproquement, quitte à nous mettre dans des situations bancales, voire extrêmement délicates… Plutôt que d'avoir affaire… A un ennemi. Parce que c'est ce que tu deviendras si tu essayes de jouer dans mon dos et ce, malgré tes bonnes paroles et ta plus sincère volonté de me protéger. J'ai foi en toi. Je crois en toi. Et je n'ai pas peur d'avoir confiance en toi quand une simple réponse pourrait calmer votre colère, et probablement la nôtre aussi.

A mon cou, je portais la chaîne de ma mère, qui avait elle-même appartenu à ma grand mère avant elle. Une croix fine, simple, en or, tout ce qu'il y avait de plus basique. La foi, je l'avais. C'était tout ce qu'il me restait de ma famille. La vraie. Au bout d'un moment, j'ai ouvert la bouche, peu sûre de moi, hésitante. Je n'ai pas réussi à prononcer les mots, d'abord. Je voulais lui laisser le choix, une possible porte de sortie. Tout en espérant qu'il ne s'y engouffrerait pas, mais j'ai pris le risque. A quel moment Reese s'était-il résigné ?

– Sans quoi, je crois qu'effectivement on ne devrait plus faire… Ce qu'on fait.

C'était un peu revanchard, je l'admets. J'employais ses mots, bien à contre coeur. Finalement, je préférais quand il s'exprimait silencieusement. Bien sûr que je ne voulais pas me résigner. Mais j'étais prête à le faire avant qu'il ne soit trop tard. Je préférais me souvenir de son visage maintenant avant qu'il ne soit trop tard et que tout ce qu'il subsiste de lui soit de la déception ou peu importait le sentiment qui me toucherait le jour où il n'y aurait plus d'issue de secours.



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Abel Henoch
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Il avait plus ou moins noté la distance de Maddison, se demandant à quoi elle était due. Etait-ce quelque chose qu’il avait dit, ou avait-elle autre chose en tête ? Et d’où cela pouvait-il venir ? Pourtant, elle répondit favorablement à son étreinte. Il en conclut donc que la cause de son trouble ne venait pas de lui et qu’elle lui parlerait en temps utile. Ou qu’il s’agissait juste des réminiscences de leur éclat qui avait ouvert leur réunion. Elle paraissait en tout cas égale à elle-même, et il ne voyait pas de raison de s’interrompre.

Elle rompit pourtant le contact, se détournant partiellement. Abel fronça les sourcils et la regarda sans comprendre. Il resta immobile, ne sachant que faire, se doutant bien que tout geste ne serait pas bienvenu. Il attendit donc qu’elle décide de la suite.

Reprendre comme de rien.
Lui parler.
Partir.

Elle seule pouvait décider. Il ne pouvait pas la provoquer sur ce terrain au risque de la pousser dans le mauvais sens. Alors il attendit en silence. Et finalement elle parla. Il se dégagea et s’allongea à côté d’elle, la regardant pendant qu’elle parlait, la tête détournée. Il aurait préféré qu’elle le regarde, mais là aussi, il ne pouvait pas la forcer. Il commencait à la connaitre, il savait que ce serait contre productif. Qui plus est, il ne savait pas exactement comment réagir, ni à quoi.

« Je ne savais pas que tu avais un frère… » finit-il par lâcher avant de soupirer.
« Ce n’est pas une question de confiance en toi. J’ai confiance en toi. Mais il n’y a pas que toi, ou moi, en jeu. Nous ne sommes pas seuls dans cette histoire, tu le sais. Sans doute mieux que moi. » Et pour cause : l’Underground brassait bien plus de personnes que Libération, ce n’était pas peu dire. « Mais ne croit pas qu’un mot ou même une bonne discussion, suffirait à changer notre point de vue et notre détermination. Ce que nous avons vécu… Demandera plus que des mots pour être apaisé. Et cet autre dont tu es tellement proche, qu’est-ce que je sais de votre relation, d’à quel point il te connait, de sa capacité à te lire lorsque tu lui caches quelque chose, peu importe la confiance que j’aie en tes capacités, en ta loyauté envers moi ? » Encore un peu et on le croirait jaloux, le bougre.
« Ce n’est pas à toi de faire tampon pour nous deux, tu ne comprends donc pas ? Ce que fait Libération s’arrête à moi, tout comme ce que fait l’Underground s’arrête à toi. Je ne veux pas savoir par toi ce que vous faites, même si ça doit concerner mes hommes. Si ça devait arriver… Alors j’aviserai à ce moment là, mais t’en vouloir ? Non. Notre temps ensemble nous appartient. Si ça doit faire de moi ton ennemi... »

Il ne termina pas sa phrase, mais chercha sa main de la sienne, espérant que cela, au moins, elle ne repousserait pas.

« Je ne suis pas ton ennemi... » Dit-il doucement.


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Maddison DeLuca
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Je n’avais toujours pas bougé. Même quand il avait glissé, j’ai gardé mon regard fixé sur la salle de bain. Pour le coup, à présent, je lui faisais presque dos. Je me suis frottée le bout du nez.

– Si, mais tu as dû oublier. Je t’en ai parlé quand tu m’as préparé des pancakes. C’est lui qui me cherchait. Et je t’ai parlé de lui il y a quelques minutes, que ma mère a tout juste eu le temps de le baptiser avant de mourir. C’est pas important.

J’ai fermé les yeux. Non parce que je ne voulais pas l’écouter ou parce qu’il ne m’intéressait pas. Juste que cela m’aidait à réfléchir et à me concentrer mieux sur ce qu’il disait. J’ai légèrement crispé les yeux d’agacement. - Non, je n’ai jamais parlé de vous changer ou de vous convaincre de quoi que ce soit ! Je parle de pratique. Si tu cherches quelque chose de précis, tu pourrais me demander avant et peut-être que je te dirais ce qu’il en est, avant de… Déclencher tes opérations pour rien ou je sais pas ce que vous faites, ça ne m’intéresse pas. - J’ai soupiré en secouant doucement la tête, sans rouvrir les yeux. - Je sais, c’est stupide. Tu ne me diras jamais rien, de toute façon.

Ne pas faire le tampon entre Libération et l’Underground était déjà une tâche ardue. Mais elle l’était encore plus maintenant. Quoiqu’il arrive, je manquerais d’impartialité, c’était certain. Je ressentais le besoin de m’éloigner de lui - à nouveau - de prendre des distances de façon à conserver mon objectivité et le protéger de moi. Car oui, c’était aussi mon devoir de le protéger de l’Underground, moi y compris. J’ai d’autant plus détourné la tête encore quand il a à nouveau prononcé ce mot que je détestais. Il le savait, maintenant. C’est sûrement pour cette raison qu’en sentant sa main, je n’ai pas répliqué, mais je n’ai pas répondu non plus. J’ai rouvert les yeux sur le mur en gardant le silence encore de longues secondes.

Reprendre comme de rien.
Lui parler.
Partir.


J’avais le choix. Il attendait visiblement que ce moi qui prenne ce risque, comme si j’étais la seule à en avoir le pouvoir. A croire qu’il n’en était pas capable. Ce qui m’a arraché un sourire alors que je levais les yeux au plafond. Je n’ai pas pu m’empêcher de relever l’ironie. J’étais convaincue qu’au moment venu, Abel serait le seul à faire le nécessaire. En venir aux mains, s’il le fallait, pour me tirer de son chemin. J’étais intimement convaincue qu’un jour viendrait, il me tournerait le dos car sa cause était plus importante que moi. Je lui avais dit à peine quelques minutes plus tôt, je le savais, ce jour-là, il ferait ce qu’il fallait. Contrairement à moi. Et maintenant, j’avais l’impression que, quand bien même il refusait de me mettre face à un choix, il me laissait toutefois faire celui-ci. J’ai pouffé de rire silencieusement, mon sourire s’agrandissant légèrement alors que je réfléchissais à ça.

J’aurais dû me lever. Et partir. J’avais l’impression qu’à cet instant-là, précisément, je devais faire mon choix, et m’y tenir. M’aurait-il retenue ? J’avais envie de penser que oui au vu de la manière avec laquelle il m’avait répondu « non » plus tôt. Et celle qu’il avait de contourner les sujets pour en revenir toujours aux gestes, ce qui était beaucoup plus simple pour lui. Mais vous savez quoi ? Je n’étais pas là pour lui faciliter les choses. Encore moins pour faire ce choix seule. S’il ne parlait pas, je l’entendais, c’était comme une réponse silencieuse. Ce ne serait pas la première fois, d’ailleurs. J’ai doucement glissé mes doigts dans les siens.

– Non, tu n’es pas mon ennemi. Tu es une menace.

S’il ne mentait pas, j’en ‘avais pas de raison de le faire non plus. Inspirant profondément, j’ai enfin tourné la tête vers lui pour le dévisager, gardant sa main dans la mienne, sur ma poitrine, en la serrant un peu plus. Si j’avais un quelconque pouvoir sur cet homme-là, je me demandais sur quoi d’autre est-ce que j’en avais.

– Ce n’est pas quelque chose que l’on décide d’être ou de devenir. C’est un choix de vie, à l’instant d’un tournant, et selon un chemin qui n’appartient qu’à nous. Personne n’est apte à savoir ce qu’il en est tant qu’il n’a pas été confronté à ce carrefour. Je suis… A ce carrefour. Mais… Ce n’est pas encore ton cas. Et quand ça le sera, je sais que tu prendras la bonne décision. Pour Libération. Pour toi. Et indubitablement pour nous. - J’ai souri doucement - Mais je te l’ai dit. J’ai foi en toi. Je sais que tu feras le bon choix. Et je l’accepterai.



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Abel Henoch
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Il savait bien qu’elle venait juste de parler de son frère, mais il avait certes oublié qu’elle l’avait très rapidement mentionné lors de leur toute premiere rencontre. Ce n’était d’ailleurs pas tellement parce qu’il avait vraiment quelque chose a en dire, plutôt une façon de se poser. Ca lui paraissait passablement ridicule, à y bien réfléchir. Il n’aimait pas les conversations inutiles - ce n’était pas peu dire - se fendre d’un commentaire sans intérêt n’était pas son genre. Il ne poursuivit donc pas sur le sujet, se contentant de se fendre d’une grimace d’agacement involontaire.

Néanmoins, elle finit par glisser ses doigts entre les siens, répondant à son geste, et il s’en sentit étrangement soulagé. Pourquoi ? Avait-il tellement craint qu’elle le rejette ? Lui qui était pourtant tellement sûr de lui lorsqu’il s’agissait de prendre des décisions de vie ou de mort, de mener ses hommes dans l’action, se révélait finalement plus désemparé qu’il ne voudrait jamais l’admettre lorsqu’il s’agissait des relations "normales" avec les autres. Quand on connaissait son histoire, on pouvait difficilement lui en vouloir, mais s’étant fort peu confié à Maddison sur son adolescence particulière, elle ne pouvait pas vraiment comprendre les implications que cela avait pu avoir sur son comportement. Ayant lui-même fort peu conscience de ce défaut, il ne pouvait pas plus l’aider sur le sujet.

Quoi qu’il en soit, les sourcils légèrement froncés en l’entendant parler, il plongea son regard dans le sien lorsqu’elle se tourna pour le regarder. Son pouce caressa le dos de sa main et il détourna rapidement les yeux avant de répondre.
Il était dans le flou sur ce dont elle pouvait bien parler. Ses choix, ils les avaient fait depuis longtemps, scellant son destin à chaque croisement sur une voie toujours plus dangereuse. A 8 ans en acceptant de rejoindre le MSS. En 2071, aussi, en choisissant de retirer sa puce et de vivre clandestinement plutôt que de retourner vivre en paix en Islande. Puis ce jour de septembre en décidant d’abattre Stenton. Il avait choisi cette vie, il avait choisi cette voie, qui avait fait de lui un porte-parole, un symbole, un espoir… Un ennemi public. Il n’était plus seulement recherché par le MSS mais aussi par les autorités américaines. Il connaissait parfaitement son statut, il savait exactement à quelle distance de lui et des siens se trouvaient chacun de ses poursuivants.

Alors où voulait-elle en venir ? Il l’ignorait.

« Je sais que je suis une menace. Pour tout le monde. Du moins pour tout ceux qui pensent que les Positifs, natifs ou candidats, n’ont pas leur place. Tu le sais depuis le premier jour, tu sais mes objectifs. Je ne sais pas de quel carrefour tu parles. J’en ai déjà connu quelques uns… Quoi qu’il en soit… » il eut un vague sourire en coin, plus une impression de sourire qu’une réelle expression faciale. « … j’aimerait que tu ne me considères pas comme tel. Et même, l’Underground ne le devrait pas non plus. Nous n’avons aucune raison de s’en prendre à vous… » Il secoua la tête. « Je ne sais pas ce que tu espères, Maddison… Mais soit sure que je ferai toujours mes choix pour les Positifs. Pour les Candidats. Tu le sais. Le reste… Toi, moi… On ne peut pas baser nos décisions sur ce que nous voulons, pas quand on mène des combats comme les notres. »

Il marqua un silence, la buvant une nouvelle fois des yeux, avant de poursuivre.

« Je ne suis pas un soldat dans le sens où tu l’entends. Mais j’ai appris ce qu’était une mission, et ce qu’il fallait faire pour y arriver. Je ferai ce que je dois. Tu te sens vraiment prête à tout accepter ? »

Il savait qu’il pourrait être amené, plutôt deux fois qu’une, à élaguer une nouvelle fois les branches des oppresseurs Négatifs. Il n’aurait scrupule à éliminer toute personne qui se montrerait un peu trop répressif - ou un nouveau symbole de la chasse aux sorcières dont les Positifs avaient pu être la cible par le passé. Un membre de la famille Wade lui aurait fait plaisir, mais aucun de ceux qu’ils avaient pu trouver n’avait eu le moindre rapport avec le PRD. Dommage...
Quoi qu’il en soit, vu la réaction de Maddison vis à vis de Stenton, et même si elle avait un grief personnel envers lui, il n’était pas sur qu’elle voit d’un bon oeil une exécution, fusse-t-elle prévue pour quelqu’un qui avait décidé une épuration génétique...


No profit ever came
without costing another man
everything.
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Maddison DeLuca
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C’était une partie du futur que je n’avais pas besoin de voir pour la deviner. Peut-être faisais-je preuve d’une trop grande fatalité, ce qui ne me ressemblait pas. J’étais plutôt réputée pour ma foi en l’avenir. Je jouais avec ses doigts pendant qu’il parlait, les faisant glisser lentement dans les miens, caressant sa paume de la mienne, mesurant ses lignes aux miennes. Je n’ai quitté mes gestes du regard pour le lever dans le sien. Ce n’était pas à moi de lui dire quand il serait à ce carrefour. Je l’ignorais, d’ailleurs, mais je savais qu’un jour ça arriverait. En ça, il était une menace pour l’Underground. Et pour moi aussi. Mais je n’ai pas voulu insister. Je n’étais pas là pour ça et lui parler d’un futur qui n’existe pas revenait à lui parler d’un passé qu’il ne voulait pas entendre. Alors j’ai à nouveau baissé les yeux. Quand je parlais de nous, Abel parlait en général. Il en revenait toujours à Libération et qui aurait pu le blâmer pour ça ? Il m’avait séduite avec Libération, c’était une partie de lui, je n’avais aucun droit de lui demander d’en faire abstraction et de toute façon, je ne le voulais pas. Abel sans Libération n’était plus Abel, il aurait été… Quelqu’un d’autre. Quelque chose d’autre. Il ne voulait pas me voir à Libération car cela m’aurait transformée en une autre personne. Je comprenais ce sentiment et je le partageais. Cela voulait-il pour autant dire que j’avais fait mon choix ? Non…

Un jour, peut-être, il me dira d’où il vient. Un jour, j’espère, il me parlera, me fera entrer dans son monde à lui sans passer par Libération. Un jour, je saurai, et je n’aurais pas eu à poser de questions. Mes doigts ont glissé sur son poignet jusqu’à l’intérieur de son avant-bras et j’ai ouvert sa paume pour lui caresser d’un pouce, parcourant des yeux les lignes tracées. L’avenir. C’était une notion de ma vie abstraite pour les autres mais si logique et essentielle pour moi. C’était une partie de moi. Le passé, le présent et le futur. C’était ainsi. J’allais et venait dans le monde, je pouvais tout voir, tout connaître. Mais ce pouvoir, je ne le prenais pas. Connaître le futur à l’avance ne me plaisait pas. D’ailleurs, je n’usais jamais mon pouvoir dans ce sens. C’est pour cette raison que je ne me suis pas rendue compte tout de suite qu’il était détraqué. Il me faudrait un petit retour en arrière… Pour m’apercevoir que je ne pouvais plus revenir en avant, d’où je venais à la base.

Je savais que beaucoup de choses dépendaient de ma réponse. Je savais que sa question n’était pas innocente. C’est pour cette raison que j’ai pris mon temps en me concentrant sur autre chose que lui. Si j’avais pu entendre ses pensées, si j’avais pu connaître ses plans, j’aurais pu lui dire où était le dernier membre de la famille Wade. Ou du moins, j’aurais pu lui donner son nom. La dernière fois qu’il avait été aperçu, c’était dans l’Illinois. Mais quelque chose me dit que Abel n’aurait pas cherché à s’en prendre à celui-ci de Wade. Mais à cet instant précis, qu’est-ce que j’attendais d’Abel ? Une belle vie ? Un mariage peut-être ? Ouah, vous entendez ça, j’ai pensé le mot « mariage ». J’étais incapable de songer à autre chose. Et l’union avait même fait rire mon âme à neurone déployé. L’avenir… Est-ce que j’en avais un avec Abel ? Non. Est-ce que je connaîtrai un jour la joie d’une petite maison en Ville Médiane - ou de retour dans le Kansas, voire le Wisconsin - d’un troll que j’aurais choisi d’avoir avec une bague au doigt à vous faire couler l’Eurostar… Bien sûr que non. Allons, Maddison, réfléchis deux secondes. Mon futur était là, quelque part, il m’attendait. Il attendait que je me décide, que je fasse quelque chose. Que je sois prête à l’affronter.

Mon pouce longeait la veine dans son bras et j’ai pu sentir son pouls une seconde battre contre mon doigt. Là, tout de suite, maintenant, j’étais ici. Avec lui. Il était vivant et plus j’y pensais, moins je ne voyais de futur… Pas sans lui, quel qu’il fut. Bon, mauvais. L’Underground n’était pas faible mais il serait bientôt menacé. Libération devrait prendre des décisions que nous n’étions pas capables d’envisager. Nous n’étions pas ennemis et ne l’avions jamais été. Une menace ne constituait pas en une fatalité, mais en une méfiance. Abel était une partie de ma vie et tant qu’il serait en vie, alors je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour qu’il le reste.

– Toujours.

J’ai fermé ma main dans la sienne, en la serrant, et j’ai relevé les yeux sur lui pour acquiescer.

J’étais incapable de choisir. Et j’ai cru pouvoir m’en sortir comme ça. Le beurre et l’argent du beurre… et la crémière. Bien sûr, dans la réalité, les choses ne se passent pas ainsi. J’ai simplement eu… L’espoir.



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[CLOS] [Maddie/Abel] Quitte ou double
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